17 septembre 2009
Besoin d'un grand nettoyage.
Musées du Capitole, Rome, Août 2009.
13 août 2009
Chronique théâtre : La Mastication des morts
de Patrick Kermann.

Tire lui l'oreille avec la souris pour vérifier qu'il est bien mort.
Très beau texte que ces mastications. Kermann réveille les morts d'un petit cimetière de campagne pour écouter ce qu'ils ont à dire. Et ils en ont des choses à dire : des choses qu'ils n'ont jamais osé dire, propos qu'ils ressassent à l'envie, des comptes à régler, des aveux à faire. Entre les générations, entre les familles, des liens se tissent. C'est à la fois très drôle et poignant d'écouter ces paroles : souvent dérisoires (genre "Mais où j'ai bien pu mettre mes clés"), émouvantes ou sordides, presque toujours écrites comme les gens parlent.
C'est assez fascinant de reconstituer le puzzle de la vie de ce village, de voir comment la nouvelle génération de Bigot a réussi à déjouer la bigoterie des ancêtres, de découvrir qui a, en fait, trafiqué la solex, de plaindre le soldat allemand, qui a eu la malchance de mourir là, en terre ennemie. C'est brillamment écrit, rythmiquement impeccable, beau et triste comme la vie. Kermann a mis fin à ses jours un an après avoir écrit La mastication des morts. Un sujet qui le tenaillait donc.
Photo prise au minuscule mais très intéressant Musée François Rude, à Dijon.
25 mai 2009
Chronique film : Vengeance
de Johnnie To.

Plus beaucoup de tête, mais des grosses couilles.
C'est tout ce qu'il faut à Costello.
Pour agrandir, clique où tu imagines.
Pas de doute, Vengeance est 2000 fois plus drôle que Good Morning England, et ça, probablement sans le faire exprès. C'est balèze. Séance privée dans une salle immense, je pouvais me bidonner à volonté, c'était parfait. Sauf pour le cinéma qui devait bien se mordre les doigts d'avoir programmé le film qui attire visiblement peu les foules. Bref.
A Macau, une famille mixte (la femme est française et le mari chinois) se fait canarder avec leur enfants par des tueurs mystérieux. Sur son lit d'hôpital, la femme demande à son père de la venger. Le père c'est Hallyday. Français perdu dans Macau , il engage des tueurs croisés par un hasard tout à fait heureux pour retrouver les vilains méchants et les buter comme il se doit. Manque de bol, le papa gâteau perd la mémoire, du coup, c'est pas de la boule coco.
Je crois que vous l'avez compris, il serait vain de chercher quelque chose de très réaliste dans ce scénario rocambolesque, et c'est de plus en plus rocambolesque au fur et à mesure que le film se déroule. Bon, objectivement on s'en fout un peu que les revolvers puissent tirer 220 000 balles avec le même chargeur, et que les personnages soient touchés 40 fois avant de chanceler. Mais il faut avouer que c'est très drôle et j'ose espérer que le côté parodique est vraiment assumé par To. Je pense notamment à cette "bataille" finale, dans une décharge, hommage évident aux westerns de Leone, à ces multiples scènes d'action dans lesquels les héros prennent le temps de se faire une bouffe ou de se fumer une clope.
Reste que la mise en scène est très classieuse, avec quelques morceaux de bravoures qui font sautiller de joie dans son siège : une fusillade au clair de lune, un Johnny tout perdu sur une plage, entouré d'enfants, ou une cravate qui se soulève dans le vent dénonçant le vilain méchant. Parlons-en de Johnny d'ailleurs. Il oscille entre ridicule et belle présence : pas bon quand il a des lignes de textes (surtout en français, en anglais, la maladresse passe plutôt mieux), ou quand il boit à la bouteille avec ses grosses gonflées pas très naturellement, plutôt meilleur quand To en fait une silhouette, un archétype du film noir, et franchement émouvant dans la dernière scène avec son grand rire, le premier du film. Il est finalement à l'image du film : un truc assez inclassable, mélange de polar de bonne tenue, de western urbain et de série Z Hong-Kongaise.
Du pur divertissement, qui réussit bien son coup.
24 mai 2009
Chronique film : OSS 117 : Rio ne répond plus
de Michel Hazanavicius.

