19 septembre 2009
Chronique film : Non ma fille, tu n'iras pas danser
de Christophe Honoré.

Toute tentative d'évasion est inutile. Clique.
Magnifique, magnifique film que celui-ci. En dressant le portrait de la belle Léna, mère de deux enfants, ayant quitté son mari après une tromperie, Honoré se débarrasse de son côté Diesel parisien. Ses deux précédents films avaient en effet un côté élitiste bobo et mettaient pas mal de temps à décoller. En se délocalisant en Bretagne, sa région d'origine, Honoré réussit à faire démarrer son film dès les premières minutes (très belle scène à la gare, très forte, où Léna commence par perdre son fils, qui essaie de sauver une pie à moitié crevée). En retournant chez ses parents pour un week-end, avec son frère et sa soeur, Léna se retrouve dans un traquenard, son ex ayant été invité par sa mère. Famille, je vous hais.
Le film est constamment sur le fil : entre rire et larmes. C'est très drôle (ma voisine de salle s'est, à raison, marré tout le long), et en même temps totalement poignant (j'ai hurlé intérieurement les trois quart du film), bref, d'une infinie subtilité. On pense à l'Heure d'été bien sûr, à Un conte de Noël aussi, pour la description de la haute toxicité familiale banale, mais Honoré réussit un film moderne, solaire, risqué, prenant le parti de l'émotion plutôt que du jugement, un film en équilibre fragile, comme son héroïne, qui peut donner lieu à de multiples interprétations (désaccord totale entre ma voisine de fauteuil et moi d'ailleurs).
Non ma fille, tu n'iras pas danser, est un film sur la pression extérieure, sur la violence familiale et sociale faite à cette femme (aux femmes ?) sensible. Léna vit dans la culpabilité permanente, soigneusement entretenue (et causée fondamentalement sans doute), par l'ensemble de son entourage. Une femme sous influence donc, de ses parents d'abord, incapables de voir autre chose en elle qu'une inapte, incapables de lui faire confiance, jugeant à tour de bras ses actes, interventionnistes (ils invitent son ex, critiquent sa façon de tenir son appartement, et donc prenent les choses en main...). On imagine que cette présence pesante, cette pression permanente, n'est pas pour rien dans la fragilité de Léna, dont le potentiel ne peut pas s'exprimer, dont toutes tentatives d'évasion restent incomprises, jusqu'à l'évasion finale radicale. Cette fin est bouleversante, elle sonne comme une de fatalité, un cercle vicieux imbrisable quoi qu'on fasse, quoi qu'on tente, quel que soit l'amour et l'énergie dépensés. C'est d'une tristesse ineffable (Léna décide de partir, en abandonnant ses enfants. Son frère lui dit qu'ils ne comprendront pas, qu'ils lui en voudront. Elle répond que peu importe, puisque qu'ils lui en voudront de toutes façons).
Victime ou irresponsable Léna ? en fait, c'est la question à ne pas poser. C'est le piège dans lequel il ne faut pas tomber : le jugement, l'analyse du comportement de Léna. Bien que de pratiquement tous les plans, le film est finalement plus le portrait de l'entourage de Léna, que de Léna elle-même. On reste dans le subjectif, dans la façon dont les proches de Léna la perçoivent (y compris son "pas encore amant", qui se permet de décortiquer ses faits et gestes), plutôt que dans le vrai portrait. Du coup, toute tentative de jugement vis à vis de Léna tombe à plat, puisqu'on a qu'une vision partielle et subjective de cette femme. On peut lui reprocher d'être hystérique (mais entre traquenard et mauvaises surprises, n'a t'elle pas des raisons ?), de ne pas tenir parole vis à vis de son fils (elle ne va pas le chercher à l'école, mais pourquoi ? on l'ignore), d'être illogique, irrationnelle... on peut aussi dire que c'est une femme qui essaie de se trouver, dont la tromperie du mari (excellent Jean-Marc Barre, tellement raisonnable et puant de responsabilité face à sa folle d'ex-femme) a été le déclencheur d'une tentative de reconstruction, ou plutôt de construction, que personne n'accepte, une tentative de fuite du schéma traditionnel (travail, famille...) que tout le monde juge négativement. On sent le poids discret mais bien présent de la tradition dans cette famille, de la religion aussi. L'incursion dans la Bretagne du conte et du biniou au coeur du film est à la fois complètement décalée et complètement éclairante sur le film. Cet aparté raconte l'histoire de Katell, une belle jeune femme qui aime s'amuser : ses partenaires de danse meurent les uns après les autres, épuisés par la belle, qui finit par succomber au charme du diable, et d'en mourir de la même façon que sont morts ses partenaires.
Katell, Léna, des femmes qui paient cher leur envie de liberté, dans un monde où la tradition, la morale, la religion sont autant de facteurs d'anéantissement de la personnalité sous couvert de paix sociale et d'une recherche de bonheur à moindre coût (ou coup ?). Magnifique.
18 septembre 2009
La bouse.
Dordogne, mai 2009.

