11 septembre 2009
Chronique livre : La fin des temps
d'Haruki Murakami

Ca n'a rien à voir, mais c'est bizarre. Clique.
Une autre petite merveille que cette Fin des temps dans l’œuvre foisonnante de Murakami. Certes La fin des temps a été écrit antérieurement à Kafka sur le rivage ou les chroniques de l’oiseau à ressort, mais c’est en quelque sorte le précurseur de cette veine là. Enfin c’est ce qu’il me semble étant donné que je n’ai pas lu l’entière bibliographie du maître. La fin des temps est donc un roman dans lequel il faut accepter de perdre ses repères.
Deux histoires se déroulent en parallèle, pour finalement se rejoindre au final (hahaha le pléonasme tellement énorme que je le laisse), dans deux « mondes » différents : le monde réel et un monde inventé. Oui mais voilà, le monde réel est peuplé de bestioles bizarres, d’un savant qui écoute le bruit des crânes et d’un ascenseur énigmatique, tandis que le monde créé est certes étrange, les ombres perdues y côtoient des licornes, mais curieusement beaucoup plus planplan et ordonné. On ne sait où donner de la tête entre toutes ces bizarreries, et le calme et la sérénité du héros, comme d’habitude, forment un contrepoint parfait à l’agitation ambiante.
Malheureusement, le roman manque un peu de rythme et a tendance à être trop explicatif. On n’avait évidemment pas besoin de cette histoire de commutation de circuits de la conscience ou je ne sais trop quoi. Ce n’est pas la cohérence qu’on cherche ici, bien évidemment, mais l’évasion. Mine de rien on peut voir dans le final un constat un peu désolant, puisque le héros fait le choix (ou pas d’ailleurs) du monde clos et sans surprise au détriment du bordel extérieur.
La traduction est impeccable, malgré des dialogues toujours un peu « plats », non naturels, qui ne coulent pas en bouche : Murakami ou la traduction, je crois que tant que je ne deviendrai pas une spécialiste du japonais, je ne pourrai pas trancher l’origine du problème. Par conséquent, je crains bien de ne jamais pouvoir trancher... On peut aussi regretter un nombre de fautes d’impression suffisamment conséquent pour que je m’en aperçoive. Rare d'en trouver autant, je me demande bien ce qu’a foutu le relecteur.
En tous cas, un bien beau roman, qui a introduit parfaitement des vacances bien méritées (j’espère) (et déjà finies depuis longtemps).
01 août 2009
Chronique film : Le roi de l'évasion
d'Alain Guiraudie.
Bon, je dois vous avouer mon immense perplexité face à ce machin. Ça ne ressemble à rien de connu, sauf dans la photo, aussi laide que dans Les Amours d'Astrée... de Rohmer.
C'est une espèce de Roméo et Juliette rural, Roméo étant un gras quadra, homosexuel, porté une drogue organique qui stimule les facultés physiques, Juliette une mineur de 16 ans mais toujours en 3ème qui n'a qu'une envie, se faire tringler. Voilà. Évidemment après quelques péripéties, Roméo et Juliette s'évadent, mais Roméo s'aperçoit que ce n'est pas ce qu'il veut et se barre. Ça se termine en partouze homo dans une cabane de chasse au fond de la forêt.
Rien n'à dire, c'est très original, très décalé, complètement décomplexé (ça pipe, ça baise, pas de barrière entre génération, une espèce d'ode au plaisir pour tout le monde sans jamais être choquant), le montage est vraiment intéressant, n'ayant peur de rien, la musique originale et les acteurs (surtout les seconds rôles) désarmants de naturel compte-tenu des situations tordues dans lesquelles ils sont plongés. Malgré tout ça, j'avoue que je me suis un peu ennuyée, original certes, mais pas passionnant tant le ton de guiraudie est volontairement plat, dénué de tout sensationnalisme. Et puis quand même, il filme la nature comme une brèle, ça n'est jamais joli, les couleurs sont fadasses, les cadrages la plupart du temps très moches.
Assumé c'est sûr, mais finalement fade.
24 septembre 2008
Variation en rouge.

