18 octobre 2009
Chronique film : Fish Tank

Tu as raison petit, fuis fuis, et ne te retourne pas !
Et toi lecteur, clique.
J'ai un peu attendu pour voir ce film, de peur que ce soit une énième chronique Loachienne de l'adolescence misérable dans les banlieues anglaises. J'avais tort. Fish Tank m'a foutu une patate pas possible tant il y a de vie là-dedans, d'énergie, de force.
Certes il s'agit bien de l'histoire d'une ado dans une banlieue misérable anglaise. Mais si le contexte social est bien présent, il ne sert en fait que de support, de ferment à l'histoire de Mia (incroyable Katie Jarvis), 15 ans, mal embouchée, mal polie, violente, intenable, à la fois enfantine, et mature, qu'on autant envie de baffer que d'aimer. Pas difficile d'expliquer le comportement de Mia : un quartier pourri, une mère instable et immature, un gros manque d'éducation, la nécessité de s'imposer pour survivre ... même si tous ces éléments sont bien présents, ce n'est pas ça qui intéresse Andrea Arnold. Plutôt que d'exposer longuement la misère, elle colle aux basques de Mia. Et ça va vite. Mia marche, court, danse. Mia frémit du haut de ses 15 ans et de ses hormones agitées. Mia fait parfois n'importe quoi, mais elle vit. La réalisatrice saisit les moindres émotions de l'ado, capte son énergie. Elle réussit à ne pas sombrer dans le piège du naturalisme brut, et se permet des échappées poétiques, sensibles qui suivent les émotions de Mia (superbe scène de kidnapping dans l'estuaire de la Tamise).
On peut sans doute lui reprocher une certaine lourdeur symbolique (la tentative de libération du cheval blanc, mouarf) et un recours un peu trop fréquent au ralenti pour souligner l'éclosion de la sensualité... cependant, force est de constater que ça fonctionne, et qu'on est suspendu à la caméra, comme au souffle de l'héroïne. La dernière scène est magnifique, une scène sans parole entre la mère (impuissante, enfantine, dévastée par le chagrin), Mia (cheveux détachés, comme le signe d'un passage à l'âge adulte), et la petite soeur (qui suit le chemin de son aînée). Elles dansent ensemble, ensemble pour la première fois depuis le début du film.
Et ça n'est qu'à la fin qu'on repense au volet social, en constatant qu'une société qui gâche une si belle énergie, qui est incapable de se rendre compte du potentiel à côté duquel elle passe, est une société à l'agonie. Un superbe moment en tous cas. L'a bien mérité son prix du jury à Cannes Andrea !
11 octobre 2009
Chronique livre : Le procès
de Franz Kafka.

Parfois, la vie se met à n'avoir plus aucun sens.
L'enfer vous tombe sur la tête, sans qu'on puisse rien y faire.
A part cliquer.
Je sais que je vais me faire dézinguer tous azimuts mais je préfère être honnête avec vous : je me suis ennuyée comme un rat mort à lire ce grand classique hautement politique, critique et fort courageux de Kafka. Pour être merdeuse jusqu'au bout, j'irai même jusqu'à dire que l'auteur avait de bonnes raisons pour refuser la publication de ce livre, et que le faire dès qu'il a eu le dos tourné (qu'il a cassé sa pipe quoi) n'est pas de la classe la plus folle. Je ne renie cependant pas l'intérêt de la démarche, et le principe du livre reste très intéressant.
Un citoyen, fondé de pouvoir dans une banque (donc quelqu'un de sérieux en qui on peut avoir toute confiance) est arrêté, un beau matin, à son domicile. Pourquoi , on ne le saura jamais, et le héros clame son innocence à qui veut bien l'entendre, mais sans jamais être véritablement entendu. L'arrestation est arbitraire, sans explication, et les règles de cette justice (une justice parallèle à la justice "ordinaire" visiblement) semblent complexes, connues de tous sauf de lui. Au lieu, comme les autres accusés qu'il croise, de baisser la tête, d'accepter l'incompréhensible, de se fier à des avocats mollassons, le héros tente de prendre les choses en main, ce qui ne fait qu'accélérer sa chute et sa mort.