Contrairement à OSS, tout est bon dans le cochon. Clique là où c'est le meilleur.
Le plus brillant agent secret français est envoyé à Rio pour récupérer un microfilm, en échange d'une mallette de pépettes. Une mission en apparence un peu trop facile pour notre héros, qui s'imagine déjà prendre des vacances-bikinis.
Reprenant les recettes qui avaient fait le succès et la réussite du premier OSS 117, Hazanavicius nous donne un spectacle tout à fait honorable. Si l'effet de surprise est passé et rend du coup le spectateur un peu plus averti du processus, et plus critique, le film réussit cependant ce pour quoi il a été réalisé : faire rire. C'est peut-être un peu plus poussif que dans le premier volet, et un peu moins fin, cependant l'humour plus noir et culotté fait vraiment mouche : OSS est de plus en plus beauf et raciste, et Dujardin sort quelques monstruosités avec un immonde flegme bien franchouillard. Il s'en sort d'ailleurs toujours pas mal, et le voir en train de dépecer un énorme crocodile sur une broche est un assez grand moment.
Mais ce qui remporte surtout l'adhésion dans ce film, c'est son final, à la fois dérangeant (la tirade du Marchand du Venise clamée par un nazi), et majestueux pour son hommage au grand Hitchcock (Vertigo et surtout l'immense scène de Saboteur). On reste du côté de la parodie, mais avec tout le respect et l'admiration qu'Hazanavicius voue au maître, et au final c'est assez classe. Bref un très bon moment, qui passe très vite, et qui divertit intelligemment.
23 mai 2009
Chronique livre : Impardonnables
de Philippe Djian.

Etouffé par mes modèles, je peinais. Un coucou hululait au loin.
Clique photo.
Pas une grande spécialiste du Sieur Djian (je crois qu'à part Impardonnables, je n'ai lu qu'Echine, provenant du même irremplaçable fournisseur d'ailleurs), donc j'ai un peu de mal à juger en quoi Impardonnables est, comme visiblement il l'est, un livre somme pour son auteur. En fait, j'ai un peu eu la même impression en lisant Impardonnables qu'en lisant Un homme de Philip Roth : on est en face de roman d'hommes vieillissants qui avouent leur impuissance et leur incompréhension face au monde qui les entoure, et qui par conséquent préfèrent s'en écarter, l'un gréographiquement, l'autre via l'écriture.
Là où Impardonnables réussit c'est dans la peinture de ses différents personnages, hommes et femmes imparfaits, incomplets, immatures, impardonnables. Djian décrit bien cette famille comme une somme d'égoïsmes, incapables d'affronter ce qui importe vraiment, et préférant fuir par tous les moyens possibles. Le constat n'est pas gai et empreint d'une amère fatalité. C'est ce qui est beau, mais aussi ce qui gène un peu, cette façon de dire "on foire, mais après tout, on n'y peut rien". Les protagonistes ont tous plus ou moins déjà abandonné la partie.
Ce qui m'a cependant le plus embêté dans le roman, c'est l'écriture. On sait Djian à la recherche de la phrase juste, de l'importance qu'il souhaite apporter à la manière de dire (voir l'interview assez intéressante ici). Malheureusement, et comme il l'avoue lui-même, trouver la bonne façon de dire les choses ça n'est pas simple, et je suis relativement insensible à sa plume. Clairement, Impardonnables sent la sueur, la rédaction n'a pas dû être simple, et pour débloquer la situation, Djian a souvent recours à des recettes toutes faites. Genre, en plein milieu d'une scène, une référence à la nature. Par exemple (j'invente) : "Je la regardais partir, impuissant. Le vent faisait bruisser les aiguilles de pin." Ça pourrait être joli si ce n'était pas systématique. A ce point là, on ne peut pas parler de style, mais de course après un style.
J'admire l'intention et la persévérance, Djian a sans nul doute possible les bonnes références et les bons maîtres, mais il a encore quelques années de dur labeur pour réussir à atteindre la perfection stylistique qu'il recherche. Impardonnables est tout de même un joli roman, au final assez beau et qui serait a priori adapté pour le grand écran par Téchiné. Là ça promet d'être grand.
26 avril 2009
Prends garde à toi !
Rome, musée du Capitole, Août 2008.
Tête en bronze de Constantin.

En plus grand c'est vachement mieux. Clique.
13 avril 2009
Chronique livre : Un homme
de Philip Roth.

