27 octobre 2009
Un complexe ou une prémonition ?
Dijon, hier.

Clique je te dis. Promis tu n'auras pas mal.
Cinq minutes de trajet. Deux feux grillés. Qui dit mieux ?
18 octobre 2009
Chronique film : Fish Tank

Tu as raison petit, fuis fuis, et ne te retourne pas !
Et toi lecteur, clique.
J'ai un peu attendu pour voir ce film, de peur que ce soit une énième chronique Loachienne de l'adolescence misérable dans les banlieues anglaises. J'avais tort. Fish Tank m'a foutu une patate pas possible tant il y a de vie là-dedans, d'énergie, de force.
Certes il s'agit bien de l'histoire d'une ado dans une banlieue misérable anglaise. Mais si le contexte social est bien présent, il ne sert en fait que de support, de ferment à l'histoire de Mia (incroyable Katie Jarvis), 15 ans, mal embouchée, mal polie, violente, intenable, à la fois enfantine, et mature, qu'on autant envie de baffer que d'aimer. Pas difficile d'expliquer le comportement de Mia : un quartier pourri, une mère instable et immature, un gros manque d'éducation, la nécessité de s'imposer pour survivre ... même si tous ces éléments sont bien présents, ce n'est pas ça qui intéresse Andrea Arnold. Plutôt que d'exposer longuement la misère, elle colle aux basques de Mia. Et ça va vite. Mia marche, court, danse. Mia frémit du haut de ses 15 ans et de ses hormones agitées. Mia fait parfois n'importe quoi, mais elle vit. La réalisatrice saisit les moindres émotions de l'ado, capte son énergie. Elle réussit à ne pas sombrer dans le piège du naturalisme brut, et se permet des échappées poétiques, sensibles qui suivent les émotions de Mia (superbe scène de kidnapping dans l'estuaire de la Tamise).
On peut sans doute lui reprocher une certaine lourdeur symbolique (la tentative de libération du cheval blanc, mouarf) et un recours un peu trop fréquent au ralenti pour souligner l'éclosion de la sensualité... cependant, force est de constater que ça fonctionne, et qu'on est suspendu à la caméra, comme au souffle de l'héroïne. La dernière scène est magnifique, une scène sans parole entre la mère (impuissante, enfantine, dévastée par le chagrin), Mia (cheveux détachés, comme le signe d'un passage à l'âge adulte), et la petite soeur (qui suit le chemin de son aînée). Elles dansent ensemble, ensemble pour la première fois depuis le début du film.
Et ça n'est qu'à la fin qu'on repense au volet social, en constatant qu'une société qui gâche une si belle énergie, qui est incapable de se rendre compte du potentiel à côté duquel elle passe, est une société à l'agonie. Un superbe moment en tous cas. L'a bien mérité son prix du jury à Cannes Andrea !
11 octobre 2009
Chronique livre : Le procès
de Franz Kafka.