Il ne faut pas se fier à l'impression d'absurdité du roman. Oui la situation est absurde, mais chacun des éléments auquel est confronté le héros est hautement symbolique : la justice se niche dans les greniers de chaque immeuble, surplombant tout de son atmosphère irrespirable et de ses couloirs tortueux, des enfants espionnent dans tous les coins, le meilleur allié de notre héros est un peintre "judiciaire" qui reproduit des juges de manière avantageuse (ahhh déjà, le pouvoir de l'image), la gardienne du tribunal et la servante de l'avocat ont la jambe légère, il faut croire qu'être les maîtresses du pouvoir leur donne des avantages... C'est donc une véritable toile d'araignée sur laquelle est empégué le banquier. Malheureusement trop de symboles tuent l'impact du symbole. On étouffe dans cet univers. Vous allez me dire : c'est le but. Certes.
Le principal problème du Procès, c'est son héros : il est tout bonnement insupportable. Bavard, prétentieux, sûr de lui, maniéré, bref totalement antipathique. Si bien que dès les premières pages, on a envie de lui couper le sifflet, et qu'au lieu d'espérer trouver une solution pour le dépêtrer de ses emmerdes, on prie pour que le procès aille vite et condamne sans clémence cet olibrius. On a alors l'impression qu'au lieu de dénoncer le totalitarisme et l'arbitraire, Kafka réussit plutôt à en les faire germer dans le faible et influençable cerveau de ses lecteurs. Et là, je ne pense pas que ce soit le but... à moins que ce soit justement ça qu'ait voulu démontré Kafka, en manipulant ses lecteurs, la facilité avec laquelle on peut accepter, voire cautionner un système totalitariste. Et là c'est très fort.
N'empêche, qu'est ce que j'ai trouvé ça long...
06 octobre 2009
La mémé d'automne.
Dijon, Festival des musiques mécaniques, septembre 2009.
"Cela étant dit, maintenant que la leçon a porté, peut-être pourrait-on songer à clore le festival de musique mécanique qui a envahi les rues autrefois si paisibles de ma ville."
Eric Chevillard - 676 - L'autofictif
18 avril 2009
Chronique film : Tokyo Sonata
de Kiyoshi Kurosawa.
Un directeur administratif d'une grande entreprise nipponne perd son emploi. Il décide de le cacher à sa famille. Ça ne vous rappelle rien ? Un fait divers, et deux films français (L'Adversaire de Garcia et L'Emploi du temps de Cantet) partaient à peu près du même constat. Mais Kurosawa n'est pas Garcia ni Cantet, le Japon n'est ni la Suisse ni la France et l'approche du sujet se révèle complètement différente.
La famille ici apparaît d'emblée bancale, l'homme a tout du vilain crapaud mollasson, tandis que sa femme, un peu défraîchie mais incroyablement belle, possède une grâce et un mystère sans nom. Leurs deux enfants sont en rupture totale avec leurs parents, du moins avec leur mode de vie : rupture brutale pour l'aîné qui s'engage dans l'armée américaine puis irakienne (celui-là a besoin de règles, de préférence en opposition avec les idées de son père), le cadet effectue une révolution plus douce en prenant en cachette les cours de piano que son père, avec son chômage inavoué, lui refuse inexplicablement. La mère est obéissante, cède aux exigences de ses enfants et de son mari, mais on sent déjà en elle une espèce de liberté qu'elle ne s'accorde pas en leur présence (magnifique scène d'ouverture où elle laisse la porte ouverte, sans doute pour mieux sentir le vent et la pluie sur sa peau), c'est une femme en devenir.
Pas grand chose à reprocher à ce film, c'est une splendeur au niveau de la mise en scène. Si KK délaisse ses fantômes pour un temps (quoi que ?), il garde son style lent, épuré, magnifique. Cadres superbement composés, lumières au petit poil (il y a même quelques changements de lumière naturelle, ce qui me met toujours dans un état pas possible), acteurs bien dirigés, bref à part le harakiri probable du perchman à la fin du tournage, tout contribue à faire de ce film une merveille du point de vue de la forme. On peut juste regretter une fin à la limite du grand guignol (tiens tiens, après Loft, ça se confirme, Kurosawa a dû mal à tenir ses films jusqu'au bout), mais bast.