Pas mal le Puddleur non ? Pour mieux apprécier Constantin Meunier, clique.
Court roman de Roth, un homme ne fout pas spécialement la pêche. Il commence sobrement par l'enterrement de son héros. Puis flash-back, sa vie se déroule de manière plus ou moins chronologique, suivant ses amours, et surtout ses séjours à l'hôpital.
Roth a beau tenter de mettre une distance entre lui et son personnage, on ne peut s'empêcher de voir dans ce texte une sorte de testament. L'homme revient sur sa vie, ses erreurs (de bonne foi souvent, parfois inexcusables), et surtout sa peur de la mort. C'est ça le plus émouvant dans le bouquin : on sent son auteur terrorisé par la grande faucheuse. Ce livre semble un exorcisme de tout ce qu'il redoute, mort, solitude, perte de l'envie, perte de la vie sans perte de l'envie...
Malgré ce côté humain assez poignant, force est de constater que le livre sent un peu le pépé qui ressasse. Le personnage est relativement lisse, en a conscience et rumine sévère. Une impression de franche décrépitude sans espoir s'en dégage, mais sans rage, sans étincelle, sans rébellion. Bref, ça reste très sage et un peu plat. Dommage, il y avait un beau sujet à mettre en parallèle l'évolution corporelle de cet homme et sa vie affective.
Allez, M. Roth, vous n'êtes pas encore mort. Un peu de mordant que diable.
12 avril 2009
Chronique livre : Crime et châtiment
de Dostoïevski.

Pas la fête Otto Dix, hein ? Mais clique pour vérifier.
L'ami F. est déçu, il a dû se rendre à l'évidence : je ne suis pas dostoïevskienne. Les (més)aventures du jeune Raskolnikov, pour surpuissantes qu'elles sont ne m'ont pas passionnées.
Ça commençait plutôt bien pourtant, calmement : Raskolnikov trucide une vieille antipathique et sa soeur parce qu'il s'imagine d'une essence supérieure. A vrai dire ce début est plutôt divertissant, et on suit l'élaboration du crime dans le cerveau un chouia perturbé du type avec enthousiasme. Mais après le meurtre, oh lala, j'ai décroché autant que la raison de Raskolnikov. Il a du mal à assumer son crime et ses pensées partent à la dérive. Dialogues géniaux mais trop complexes pour ma petite caboche, je n'ai rien compris aux 8000 revirements de situation en une seule phrase, et à vrai dire cette galerie de personnages plus tordus les uns que les autres m'asphyxie. C'est simple, lire Dostoïevski, ça me donne envie de me faire ermite dans une clairière vert pomme bourrée d'orchidées et de papillons.
Je reconnais humblement l'immense génie du monsieur, l'incroyable vivacité de son esprit et de son écriture (toujours des dialogues formidables, comme dans l'Idiot), sa très bonne construction du roman malgré la parution en épisodes, sa manière perspicace de décortiquer l'âme humaine. Mais tout ça me laisse sur le bord du chemin et ne fait pas titiller ma corde sensible. Trop dense, trop long, trop complexe, trop touffu. Perdue à jamais pour Dosto ?
11 avril 2009
Chronique livre : La princesse de Clèves
de Mme de La Fayette.

Pour savoir de qui sont ces oeuvres, clique image.
"Je suis vaincue et surmontée par une inclination qui m'entraîne malgré moi."
Lorsqu'à l'âge de seize années révolues, l'éducation nationale m'obligea la lecture de La princesse de Clèves, j'enrageais et baillais moult. Le cheveu gras-mouillé, l'odeur nauséabonde et le manque d'allant chronique de la dame mandatée pour ouvrir nos esprits aux beautés de la littérature française et de la Carte du Tendre ont probablement contribué à l'image terne et désuète imprimée en ma tête de ce petit ouvrage. J'étais loin de me douter en ces temps anciens que, quelques quatorze années plus tard, lire la Princesse de Clèves constituerait un acte de résistance, voire de désobéissance civique aux recommandations gouvernementales (en prenant le temps de lire, on oeuvre moins, c'est indubitable).
En relisant donc les (més)aventures de la très vertueuse Melle de Chartres, il apparaît de manière lumineuse les raisons de cette haine et malfaisance envers cet ouvrage. La langue de Mme de La Fayette, pour précieuse qu'elle soit, n'en est pas moins parfaite : elle manie des tournures de phrases complexes avec une délicate adresse. Ici, point de familiarité, de facilités de langage, de raccourcis expéditifs, mais des méandres verbaux à l'aune des sentiments troubles de la princesse. Mme de La Fayette fût sans doute aucun une exquisément fine lettrée, et historienne de talent. L'action se déroule sous le règne d'Henri II, et après quelques recherches superficielles, l'exactitude historique du contexte du roman ne fait aucun doute. Langage châtié, culture insolente, voilà effectivement de quoi faire grincer les maxillaires présidentielles.
Cependant, le plus horripilant pour un esprit peu délié, réside probablement dans l'immense rigueur morale de son héroïne. Mariée par raison, et dévouée à son époux, elle se refuse à l'homme qui l'aime et qu'elle aime. Même le décès de son mari ne pourra venir à bout de sa fidélité, elle se meurt de langueur par droiture. En nos temps où un remariage peut être célébré à peine quelques mois après un divorce, cette grande austérité janséniste et cette immense maîtrise de soi a de quoi agacer.
Pour ne pas masquer mes sentiments profonds, je dois révéler à mes lecteurs que pour admirable qu'il soit, le comportement emprunté de la princesse de Clèves, imprime en moi la sensation que cette belle personne est tout de même très quiche. Mais les jugements moraux n'ayant point de place dans l'analyse littéraire, on ne peut que conclure avec émotion à la beauté de cette oeuvre de Mme de La Fayette, la richesse de son style et la délicatesse des sentiments exposés. Précurseur du roman moderne, quel plus beau cadeau à faire à des collégiens, lycéens ou étudiants que l'étude de ce petit joyau précieux et raffiné ?
24 février 2009
Chronique film : L'Autre
de Patrick Mario Bernard et Pierre Trividic.