Parfois, la vie se met à n'avoir plus aucun sens.
L'enfer vous tombe sur la tête, sans qu'on puisse rien y faire.
A part cliquer.
Je sais que je vais me faire dézinguer tous azimuts mais je préfère être honnête avec vous : je me suis ennuyée comme un rat mort à lire ce grand classique hautement politique, critique et fort courageux de Kafka. Pour être merdeuse jusqu'au bout, j'irai même jusqu'à dire que l'auteur avait de bonnes raisons pour refuser la publication de ce livre, et que le faire dès qu'il a eu le dos tourné (qu'il a cassé sa pipe quoi) n'est pas de la classe la plus folle. Je ne renie cependant pas l'intérêt de la démarche, et le principe du livre reste très intéressant.
Un citoyen, fondé de pouvoir dans une banque (donc quelqu'un de sérieux en qui on peut avoir toute confiance) est arrêté, un beau matin, à son domicile. Pourquoi , on ne le saura jamais, et le héros clame son innocence à qui veut bien l'entendre, mais sans jamais être véritablement entendu. L'arrestation est arbitraire, sans explication, et les règles de cette justice (une justice parallèle à la justice "ordinaire" visiblement) semblent complexes, connues de tous sauf de lui. Au lieu, comme les autres accusés qu'il croise, de baisser la tête, d'accepter l'incompréhensible, de se fier à des avocats mollassons, le héros tente de prendre les choses en main, ce qui ne fait qu'accélérer sa chute et sa mort.
Il ne faut pas se fier à l'impression d'absurdité du roman. Oui la situation est absurde, mais chacun des éléments auquel est confronté le héros est hautement symbolique : la justice se niche dans les greniers de chaque immeuble, surplombant tout de son atmosphère irrespirable et de ses couloirs tortueux, des enfants espionnent dans tous les coins, le meilleur allié de notre héros est un peintre "judiciaire" qui reproduit des juges de manière avantageuse (ahhh déjà, le pouvoir de l'image), la gardienne du tribunal et la servante de l'avocat ont la jambe légère, il faut croire qu'être les maîtresses du pouvoir leur donne des avantages... C'est donc une véritable toile d'araignée sur laquelle est empégué le banquier. Malheureusement trop de symboles tuent l'impact du symbole. On étouffe dans cet univers. Vous allez me dire : c'est le but. Certes.
Le principal problème du Procès, c'est son héros : il est tout bonnement insupportable. Bavard, prétentieux, sûr de lui, maniéré, bref totalement antipathique. Si bien que dès les premières pages, on a envie de lui couper le sifflet, et qu'au lieu d'espérer trouver une solution pour le dépêtrer de ses emmerdes, on prie pour que le procès aille vite et condamne sans clémence cet olibrius. On a alors l'impression qu'au lieu de dénoncer le totalitarisme et l'arbitraire, Kafka réussit plutôt à en les faire germer dans le faible et influençable cerveau de ses lecteurs. Et là, je ne pense pas que ce soit le but... à moins que ce soit justement ça qu'ait voulu démontré Kafka, en manipulant ses lecteurs, la facilité avec laquelle on peut accepter, voire cautionner un système totalitariste. Et là c'est très fort.
N'empêche, qu'est ce que j'ai trouvé ça long...
06 octobre 2009
La mémé d'automne.
Dijon, Festival des musiques mécaniques, septembre 2009.
"Cela étant dit, maintenant que la leçon a porté, peut-être pourrait-on songer à clore le festival de musique mécanique qui a envahi les rues autrefois si paisibles de ma ville."
Eric Chevillard - 676 - L'autofictif
29 septembre 2009
ZinZinZin
Dijon, septembre 2009. Festival des Musiques Mécaniques.

Si toi aussi tu as quelque chose de coincé dans les dents, clique.
(Et sinon, clique aussi)
"Sur ma ville où régnait – calme plat des provinces – l’ennui propice aux vastes conceptions de l’esprit, vient de s’abattre, tel un déluge de fer et de feu, un festival international d’orgue de Barbarie."
Eric Chevillard - 673 - L'autofictif.
28 septembre 2009
Chronique film : Hôtel Woodstock

