14 novembre 2009
Par effraction
d'Hélène Frappat.
Quelle limite entre curiosité et intrusion ? Clique.
Beau petit objet que ce court texte d'Hélène Frappat. Beau et mystérieux. Difficile en effet d'y voir clair au travers de ces 2 ou 3 récits entrecroisés, parallèles ou imbriqués. Frappat décline son thème de l'effraction, plus précisément l'effraction dans la vie de quelqu'un, sous différentes formes.
Une effraction psychique tout d'abord, avec l'histoire d'une enfant, A., qui a le pouvoir d'entendre ce que pensent les adultes et donc par conséquent d'entrer dans leurs têtes sans qu'ils le sachent. Puis au coeur même de cette première histoire on trouve une digression vers une autre effraction, celle de Sabrina. Enfant pauvre, Sabrina s'introduit chez les parents riches d'une de ses camarades de classe lorsqu'ils sont absents. L'effraction est donc cette fois matérielle, et c'est bizarrement la seule qui provoque une réaction chez les personnes touchées par l'effraction. Les gens se sentent envahis par cette présence de moins en moins discrète (objets déplacés etc…) et agissent en conséquence, en faisant enfermer l'enfant dans une maison de redressement. La dernière effraction est celle de la narratrice (ou plutôt de celui qui lit, puisqu'elle utilise, comme Butor en son temps, le pronom vous) dans la vie d'une jeune fille Aurore, dont elle (dont on) suit la vie depuis sa naissance jusqu'à ses fiançailles, au travers de vidéos super 8 achetées sur le marché aux Puces. Contrairement à ce que j'ai lu ailleurs, je n'ai pas l'impression qu'on sache vraiment si cette Aurore et la petite A. sont deux personnes distinctes ou la même fille.
En utilisant ce pronom "vous" Frappat frappe un grand coup (oh ça va hein), puisqu'elle place le lecteur dans la position du voyeur, de celui qui s'introduit dans la vie de l'autre, dans la tête de l'autre. Cependant cette intrusion a une limite très claire, puisqu'après avoir visionné les bandes, la narratrice refuse de pousser ses investigations pour savoir qui est vraiment Aurore. Pourtant de nombreux indices parsèment le film. Mais la narratrice accepte de s'arrêter à ce que celui ou celle qui a abandonné ces bandes vidéos a accepté de partager. Réflexion sur l'incursion du regard de l'autre dans la vie privée, Par effraction est comme un signal d'alarme aux lecteurs un peu trop curieux, comme un avertissement à ceux qui souhaiteraient aller plus loin que ce qu'on leur donne à voir et à ressentir.
Le livre est construit en chapitres très courts et très rythmés. On sent que Frappat maîtrise à perfection la langue française : Par effraction est extrêmement bien écrit. Malheureusement, à force de mystères et de brouillage de pistes, on reste toujours un peu extérieur au dispositif (brillamment intelligent) mis en place, et le roman ne touche pas beaucoup même s'il intrigue férocement. On oubliera très vite par exemple ces séquences de rêverie (?) typographiées en italique, pour retenir le désarroi de la jeune A. face à son encombrant don de lecture dans les pensées, et le sourire immuable de la jeune Aurore sur des bandes super 8 achetée aux Puces. C'est déjà pas mal.
11 octobre 2009
Chronique livre : Le procès
de Franz Kafka.