Encore plus mou : clique sur... enfin vous voyez.
06 septembre 2009
Chronique film : Inglourious basterds
de Quentin Tarantino.
Bon, que dire de ce film : il n’a pas eu la palme d’or, et c’est absolument normal. Très long, le film navigue entre brillantes fulgurances à la mise en scène incroyable, et moments très plats sans beaucoup d’intérêt. Le film est très long, 2h30. On ne s’ennuie pas vraiment, mais on passe quand même tout le film à se dire « ok, mais pourquoi faire ? ». Tarantino s’essaie à une mise en scène plus diversifiée que d’habitude, et ça lui va plutôt bien, le film est assez beau quand il se pose notamment. Malheureusement, il y glisse certains de ses trucs de petits malins, déséquilibrant ainsi l’ensemble, ça part du coup dans tous les sens, et le film est effectivement très « bâtard » et peu glorieux.
On se fout un peu des innombrables invraisemblances et des libertés avec l’histoire, même si certaines sont quand même limites. Heureusement que le film sort après les examens, sinon, ça aurait donné d’excellentes perles du bac. Mais ce qui dérange le plus, c’est vraiment l’impossibilité de décrypter le pourquoi de l’affaire : ni hommage aux films noirs, ni aux films d’actions asiatiques, ni divertissement pur, ni (malgré la musique du grand Ennio Morricone et quelques plans à la Leone) au western, ou plutôt hommage à tout ça à la fois, on ne réussit pas à trouver une véritable accroche à tout ce binz. Tarantino manque de fil conducteur et de rigueur dans son projet, se contentant d’alterner scènes de suspense, scènes sanguinolentes et scènes spectaculaires.
Tout ça est très bien fait, accompagné d’une musique heureusement impeccable, et d’un acteur effectivement impressionnant, mais ça ne fait pas un film. Tarantino s’essouffle. Le fin d’une époque ?
03 septembre 2009
Chronique livre : La Perrita
d'Isabelle Condou.

Dans la paille de ses poils, je fourrerai mon nez. Clique sur la Perrita (ou presque)
Première critique concernant les bouquins lus en tant que membre du jury Fnac de la rentrée littéraire 2009. Quelle surprise de voir ce livre dans la sélection des adhérents ! Bien qu'étant tout à fait synpathique, il me semble un peu lisse pour mériter une distinction particulière entre les centaines de sorties de cette rentrée littéraire.
On est tout d'abord plutôt agréablement surpris par la qualité de l'écriture. Isabelle Condou écrit d'une langue belle, maîtrisée, mais très très classique. On se laisse porter gentiment, mais sans exaltation non plus dans cette histoire pourtant forte. Car le livre est ambitieux dans son sujet : au travers du portrait de deux familles que tout oppose et liées par un lourd secret, on (re)découvre une Argentine meurtrie, marquée par son Histoire, cette Histoire impacte la vie des gens.
On ne peut pas dire qu'Isabelle Condou échoue dans son projet, bien au contraire. Le livre est vraiment très finement construit, mêlant les deux histoires de manière intelligente, et visiblement les autres adhérents Fnac ont adhéré. Malgré tout ça subsiste une certaine impression de transparence, on n'arrive pas franchement à se passionner pour ce livre trop parfait, trop lisse : pas assez d'aspérités, le livre est appliqué et concerné, mais finalement pas assez vivant et un peu impersonnel.
C'est cependant prometteur, et nul doute que ce livre irréprochable n'obtienne un joli succès auprès de ses lecteurs.
31 août 2009
Métaphore aérienne de la rentrée à destination des obtus.
Parc des loups, Gévaudan, Août 2009.

Le clic de souris me semble indispensable. Pas ici. Sur l'image, bécile.
26 mai 2009
Chronique livre : La lionne blanche
d'Henning Mankell.

