Racines

Photos et lumières du Périgord et autres contrées plus lointaines, critiques cinématographiques et littéraires.

25 octobre 2009

Chronique film : Le Ruban Blanc

de Michael Haneke.

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Faudrait mater tout ça tu crois pas ? Quoi que... Clique !

Évidemment, chez Haneke, c'est pas le fête du slip. Mais par contre, c'est clairement la fête du string, tant on ressort de là tendu, les muscles douloureux, et le palpitant en vrac (je sais la blague est nulle, mais il est tard). Oui, Le Ruban Blanc n'est pas un moment confortable, c'est indubitable. Par contre, c'est un long moment passionnant, trouble et foisonnant, qui, s'il m'a moins scotché que certains autres films du maître, n'a pas volé sa Palme d'Or.

Changement de décor chez Haneke, ici, c'est film en costume et noir et blanc implacable (c'est juste beau à pleurer, on dirait du Bergman). Pas de musique outre ce qui se joue dans le film, pas d'éclairage additionnel. Rigoriste à l'extrême donc. Il fait nuit, on éclaire à la bougie ou à la lampe à pétrole et c'est Georges de La Tour qu'on ressuscite. Le parti-pris est surprenant. Esthétiquement, on serait bien à mal de mettre en défaut Haneke sur un seul de ses plans, et il se dégage de chaque image des sentiments ambivalents. Le noir et blanc apporte une distance vis à vis de son histoire, un côté quasiment irréel, fantastique, alors que l'éclairage est plutôt naturaliste. On navigue donc le cul entre deux chaises, et le déroulement de l'histoire ne va pas nous rassurer beaucoup : pas facile de s'y retrouver, beaucoup de personnages (dont une ribambelle de gamins, qui se ressemblent un peu tous), beaucoup d'événements, beaucoup de bribes de machins, de plans énigmatiques... On a donc le cerveau aux aguets pour essayer de bien capter, de ne rien louper. Impossible évidemment, Haneke mène parfaitement sa barque pour perdre juste ce qu'il faut le spectateur et l'amener exactement là où il veut.

M'attendant à un film historique après certains échos cannois, j'ai plutôt été surprise de me retrouver dans un univers plus proche du Village de Damnés (l'original) que d'un quelconque film historique. L'e monde décrit par Haneke (un petit village allemand a priori tranquille en 1913) est tout bonnement effrayant. Les adultes (en particulier les hommes, les femmes étant un peu plus épargnées) sont psychorigides ou déviants, les enfants, tendre progéniture, inquiétants à souhait derrière leurs jolies mèches blondes. Des événements étranges se produisent (enfants enlevés et battus, grange qui brûle, accidents suspects) sans autre explication qu'une lettre (qui dit que les enfants paieront pour les fautes de leurs pères, ou un truc comme ça). On est aiguillé dès le départ vers la culpabilité d'une bande de gosses menés par la charmante fille aînée du pasteur. On n'aura bien évidemment jamais la confirmation. Mais insidieusement on se demande si l'éducation ultra rigoriste de l'homme de Dieu est responsable de la cruauté (supposée) de ses enfants (a priori la morale du film : une éducation trop sévère donne naissance à des monstres), ou alors si justement, le pasteur "sentirait" la malignité de sa progéniture, et tente le tout pour le tout afin de les mater. Bref, c'est un peu l'histoire de l'oeuf ou la poule. Cependant le résultat est là, et en quelques mois, un village paisible devient un lieu inquiétant, dangereux où règnent suspicion, peur, délation.

Quelques (minuscules) moments parviennent cependant à éclairer le film et lui apporte des petites respirations fort bienvenues : un petit garçon qui demande la permission à son père de soigner un oisillon tombé du nid (quel magnifique sourire !), ou un jeune homme et une jeune fille se faisant une cour timide et mignonne comme tout. Mais ces passages ne font que révéler un peu plus durement combien la pourriture et le mal règne sur la Terre.

La plus grande réussite du Ruban blanc réside bien dans sa forme, dans la manière qu'a Haneke de nous manipuler pour semer le trouble, faire bouillonner nos petits neurones. Le fond du film, bien que très intéressant, me paraît un cran en-dessous : le mal qui engendre le mal, l'oppression qui provoque la rébellion, la rigueur morale qui suscite la fourberie, les petites histoires qui ensemencent la grande Histoire ... C'est un beau sujet, mais pas neuf. Après avoir disséqué la violence moderne et ses mécanismes, Haneke semble vouloir remonter le temps pour découvrir ses origines. Il franchit encore un pas dans sa recherche formelle. Une magnifique Palme d'Or, sans aucun doute, que j'aurais tout de même, pour ma part, préféré voir attribuer à Caché en son temps.