Clique image.
"Puis je me réconcilie avec le festival de musique mécanique qui a envahi les rues paisibles de ma ville.
Car pour une fois l’intolérable vacarme n’est pas produit par une jeunesse efflanquée
et chevelue arc-boutée sur ses guitares saturées, mais par de ventripotents et rubiconds moustachus
coiffés de canotiers qui tournent inlassablement leurs manivelles,
et cette dérision de Woodstock enchante mon esprit rebelle."
Eric Chevillard - 675 - L'autofictif
Je ne m'attendais pas à grand chose de la part de ce film, malgré mon affection en général pour Ang Lee. Un peu effrayée par les deux heures affichées au compteur également. Mais contrairement à beaucoup de films, c'est finalement sur la durée qu' Hôtel Woodstock devient intéressant et émouvant.
On pouvait craindre le pire au début, avec la reconstitution de cette famille juive tenant un motel tout pourri dans un coin paumé des Catskills. La caricature n'est pas loin, notamment à cause d'Imelda Staunton, qui en fait vraiment des tonnes de caisses. Le film démarre donc vraiment tout doux tout doux, rigolo, mais finalement insignifiant. Et puis à un moment, il se passe un truc. Dès que les hippies arrivent et que les préparatifs du concert débutent, on retrouve la patte d'Ang Lee : filmage toujours à la bonne distance, cette espèce de merveilleux regard premier degré, jamais ironique, mais plein de bienveillance. Les seconds rôles jusque là médiocres commencent à tenir plus sérieusement la route : citons l'archange Jonathan Groff juché sur son cheval blanc, ou Liev Schreiber travesti en grande blonde qui ne sombre jamais dans le ridicule.
Et puis Ang Lee se met à très bien filmer sa reconstitution, les gens, ces gens venus de partout, qui s'installent là pour quelques jours, pour quelques heures de musique. C'est joli et coloré, l'image est belle, pleine de gens heureux, juste là pour le plaisir. Pas de nostalgie, mais la joie de raconter une génération libre, blindée de rêves, d'envies. Et puis il y a cet excellent trip sous acide du héros, qui permet à Ang Lee, de filmer la seule scène représentant le concert. Et là, malgré la modestie de son parti-pris (filmer Woodstock, côté coulisses des coulisses), Ang Lee réussit un passage très audacieux. Il prend le terme marée humaine au premier degré, et transforme la foule de Woodstock et la scène, petit point brillant du haut de la colline, en une mer à la houle forte et sombre. Vision onirique et magnifique qui replace l'événement pour ce qu'il restera toujours dans la tête des gens qui n'y étaient pas : un fantastique mythe.
Un film paradoxal donc, qui réussit plus dans les scènes casse-gueule nécessitant un savoir-faire et une distance juste pour fonctionner, que dans les scènes de comédie pure, et qui déploie ses charmes et ses émotions lentement mais sûrement. Une jolie petite douceur de fin de week-end.
27 septembre 2009
Mimines.
Dijon, aujourd'hui.
26 septembre 2009
Chronique théâtre : La mardi à Monoprix suivi d'Auteurs vivants
d'Emmanuel Darley.

Un peu facile l'illustration, je suis d'accord. Que ça ne t'empêche pas de cliquer.
Une excellente idée de publier ce très beau texte d'Emmanuel Darley. Une occasion pour moi de découvrir cet émouvant monologue. On reconnaît le style Darley dès les premières phrases. Quiconque n'en a jamais lu/entendu se sentira peut-être un peu perdu au début. Par contre, ceux qui tâtent un chouia l'écriture Darleyienne se vautreront avec délices dans ce langage parlé mais très écrit, ces phrases bousculées, chamboulées, fracturées, claudicantes, dont les vides, les manques, les absences sont pleins de sens et d'émotions.
Le Mardi, depuis que sa mère est morte, Marie-Pierre vient aider son père à tenir son ménage, et à faire les courses. A Monoprix. Et pour Marie-Pierre, bien que contente d'aider son père, revenir dans la ville de son enfance est une épreuve. Le regard des autres, et le regard de son père ne sont pas simples à encaisser. Il faut dire qu'avant, Marie-Pierre s'appelait Jean-Pierre. Marie-Pierre décrit donc un mardi avec son père, et c'est magnifique et très émouvant. Elle raconte comme elle le sent, dans sa façon de parler à elle, sa joie de venir aider son père, et sa peine aussi que son père ne l'accepte pas "telle quelle", sa détermination à se faire tolérer comme elle est.
Le mardi à Monoprix est une petite chose très simple, très douce en apparence et qui cache derrière cette simplicité la très grande violence du regard des autres, du poids de ce regard quoi qu'on fasse et quoi qu'on assume. Les deux premières phrases sont en ce sens superbes : "Tout le monde me regarde le mardi. Tout le monde./Me regarde avec le coin de l'oeil comme si discret mais en fait pas du tout." Et on sent que l'incapacité du père (ou sa très grande difficulté) à accepter l'évolution de son enfant est conditionnée par la peur du regard des autres. Et ce regard des autres justement est petit, bouffé de curiosité malsaine, lié au rejet de l'inconnu, du différent, à la crainte de l'autre qu'on ne comprend pas. Une peur vite transformée en haine, qui se retourne contre Marie-Pierre. Marie-Pierre, un magnifique coeur simple qui paie cher le fait d'être "telle quelle".
Darley évite cependant tout manichéisme en introduisant furtivement un joli personnage féminin, amie du père, qui sert de contrepoint à la noirceur ambiante. C'est un révélateur des sentiments cachés paternels, comme ça, mine de rien. Un texte tourneboulant donc. A lire, à voir. Hop hop.
Le Mardi à Monoprix est suivi d'une autre pièce, beaucoup plus légère : Auteurs vivants. Une répétition de Corneille par une troupe classique est prise en otage par des auteurs "vivants" désireux de voir leurs textes montés sur une scène. Le début est vraiment poilant : très drôle de voir ces comédiens pouet-pouet (des sociétaires...) pour lesquels le comble de l'audace est d'intervertir deux mots et pris de panique à l'idée de jouer une phrase dont la construction n'est pas parfaite. On n'est un peu gêné cependant par le côté "private joke" de l'exercice, un peu un défouloir, règlement de comptes. Outre cette petite réserve, on passe un très bon moment avec ce texte, qui doit être franchement rigolo à monter.
23 septembre 2009
Autoportrait en petite saucisse.
Dijon, aujourd'hui.