Si j'écrivais aux cahiers du cinéma, je pourrais dire que Tokyo Sonata est un film de lignes. Lignes qui séparent, divisent le cadre et les gens d'abord. Elles sont innombrables, dans la maison Kurosawa utilise tous les recoins de son décor pour composer des cadres fractionnés : rampes d'escaliers, étagères, portes, fenêtres. Tous ces éléments brisent le champ et cette famille finalement fragile. A l'extérieur ensuite, lignes électriques brouillonnes, qui guident les pas du père pour rentrer chez lui, où le conduire dans ce lieu où tous les chômeurs avoués ou non et les SDF se rassemblent en attendant la soupe populaire. Cette ligne de train également, et ce train qu'on voit et qu'on sent passer souvent, sans jamais savoir où il va. Pendant la crise, la mère trouvera son chemin dans la ligne blanche et nocturne des vagues sur l'horizon, et le père renaîtra sur une bordure de trottoir. La crise passée, toutes ces lignes se réorganiseront sur la partition du fils musicien, et serviront de nouvelle route à cette famille tout juste reformée, et tout sera rentré dans l'ordre.
Le film dresse aussi un portrait d'un Japon pré-crise déjà bien gravement atteint, et d'une structure familiale patriarcale en déliquescence. Mais j'ai déjà assez causé, alors je vous invite juste à courir voir Tokyo Sonata, et plus généralement à découvrir Kiyoshi Kurosawa. Hop la.
07 décembre 2008
Flying music girl.
Dijon, ce soir.
Clique sur l'accordéon.
24 octobre 2008
Dijon Blues Man.
Dijon, Octobre 2008.
Alors évidemment, ça parait pas grand chose. Un musicien de rue, a priori, ça pullule cette espèce-là. Celui-là, il faut avouer qu'il n'a rien de particulier. En fait, avec sa guitare balafrée, il fait vraiment tache au milieu des chocolatiers et fringuiers de luxe. Il faut dire qu'il est bien un peu crado. On s'imagine bien dans quel taudis il vit, voire dans pas de taudis du tout. Alors est-ce que c'est par délit de sale gueule ? parce que le gars chante les yeux fermés une impro de presque une heure lente et malade à déchirer le coeur ? Mais autour de lui se presse un vide des grands jours et son écuelle à sous ne contient que quelques cents. Les mères en talons aiguilles et les bras chargés de produits hors de prix se crispent en passant à 5 mètres et serrent un peu plus fort la main de leur progéniture. Ce monsieur magnifique c'est la première fois que je le vois à Dijon. Vagabond probablement. Quel avenir pour ce gars habité à la voix fantomatique ? Son large sourire édenté répondant au timide mien me suit depuis des jours.

A la demande de Mirza, l'originale (juste recadrée)
Un clic pour agrandir.
23 octobre 2008
Brussels blues man.
Bruxelles, Octobre 2008.
Alors évidemment, ça parait pas grand chose. Un musicien de rue, a priori, ça pullule cette espèce-là. Celui-là, il faut avouer qu'il est un peu particulier. En fait, sans sa guitare, il ferait un pépé à barbe blanche tout à fait présentable. Il faut dire qu'il est bien propre. On se voit presque, le dimanche après-midi, aller prendre le thé dans une tasse de porcelaine blanche chez lui. Alors est-ce que c'est par délit de belle gueule ? parce que le gars à l'oeil qui pétille ou par son enthousiasme sans faille à reprendre des standards bluesy inusables ? Mais autour de lui se presse la foule des grands jours et son écuelle à sous déborde. Un panel générationnel incroyable se presse autour de lui, les photos pleuvent, les parents, en souriant, l'oeil humide, envoient les gosses mettre une piécette au monsieur qui chante. Il y a même des billets. Ce monsieur magnifique est une institution bruxelloise. Un dessinateur de BD lui a même inventé une vie dans un album pour enfants. Un passage à la postérité pour cet homme lumineux et populaire.
27 juin 2008
Copinage.
Un conte musical environnemental, voilà ce que nous propose Pascal Bonnefon dans sa première vraie galette "Ras le Pôle" (clique là pour voir le site dédié, joli tout plein).
Jeune papa, Pascal Bonnefon se trouva bien dépourvu quand il s'agit d'expliquer le dérèglement climatique à ses petiots. Il prit alors sa meilleure guitare, son plus joli stylo bille et il composa ce conte dynamique et pétillant. C'est plein de jeux de mots neuneus comme je les aime (M. et Mme M. ont un fils, comment s'appelle t'il ?), de petits bruitages impeccs, de fraîcheur sur un sujet pourtant pas folichon. Et puis en backstage (arrangements et guitare), y'a Jacques Gandon, qui n'est pas vraiment le dernier de la classe.
Bref, à découvrir, écouter (ici), faire connaître et acheter (là par exemple).
Découvrez Pascal Bonnefon!
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