Parfois, la vie se met à n'avoir plus aucun sens.
L'enfer vous tombe sur la tête, sans qu'on puisse rien y faire.
A part cliquer.
Je sais que je vais me faire dézinguer tous azimuts mais je préfère être honnête avec vous : je me suis ennuyée comme un rat mort à lire ce grand classique hautement politique, critique et fort courageux de Kafka. Pour être merdeuse jusqu'au bout, j'irai même jusqu'à dire que l'auteur avait de bonnes raisons pour refuser la publication de ce livre, et que le faire dès qu'il a eu le dos tourné (qu'il a cassé sa pipe quoi) n'est pas de la classe la plus folle. Je ne renie cependant pas l'intérêt de la démarche, et le principe du livre reste très intéressant.
Un citoyen, fondé de pouvoir dans une banque (donc quelqu'un de sérieux en qui on peut avoir toute confiance) est arrêté, un beau matin, à son domicile. Pourquoi , on ne le saura jamais, et le héros clame son innocence à qui veut bien l'entendre, mais sans jamais être véritablement entendu. L'arrestation est arbitraire, sans explication, et les règles de cette justice (une justice parallèle à la justice "ordinaire" visiblement) semblent complexes, connues de tous sauf de lui. Au lieu, comme les autres accusés qu'il croise, de baisser la tête, d'accepter l'incompréhensible, de se fier à des avocats mollassons, le héros tente de prendre les choses en main, ce qui ne fait qu'accélérer sa chute et sa mort.
Il ne faut pas se fier à l'impression d'absurdité du roman. Oui la situation est absurde, mais chacun des éléments auquel est confronté le héros est hautement symbolique : la justice se niche dans les greniers de chaque immeuble, surplombant tout de son atmosphère irrespirable et de ses couloirs tortueux, des enfants espionnent dans tous les coins, le meilleur allié de notre héros est un peintre "judiciaire" qui reproduit des juges de manière avantageuse (ahhh déjà, le pouvoir de l'image), la gardienne du tribunal et la servante de l'avocat ont la jambe légère, il faut croire qu'être les maîtresses du pouvoir leur donne des avantages... C'est donc une véritable toile d'araignée sur laquelle est empégué le banquier. Malheureusement trop de symboles tuent l'impact du symbole. On étouffe dans cet univers. Vous allez me dire : c'est le but. Certes.
Le principal problème du Procès, c'est son héros : il est tout bonnement insupportable. Bavard, prétentieux, sûr de lui, maniéré, bref totalement antipathique. Si bien que dès les premières pages, on a envie de lui couper le sifflet, et qu'au lieu d'espérer trouver une solution pour le dépêtrer de ses emmerdes, on prie pour que le procès aille vite et condamne sans clémence cet olibrius. On a alors l'impression qu'au lieu de dénoncer le totalitarisme et l'arbitraire, Kafka réussit plutôt à en les faire germer dans le faible et influençable cerveau de ses lecteurs. Et là, je ne pense pas que ce soit le but... à moins que ce soit justement ça qu'ait voulu démontré Kafka, en manipulant ses lecteurs, la facilité avec laquelle on peut accepter, voire cautionner un système totalitariste. Et là c'est très fort.
N'empêche, qu'est ce que j'ai trouvé ça long...
16 septembre 2009
Chronique livre : Le pélican d'Or
de Stefan Chwin.

Le premier qui me fait remarquer que c'est pôs un pélican, je le tape ! Clique.
Premier des trois livres lus pour le Prix de la rentrée littéraire Fnac et, je vous avoue que ce fût un supplice. Ok, le livre était sur épreuve, donc, en plus d'être long, il était mal aisé à lire, puisque sous format A4 et en police 8, mais tout de même... je ne suis pas habituée à lire des machins aussi décousus et lourdingues. Mais je suis valeureusement venue à bout, comme un bon petit soldat, pour pouvoir donner mon avis en cinq mots sur la feuille de notation de la Fnac.
Bon ceci dit, je me suis trouvée fort dépourvue quand j'ai du remplir la case "point fort", mais en creusant, on peut trouver un certain intérêt dans le sujet du livre : un professeur trop sûr de lui, qui découvre le doute. Cette sensation va lui être néfaste, puisqu'il décroche complétement, finissant à la rue. Voilà. Allez au-delà de ça dans la liste des points positifs me paraîtrait fort exagéré, tant le roman est difficile à ingurgiter.
La faute à Chwin ou au traducteur ou au relecteur (je n'avais qu'une épreuve), mais le style à la fois ampoulé, décousu et maladroit du Pélican d'Or rend la lecture difficile. Émaillé d'innombrables digressions qui ralentissent la progression de l'histoire, on n'arrive jamais à rentrer là-dedans. Mais le souci majeur de ce livre reste l'incapacité à déterminer la place de son narrateur : est-il son personnage principal, est-ce un narrateur extérieur ? Du coup, le point de vue manque de clarté, ce qui est fort dommage puisque le livre est constellé de remarques douteuses sur leur fond (xénophobie notamment). Comme on ne sait pas trop où se situe Chwin, on hésite entre lecture au second degré et/ou auteur réactionnaire.
Au final, le livre laisse un goût assez nauséabond dans la bouche, sans qu'on soit vraiment sûr qu'il soit justifié, puisque le point de vue de l'auteur est totalement indéterminé. Bref, pas une très bonne entrée en matière pour ces lectures du Prix de la rentrée littéraire Fnac, heureusement dissipée par les deux volumes suivants, La Perrita et les Heures souterraines, nettement plus convaincants et consistants.
15 septembre 2009
Chronique livre : L'emploi du temps
de Michel Butor.