Clique pour agrandir, mais ça va pas déplier la saucisse.
14 septembre 2009
Chronique film : Un prophète
de Jacques Audiard.

Ok, c'est un peu facile, mais j'avais pas d'idée. Clique au lieu de râler.
Un prophète est un gros film français, le plus gros que j'ai vu depuis longtemps. La preuve, au générique de fin sont crédités pas moins de 6 serruriers. Ah, ça en bouche un coin ça, 6 serruriers pour un seul film. Un prophète sous ses airs de film sérieux et concerné est donc bien une superproduction, qui sort l'artillerie lourde pour séduire le spectateur et le critique bouche bée d'admiration. Et ça marche visiblement, puisque la critique est unanime, Grand Prix au festival de Cannes et tutti machin. Et il faut être honnête, le film est totalement irréprochable.
C'est une espèce de Scarface à la française, et dans l'univers carcéral, la réussite (sans décadence) magistrale d'un petit mec de rien, qui grimpe les échelons de la société en faisant profil bas. La mise en scène d'Audiard est très classieuse : tour à tour nerveuse et sèche, ou distanciée, il utilise à merveille ses décors depuis le fourgon de police des premiers plans (à travers les grilles on aperçoit des immeubles, et leurs petits fenêtres alignées, comme des cellules, belle mise en abyme) jusqu'à la prison, univers à la fois clos, mais en constante interaction avec l'extérieur. Dans ce décor s'ébattent des acteurs formidables, depuis Arestrup sur-jouant son rôle de parrain corse jusqu'à la caricature, symbole d'un monde bling bling révolu, à Tahar Rahim, gueule d'ange indéchiffrable, prenant de l'épaisseur au fur et à mesure du film, sans oublier tous les seconds rôles, parfaits. Côté son c'est moins brillant, on a connu Desplat nettement plus inspiré, sa musique est ici quelque peu mélasse. La prise de son est en dessous de tout, c'est simple, j'ai compris à peu près un mot sur quatre, et je soupirais de bonheur quand les personnages parlaient étranger, au moins, je pouvais me raccrocher aux sous-titres.
Malgré toutes ces qualités et ce défaut handicapant, je n'ai jamais réussi à rentrer dans le film. Sur les deux heures quarante, j'ai bien l'impression qu'il y a une bonne heure de trop. On ne peut pourtant pas reprocher à Audiard un côté moralisateur ici, contrairement à son précédent film. Le film évite le manichéisme, faisant du savoir et de la connaissance le carburant d'une réussite criminelle, et de son personnage de petite frappe un grand bandit, sans qu'aucun jugement moral ne fasse de l'ombre à cette ascension. Non, je ne sais pas pourquoi je n'ai pas pu rentrer dans ce film. Trop mâle, trop viril, sans doute, pas un sujet qui me touche particulièrement, et une mise en scène au final trop attendue pour m'avoir vraiment emportée.
Contrairement aux Cahiers, les passages les plus intéressants du films sont pour moi les décrochages de la réalité, la présence du "fantôme" de l'homme qu'a tué le héros, ce rêve de biches intrigant. Ces scènes ont de la présence, du corps, et poussent le film dans une direction qu'il n'ose pas prendre franchement. Frustrée aussi de ce que le film aurait pu être et qu'il refuse d'être vraiment. Un film qu'il serait de mauvais goût de ne pas aimer donc, mais qui m'a laissé sur le bord de la route une grande partie de son cours.