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29 septembre 2009

ZinZinZin

Dijon, septembre 2009. Festival des Musiques Mécaniques.

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Si toi aussi tu as quelque chose de coincé dans les dents, clique.
(Et sinon, clique aussi)

"Sur ma ville où régnait – calme plat des provinces – l’ennui propice aux vastes conceptions de l’esprit, vient de s’abattre, tel un déluge de fer et de feu, un festival international d’orgue de Barbarie."

Eric Chevillard - 673 - L'autofictif.

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27 septembre 2009

Mimines.

Dijon, aujourd'hui.

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Pour la voir grandir, clique.

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01 septembre 2009

Désir soudain de posséder.

Sarlat, Août 2009.

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Lêche l'écran. Après avoir cliqué sur l'image.

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09 août 2009

Chorégraphie nocturne.

Dijon, août 2009.

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Un peu plus "ohhh", clique.

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05 juillet 2009

Chronique film : Les Beaux gosses

de Riad Sattouf.

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Envie de retomber en adolescence ? clique.

Beaucoup de critiques dithyrambiques pour ce premier film du dessinateur de BD Riad Sattouf. Bon, pour être honnête, ce n'est quand même pas grand chose, et toutes les réussites du film sont grosso-modo dans la bande-annonce.

Rien de honteux non plus. Sattouf est fait pour le cinéma, ses cadres sont plutôt judicieux, il utilise bien son espace, sa direction d'acteurs est pas mal, au niveau documentaire sur l'adolescence c'est 100 000 fois plus réaliste qu' Entre les murs. Malheureusement, le film manque furieusement de rythme, et entre deux bons mots, le film paraît interminable. Je veux bien que la branlette soit la préoccupation principale des gars de cet âge, mais le coup de la chaussette 5 fois, c'est p'tet un chouia trop pour marcher à tous les coups.

Les histoires secondaires parasitent gravement le film (avec le personnage du prof de bio suicidaire, la mort du grand-père d'un copain, ou la video de la maman chaudasse), et l'allongent inutilement. Heureusement le sourire revient à chaque apparition de Noémie Lvovsky, inénarrable mère collante et embarrassante, et d'Emmanuelle Devos en proviseur autoritaire, déstabilisée quand elle croise en survet et avec son amant le CPE, le héros et sa mère au supermarché.

Bon, c'est pas grand chose donc, mais c'est prometteur.

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27 mai 2009

Chronique film : La fille du RER

d'André Téchiné.

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Toi aussi, joue : clique sur le morveux pour le faire tomber.

Voilà, c'est re-re-reconfirmé, Téchiné est bien le plus moderne des cinéastes français. Après les magnifiques Témoins, il filme un autre film complètement générationnel avec la Fille du RER. Prenant pour point de départ un fait divers (une jeune femme avait menti en affirmant avoir été victime d'une agression anti-sémite dans un RER), Téchiné s'intéresse en fait beaucoup plus au contexte, qu'au fait-divers. Jeanne est au chômage, elle habite en banlieue parisienne avec sa mère qui, pour arrondir ses fins de mois de veuve de militaire garde des enfants. Jeanne aime faire du roller, surtout avec la musique à fond sur les oreilles. Elle a fait des études de secrétaire, mais sa recherche de taf semble assez superficielle et les fautes d'orthographe de son CV ne plaident pas forcément en sa faveur. Jeanne est jolie, menteuse, soumise et à peu près aussi vide qu'une boîte de chocolats après Pâques. Quand elle tombe amoureuse d'un gars pas très net, elle ne se pose aucune question, acquiesce à tout avec une naïveté déconcertante.

Ce n'est clairement pas le fait-divers qui a passionné Téchiné, le déplaçant au dernier tiers du film, et en dénouant le "mystère" de manière très expéditive. C'est plutôt le portrait de Jeanne, de son comportement  comme un symbole d'une génération déconnectée du monde réel. Du passé lourd de sa famille (un père militaire, une mère trop belle) ancrée profondément dans la réalité (le père est mort, la mère doit garder des enfants dans son pavillon de banlieue pour arrondir sa retraite et entretenirJ eanne qui ne travaille pas), est née une fille qui n'appréhende un monde biaisé qu'au travers d'écrans (télé, ordi), mais préfère s'en couper quand elle y est immergé (le baladeur mp 3 vissé aux oreilles, la retraite avec son mec dans un garage vide).