Je ne suis plus très sûre de mes repères. Et toi ? Clique.
Un pur enchantement que de se plonger dans ce petit pavé. Ça faisait bien longtemps que je n'avais lu quelque chose d'aussi stimulant et fascinant, et magnifiquement écrit. J'avais lu la Modification il y a une dizaine d'années, le bouquin, parfait pour se la péter en société, était certes très intéressant, mais ne réussissait pas ou pas toujours à dépasser son principe formel. Ce n'est pas le cas pour celui-ci, qui réussit à transcender sa forme, pour plonger le lecteur dans un labyrinthe spatio-temporel complexe et passionnant.
Un jeune français débarque dans une ville anglaise (imaginaire), Bleston. Une année de travail dans un bureau, une année pour apprendre la langue, visiter la ville, nouer des liens, et puis les perdre. Pour raconter son histoire, Butor laisse la plume à son héros, qui après quelques mois passés à Bleston, commence à rédiger a posteriori un journal de ses jours en Angleterre. Dans ce journal se mélangent les temporalités, et la plume navigue le long des 7 mois précédant l'écriture du journal, jusqu'au jour de son départ.
On est d'abord un peu perdu dans ces va et vient temporels incessants, ces retours en arrière. Des personnages arrivent sans qu'on sache tout de suite comment ils ont rencontré le narrateur, semant le trouble dans l'esprit du lecteur. La perte de repère s'insinue également dans notre esprit en essayant de visualiser les déplacements géographiques du narrateur : complètement perdu au début de son séjour, obligé de circuler en bus pour ne pas s'égarer, il commence à partir à la découverte de la ville lorsqu'il achète un plan de la cité (dont on a un petit extrait, dessiné main en début d'ouvrage). Et c'est là que la ville commence à devenir le véritable personnage de l'Emploi du temps : une ville sans frontière (lorsqu'il tente une échappée à la campagne, il ne trouve pas la fin de la ville), et pourtant un monde clos dont il est difficile de s'échapper. Seules ses incursions au cinéma pour voir des documentaire sur des pays ensoleillés lui permettent un échappatoire très temporaire. Bleston est une ville prison, labyrinthique, mouvante (la foire qui se déplace aux quatre coins de la ville), qui finit par rendre le narrateur quelque peu malade.
Plonger dans l'emploi du temps (un titre faussement rangé), c'est accepter de se faire malmener en tant que lecteur, de ne pas avoir les réponses facilement, de naviguer dans ce jeu de piste fascinant sans boussole (on pourrait presque le considérer comme un roman policier), en collectant les indices épars, notamment sur les nombreux motifs récurrents, comme les mouches, les métaphores filées comparant la ville à un être organique, dont les multiples peaux seraient comme des strates géologiques. Tout est lié dans l'Emploi du temps, tout se répond, et pourtant tout égare.
On est fasciné par la complexité de l'entreprise, par son absolue réussite, par l'inattaquable cohérence qui surgit sous le l'apparent bordel. Je ne parle même pas du final, absolument renversant, qui m'a laissé sur les dents. Immense
13 septembre 2009
Chronique livre : Et si c'était niais
de Pascal Fioretto.

C'est si simple de tomber dans les clichés. Clique.
Une bonne crise de rire à la lecture de ce bouquin dans lequel Fioretto, tout en bâtissant une histoire policière (ressemblant quelque peu à une mise en abyme de sa condition de pasticheur) pastiche 11 des écrivains français les plus vendus, et par conséquent pas les meilleurs (oups, j'ai dit ça moi ?).
Qu'on ait lu ou pas les auteurs pastichés, au final, a peu d'importance : Fioretto a un savoir-faire suffisant pour trouver le juste milieu entre grosse parodie et reproduction carbone du style de l'auteur pastiché. On admire ce talent, certains des auteurs étant au naturel tellement "énormes" qu'il a dû être très difficile de ne pas tomber dans l'excès. Et j'avoue que plusieurs fois, je me suis "laissée prendre", des idées telles que "oh, là, Notomb, elle s'auto-caricature"..."ah ben non, c'est vrai c'est un pastiche". Et ces pastiches sont un merveilleux révélateur des ficelles stylistiques des (f)auteurs.
Le pastiche constitue en ça une excellente critique littéraire, d'autant plus pertinente qu'il est rare de voir les critiques se pencher un tantinet sur la forme, le fond prenant constamment le pas sur le style. Alors forcément, en exacerbant les mécanismes de la forme, Fioretto révèle la personnalité des écri-vains, et certains ont dû grincer des dents, n'apparaissant pas sous leur meilleur jour. L'ensemble reste cependant très drôle, et n'empêchera personne de se gaver de Nothomb, ou Gavalda. Un bon trip.
11 septembre 2009
Chronique livre : La fin des temps
d'Haruki Murakami