OUARRRRRRRR. Clique si t'as peur de rien.
Bon ok, dans le polar bien ficelé, il n'y a pas que Connelly. Bien obligée de constater que la Lionne Blanche est un excellent polar, et un excellent bouquin tout court.
En Suède, visiblement, il ne se passe pas grand chose. Quand une honorable mère de famille disparaît, dans une petite ville du Sud de la Suède, Wallander sent bien qu'il n'y a rien de normal là-dessous et son flair ne le trompe pas. Mais avant de la retrouver morte dans un puits, il découvre un bout de doigt enterré dans une propriété abandonnée. Le doigt est noir, ce qui apparemment est assez exotique en Scandinavie.
Mankell a un sens de la construction tout à fait remarquable, mêlant un récit sud-africain et plusieurs récits suédois très intelligemment. On fait des aller-retours géographiques et temporels permanents, et c'est brillant, le livre devient ample enmêlant ainsi petite et grande histoires. La partie sud-africaine est vraiment passionnante parce qu'on apprend finalement beaucoup sur le pays l'air de rien. Mankell traite également très bien ses personnages, ils ont une vraie consistance, pas seulement les personnages de premier plan (Wallander flic banal, qui pète les plombs dans cette enquête trop grande pour lui, l'énigmatique tueur Sud-africain qui bouleverse le fonctionnement de pensée occidental, l'immonde formateur Russe), mais également les personnages plus secondaires et que j'imagine récurrents (son père qui peint toujours la même chose, ou sa fille visiblement assez marginale).
Le tout a une vraie profondeur derrière l'aspect polar, une certaine sincérité, une écriture par moment assez léchée, en tout cas assez au dessus du tout venant du roman noir. Bref, une belle entrée en matière qui donne envie de lire la série des Wallander. Et dans l'ordre de préférence.
10 mai 2009
Embrasse-moi.
Musées du Vatican, Août 2008.

Clique pour plus de tendresse.
12 mars 2009
Chronique film : Bellamy
de Claude Chabrol.

Comme la Pupuce, Bellamy traque sa proie. Vérifie : clic image.
Bon, il serait sans doute temps que Chabrol se ressaisisse un peu, Bellamy sent gravement la relâche. C'est d'ailleurs bien dommage car on sent que le film avait du potentiel : des acteurs pointures, et surtout un scénario qui aurait pu être très malin s'il n'était pas autant bourré d'incohérences. Malheureusement, la direction d'acteurs semble assez inexistante (seuls la délicieuse Marie Bunel, et le trouble Gamblin sortent nettement leur épingle du jeu), et Depardieu est énorme, mallheureusement au sens littéral du texte.
On est pourtant assez intrigué par les 30 premières minutes du film : voilà un film policier qui n'en est pas vraiment un, un suspect (manipulateur ?) qui fait de lui même appel à un commissaire en vacances, un flic qui enquête vaguement, et à titre privé sur une affaire qui ne le concerne pas du tout... Mais l'intêret retombe assez rapidement devant les incohérences de la trame, la mise en scène au minimum syndical, et les décors immondes (le coup des bites en déco, tu nous l'as déjà fait, Monsieur Chabrol, et y'a pas longtemps. C'était très drôle la première fois certes, mais...).
Bref, me suis pas mal ennuyée à la vision de ce film sympathique, je dis pas mais franchement raté. Allez allez, ça ira mieux la prochaine fois.
11 février 2009
Chuis pas aussi Koons-Koons que j'en ai l'air
Versailles, exposition Koons, novembre 2008.

Pour suivre Alice, clique sur le lapin.
21 janvier 2009
Chronique livre : Belle de jour
de Joseph Kessel.

Clique sur la très belle Bianca.
C'est toujours un grand plaisir que de lire du Kessel. La diversité des sujets traités dans ces romans ne cessent de m'étonner. Comment l'auteur du si viril "Les Cavaliers" peut-il écrire la miniature si fine que ce Belle de jour ? Le sujet conserve toute sa modernité, l'absence de plaisir charnel dans un mariage pourtant heureux, la recherche obsessionnel de ce plaisir par des voies troubles et destructrices, bref, cette espèce de dichotomie entre le cœur et le corps. Malgré le soufre de son sujet, il est vrai que contrairement aux Cavaliers, l'écriture de Belle de jour a bien un peu vieilli, et que le roman à un côté un peu désuet, notamment dans la description des réactions et des modes de pensées de ses personnages. L'écriture, très belle, reste bien empruntée et chaste, malgré les brûlants tourments qu'elle décrit. Mais ce qui est fascinant, c'est le côté très cinématographique du roman. On comprend aisément ce qui a poussé Bunuel à l'adapter. Le roman, malgré des descriptions finalement assez peu nombreuses est très visuel, et chaque scène se découpe avec netteté et dynamisme, comme des évidences. Bref, un joli moment, qui émeut par son ancrage dans son époque, et qui titille par les élans et tourments de l'âme et du corps.