Cette incapacité a être dans le monde, dans la vie, c'est aussi une incapacité à être maîtresse de sa vie. Et c'est sans doute plus pour réussir enfin à prendre le contrôle de quelque chose plutôt que pour attirer l'attention sur elle que Jeanne invente cette incongrue et vite démontée histoire d'agression. Le film n'est pourtant en aucun cas moralisateur ou passéiste, c'est un simple constat du monde dans lequel nous vivons. Jamais Téchiné ne porte un regard méprisant sur Jeanne, mais plutôt, il l'accompagne, il la rend parfaitement humaine, tourbillonne avec elle, il la comprend, il l'aime. Emilie Dequenne est absolument parfaite tour à tour rayonnante, fragile et opaque.

Sa crinière rousse au vent, volant sur ses rollers, elle restera l'image d'un film rapide, intense, passionnant. C'est beau.

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25 février 2009

Le gang des rayures.

Bruxelles, février 2009.

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Des instincts de bagnards? Clique sur un p'tit gars.

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19 janvier 2009

Mise en abîme.

Bruxelles, Octobre 2008.

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Là t'es obligé de cliquer sur l'image si tu veux voir quelque chose.

Voir aussi.

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14 décembre 2008

Chronique film : L'échange

de Clint Eastwood.

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Encore plus tout seul, clique sur l'ombre de la roue arrière.

Y'a pas à dire : Clint Eastwood c'est la grande classe. Même dans une salle honteusement non chauffée, même avec un film de plus de deux heures, Clinty réussit à tenir en haleine et à faire verser une chtite larmouille (qui a gelé de suite sortie de la glande lacrymale). Bref, il est trop fort ce Clint, et je n'arrive pas à lui en vouloir de ne jamais avoir répondu à mes propositions de mariage. L'échange est un beau film, sobre, classique et efficace, dont on reconnaît le metteur en scène dès le premier plan et surtout dès les trois premières notes de musique, grosso-modo toujours les mêmes depuis quelques pelloches.

Christine Collins est ce qu'on appellerait aujourd'hui une célibattante : mère d'un petit garçon, délaissée à la naissance du marmot par un homme incapable d'assumer ses responsabilités, une mère courage qui bosse dure. Pas très original, sauf qu'on est en 1928. Eastwood réussit à éviter tous les clichés, et ainsi à focaliser son histoire sur l'amour absolu maternel : Christine Collins n'est pas dans la dêche, elle gagne bien sa vie, bouleversant ainsi le stéréotype de la fille-mère pauvrette. Mais tout son monde s'effondre lorsque son enfant, Walter, disparaît. Elle part à la recherche de son môme avec une obstination qui dérange.

Ce qui fait du bien aux yeux déjà, c'est la magnifique reconstitution historique du film. On s'y croirait en 1928, et on est à la limite de se demander si le Clint n'aurait pas rangé des mouchoirs d'époque dans les tiroirs des commodes, façon Visconti. Les costumes sont également traités de très belle manière, jusqu'à constituer à Angelina Jolie une garde-robe cohérente et réduite, qui finit par faire sens (elle garde son col de fourrure rousse à la fin, incapable de se forger une nouvelle vie, de passer à autre chose). Au niveau de la photographie, on est dans la veine des clair-obscurs qui commence à sérieusement signé le style Eastwood. Comme dans Mémoires de nos Pères et les Lettres d'Iwo Jima, l'image semble un peu désaturée, mais cette fois-ci plutôt dans le sépia que dans le bleu-gris. La seule note de couleur étant également le rouge, plus le rouge sang, mais le rouge à lèvre écarlate de Christine Collins, traité avec un soin maniaque.

Ce qui me touche chez Clint, c'est la simplicité, sa révolte on va dire "premier degré", sa façon de faire passer des messages sous une forme accessible, souvent via le moteur de l'émotion. L'élégance absolue de sa mise en scène, sa direction d'acteurs millimétrée, font absolument tout passer, des sujets les plus légers (le polar basique à la Créance de sang), les plus violents (la guerre à maintes reprises), voire suversifs (je ne peux pas m'empêcher de croire qu'un film comme Breezy aujourd'hui serait absolument immontable, l'amour partagée d'une gamine et d'un quasi pépé). Et mine de rien, sous ses aspects éternellement classieux et respectueux, la filmo du chef montre qu'il a un sérieux problème avec l'autorité et le pouvoir, ou du moins les dérives de l'autorité et du pouvoir. Dénonciateur des injustices sous toutes ses formes, s'interrogeant perpétuellement sur les notions de bien et de mal (jusqu'à réalisé deux films sur le même sujet, mais de deux points de vue différents), Clint Eastwood trace en douceur, avec émotion et classe mais également révolte et frontalité, une oeuvre personnelle, diversifiée et totalement cohérente. Un grand monsieur.

Posté par AnneduPerigord à 12:35 - Chroniques Cinéma - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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