Ca n'a rien à voir, mais c'est bizarre. Clique.
Une autre petite merveille que cette Fin des temps dans l’œuvre foisonnante de Murakami. Certes La fin des temps a été écrit antérieurement à Kafka sur le rivage ou les chroniques de l’oiseau à ressort, mais c’est en quelque sorte le précurseur de cette veine là. Enfin c’est ce qu’il me semble étant donné que je n’ai pas lu l’entière bibliographie du maître. La fin des temps est donc un roman dans lequel il faut accepter de perdre ses repères.
Deux histoires se déroulent en parallèle, pour finalement se rejoindre au final (hahaha le pléonasme tellement énorme que je le laisse), dans deux « mondes » différents : le monde réel et un monde inventé. Oui mais voilà, le monde réel est peuplé de bestioles bizarres, d’un savant qui écoute le bruit des crânes et d’un ascenseur énigmatique, tandis que le monde créé est certes étrange, les ombres perdues y côtoient des licornes, mais curieusement beaucoup plus planplan et ordonné. On ne sait où donner de la tête entre toutes ces bizarreries, et le calme et la sérénité du héros, comme d’habitude, forment un contrepoint parfait à l’agitation ambiante.
Malheureusement, le roman manque un peu de rythme et a tendance à être trop explicatif. On n’avait évidemment pas besoin de cette histoire de commutation de circuits de la conscience ou je ne sais trop quoi. Ce n’est pas la cohérence qu’on cherche ici, bien évidemment, mais l’évasion. Mine de rien on peut voir dans le final un constat un peu désolant, puisque le héros fait le choix (ou pas d’ailleurs) du monde clos et sans surprise au détriment du bordel extérieur.
La traduction est impeccable, malgré des dialogues toujours un peu « plats », non naturels, qui ne coulent pas en bouche : Murakami ou la traduction, je crois que tant que je ne deviendrai pas une spécialiste du japonais, je ne pourrai pas trancher l’origine du problème. Par conséquent, je crains bien de ne jamais pouvoir trancher... On peut aussi regretter un nombre de fautes d’impression suffisamment conséquent pour que je m’en aperçoive. Rare d'en trouver autant, je me demande bien ce qu’a foutu le relecteur.
En tous cas, un bien beau roman, qui a introduit parfaitement des vacances bien méritées (j’espère) (et déjà finies depuis longtemps).
10 septembre 2009
Chronique livre : Le cinquième évangile
de Michel Faber

Ah ça fait pas du bien de remettre en cause la passion de JC.
Finis de l'achever en cliquant.
Entendu parler de ce bouquin sur France info, je ne sais plus, et il faut avouer que c’est un distrayant bouquin pour des vacances. Le cinquième évangile, c’est un peu l’anti-Da Vinci Code et l’anti-cinquième élément, ou comment un traducteur de textes anciens fout le bordel dans le monde en mettant à jour des textes très prosaïques sur la crucifixion de sieur Jesus.
Loin de professer la bonne parole, et de se terminer en apothéose remplie d’une découverte miraculeuse issue des textes anciens genre « ce qui sauvera le monde c’est l’amour », le cinquième évangile fait la nique à la vague des romans pseudo ésotériques pouet-pouet et à la pseudo culture de masse. Le roman vaut presque plus dans son principe que dans son écriture. Ce n’est évidemment pas un chef d’œuvre de la littérature puisque Michel Faber pastiche parfois ses anti-modèles, ce qui ne hisse pas le niveau d’écriture, il faut bien l’avouer. Par contre, le personnage principal est tellement con, méchant que le livre en devient particulièrement irrévérencieux et qu’on bondit de joie quand il compare ses manuscrits vieux de 2000 ans à des magazines pornos (pour l’impatience qu’ils suscitent), ou qu’il n’hésite pas à hurler « qu’est ce que ce mec est chiant ! » à propos de l’auteur des dits manuscrits, effectivement pas un gai-luron à lire sa prose.
Un bon moment donc, sans larmichette et sans leçon de morale antique sur la voie que doit suivre l’Homme. Sympa.
09 septembre 2009
Chronique livre : Les heures souterraines
de Delphine de Vigan.