Clique pour mieux voir la déesse.
Quelle magnifique surprise que ce film dont je n'attendais, à vrai dire, pas grand chose. Dès les premiers plans c'est l'éblouissement, et on songe immédiatement à Lynch en contemplant ces vues aériennes nocturnes et oniriques de la région parisienne : rubans sans fin de voitures sur une musique magnifique, péages, lumières, vie de la nuit, scintillement des écrans de téléphones portables... C'est la nuit, mais la vie déborde de l'obscurité, les liaisons se créent, les communications emplissent les airs. Pendant ce temps, une femme seule dans son appartement se fracasse le crâne à coup de marteau.
L'Autre, c'est l'histoire d'Anne-Marie, une assistante sociale dévouée de 47 ans. Un peu défraîchie mais encore séduisante, elle décide de quitter Alex, son jeune et bel amant, trop désireux de s'engager à son goût, pour lui laisser vivre sa vie et pour vivre la sienne. Ils gardent tous deux une relation amicale. Mais Alex rencontre une autre femme, elle aussi de 47 ans. Et là, c'est le drame. Anne-Marie plonge dans la jalousie, jusqu'à la folie. Cette Autre du titre représente autant "l'autre femme", la rivale, que l'apparition progressive en Anne-Marie d'une nouvelle personnalité, qui lui permet d'exorciser sa douleur et l'entraîne dans la folie.
L'interprétation de Dominique Blanc, sobre, et étrangement lumineuse malgré la dureté du sujet, est magnifique. Elle habite le film d'une manière incroyable, sans en faire trop, sans faire "la folle". Mais le plus réussi dans l'Autre c'est l'univers que réussissent à créer les metteurs en scène. Un univers mental, l'univers d'Anne-Marie, à la fois ancré dans un réalisme noir (putain, c'est pas gai la région parisienne quand même), et le fantastique (c'est qu'elle décroche grave l'assistante sociale).
Tourné en plein hiver, 90% du film se passe en nocturne. Cette nuit omniprésente, peuplée des bruits de la ville (circulation, conversation, téléphones, alarmes...) est le carcan idéal pour cette plongée en apnée dans la tête d'Anne-Marie. Le travail sur le son est extraordinaire, et la mise en scène résolument moderne, dynamique et inventive. On pense à Lynch, WKW parfois, ou même à La Moustache de Carrère pour cette façon de faire apparaître le fantastique dans un univers quotidien. Dans ce monde moderne, où tout communique à toute vitesse, portable, internet, vidéos de surveillance sont omniprésents. Ces dispositifs permettent à la jalousie d'Anne-Marie de se développer à grande vitesse : elle a l'impression de pouvoir tout savoir et de pouvoir tout surveiller. Or elle ne sait rien, elle ne contrôle rien. Et la seule chose sur laquelle elle devrait pouvoir avoir la maîtrise totale, c'est son corps. Or même l'image de son corps lui échappe (il y a quelque chose dans les miroirs visiblement...)
La fin revient sur la scène du début, lorsqu'Anne-Marie se fracasse le crâne au marteau devant sa glace, et la deuxième fois, c'est absolument insoutenable. Les paroles sont assez rares dans le film, mais souvent incisives. Beaucoup aimé lorsqu'Anne-Marie dit à une alcoolique sur la voie de la guérison, un truc du style : "Je crois que je vous préférais avant, quand vous étiez folle. Maintenant vous êtes juste foutue." Dommage que le film soit un tout petit poil trop long. Mais vraiment tout petit. Sinon, grande grande réussite. Les réactions à la sortie de la salle étaient à peu près catastrophiques. Parfois, c'est plutôt bon signe.