Clic-clac. Avec la souris. Dessus. Hop.
Livre lu en avant-première dans le cadre du prix Fnac de la rentrée littéraire 2009, et à l'inverse de La Perrita précédemment commentée, un peu plus surprise de ne pas le voir apparaître dans la sélection. Non pas que le livre m'ait absolument renversé, il souffre quand même d'un gros défaut de construction, mais il me semblait que son sujet et traitement possédaient une charge émotionnelle suffisante pour bousculer le lecteur.
Delphine de Vigan construit un roman urbain, mêlant deux histoires : celle d'une femme active prise dans la spirale infernale du harcèlement moral, et celle d'un médecin usé. L'écriture est sèche et nerveuse, parfois audacieuse, assez moderne, malheureusement parasitée par des tics d'écriture assez désagréables (répétitions des débuts de phrases notamment, trop systématiques). Malgré cela, on se passionne, et on souffre pour cette femme torturée par son boss. Les mécanismes du harcèlement moral sont décortiqués avec minutie et m'ont fait hurler à l'injustice. De Vigan excelle également à plonger ses personnages dans cet univers urbain étouffant et carnivore de la région parisienne, c'est une belle réussite.
En comparaison, l'histoire du médecin manque de rigueur, oscillant entre histoire d'amour et usure professionnelle. On se demande bien ce que vient faire là cette histoire d'amour, alors que le sujet du roman est visiblement ailleurs, entre aliénation au travail et aliénation à la ville. Cette faiblesse déstabilise l'ensemble de l'édifice, rendant le roman boiteux et inégal. L'impression à la sortie du livre est par conséquent assez mitigée, mais au final, c'est tout de même elle qui gagne, puisque deux mois après la lecture du livre, il continue à me flotter dans la tête. Frontal, inconfortable, Les heures souterraines est un livre intéressant, et, bien qu'imparfait, me paraissait un meilleur candidat à la sélection des adhérents que La Perrita d'Isabelle Condou, certes, sans doute plus abouti, mais plus classique.
03 septembre 2009
Chronique livre : La Perrita
d'Isabelle Condou.

Dans la paille de ses poils, je fourrerai mon nez. Clique sur la Perrita (ou presque)
Première critique concernant les bouquins lus en tant que membre du jury Fnac de la rentrée littéraire 2009. Quelle surprise de voir ce livre dans la sélection des adhérents ! Bien qu'étant tout à fait synpathique, il me semble un peu lisse pour mériter une distinction particulière entre les centaines de sorties de cette rentrée littéraire.
On est tout d'abord plutôt agréablement surpris par la qualité de l'écriture. Isabelle Condou écrit d'une langue belle, maîtrisée, mais très très classique. On se laisse porter gentiment, mais sans exaltation non plus dans cette histoire pourtant forte. Car le livre est ambitieux dans son sujet : au travers du portrait de deux familles que tout oppose et liées par un lourd secret, on (re)découvre une Argentine meurtrie, marquée par son Histoire, cette Histoire impacte la vie des gens.
On ne peut pas dire qu'Isabelle Condou échoue dans son projet, bien au contraire. Le livre est vraiment très finement construit, mêlant les deux histoires de manière intelligente, et visiblement les autres adhérents Fnac ont adhéré. Malgré tout ça subsiste une certaine impression de transparence, on n'arrive pas franchement à se passionner pour ce livre trop parfait, trop lisse : pas assez d'aspérités, le livre est appliqué et concerné, mais finalement pas assez vivant et un peu impersonnel.
C'est cependant prometteur, et nul doute que ce livre irréprochable n'obtienne un joli succès auprès de ses lecteurs.
19 août 2009
Chronique livre : Siddhartha
d'Hermann Hesse

J'en connais un qui a atteint le nirvana ! Clic.
Un bien beau roman initiatique que ce petit bouquin paru en 1922. Siddhartha, un jeune homme, fils de Brahmane cherche sa voie : à travers le jeûne et le pèlerinage d'abord, puis la vie bourgeoise ensuite. Dégoûté de lui-même, il trouve refuge au bord de la rivière et partage la vie d'un passeur silencieux. C'est à ses côtés et après avoir vécu une douleur immense qu'il atteint finalement la plénitude, en abandonnant son orgueil et sa quête. C'est en cessant de chercher qu'il trouve enfin ce qu'il n'attendait plus.
C'est un magnifique chemin, l'apprentissage de la simplicité. Hesse nous plonge dans une Inde fascinante, aux multiples visages, empreinte tout autant de spiritualité que de matérialisme. A chaque étape de l'évolution de Siddhartha, on se demande quelle sera la suivante, impatient de connaître son cheminement, et par là même, sans doute, la recette du bonheur.
Mais Siddhartha refuse toutes les doctrines, et préfère écouter l'eau couler. Ça me plaît. Superbe.