Plonge dans la caverne, clic sur la chaleur.

Plonge dans la caverne, clic sur la chaleur.

Plonge dans la caverne, clic sur la chaleur.
01 juillet 2008
Canicule.
Hommage à Jeanne, talentueuse bidouilleuse d'images, qui sait mieux que personne éveiller les sens, la curiosité, l'interrogation, et qui a lu La Morue de Brixton.
15 juin 2008
Chronique film : Phénomènes
de M. Night Shyamalan.
Pas très grande fan du cinéma de M. Night Shyamalan (MNS comme disent les Inrocks pour faire snob), je me suis pourtant laissée tenter par le thème. Quand on a un peu de flair, les films de MNS, c'est un peu des soufflés qu'on aurait sorti du four 8h en avance. Alors parfois c'est quand même assez bien fait (Sixième sens, Incassable, Signes) et parfois c'est désolant (le Village).
Dans Phénomènes, force est de constater que le seul truc vraiment phénoménal, c'est le nombre de micro-perches qui rentrent dans le cadre (j'en ai dénombré dans pas moins de 4 scènes, plusieurs passages par scène). Pour une production de cette ampleur, ça la fout relativement mal, comment dire, ça a un goût de bâclé. Vous allez me dire que je chipote, ok, mais pourtant c'est l'impression générale qui se dégage du film. MNS tenait un sujet en or, qu'il ne fait que survoler sans jamais essayer de l'approfondir. Il y a effectivement quelque chose de réellement angoissant à ce que les humains perdent soudain leur instinct de conservation, et se suicident en masse. C'est un événement perturbant au plus haut point qui remet en cause la nature même de l'Homme. L'explication du phénomène arrive bien trop tôt dans le film (d'ailleurs, y avait-il vraiment besoin d'une explication aussi lourdingue ? l'angoisse est tellement plus forte quand la cause est ignorée), ce qui gâche en partie le suspense, obligeant MNS à recourir à des artifices de scénario pour meubler son film : une mamie inquiétante, un couple qui a des problèmes existentiels... En même temps, perso, côté scénar, je trouve ça assez con de folâtrer dans les champs, alors que la menace vient de la nature, mais c'est que mon point de vue perso, j'aurais p'tet pas survécu 3 secondes.
Côtés points positifs MNS rythme parfaitement son film, alternant les séquences en petit malin pour nous tenir en haleine sans, pourtant, accélérer l'action : si la mort est rapide, son arrivée est lente, et ça tord grave les tripes. Les scènes de suicide sont de ce fait très impressionnantes et vraiment marquantes, justement par leur durée. MNS réussit assez bien à rendre une bucolique campagne très angoissante, c'était un pari pourtant assez risqué. Le film passe très vite, mais il est très court, et laisse un goût d'inachevé. On ressort de là en étant vachement savant : il faut être gentil avec la nature, ne pas avoir l'instinct grégaire et surtout il faut avoir des enfants quand on est un couple, sinon c'est pas bien.
Bref, pas un mauvais moment, un peu bof quand même, mais MNS en passant à côté de son sujet a loupé le grand film qu'il aurait (enfin) pu réaliser. Dommage.
08 juin 2008
Chronique film : Teeth
de Mitchell Lichtenstein.
Héhé voilà un film beaucoup plus finaud qu'il n'y paraît. Hésitant entre l'esthétique du film indépendant US, la comédie adolescente et le film gore, Teeth est un machin bougrement malin et méchamment poilant.
Dawn est une adolescente crispante, rayonnante et saine qui prône l'abstinence dans un club de son bahut. Son frère (qui ne l'est pas par le sang), a pris le complet contre-pied de sa soeur. C'est une espèce de monstre shooté, baiseur (par derrière uniquement, on se demande pourquoi ...) et grunge. Tout va pourtant pas trop mal, jusqu'à ce que Dawn tombe amoureuse de Tobey, abstinent comme elle, et que leurs hormones se mettent en ébullition.
Dès la première scène, on est à la fois pliés en deux et assez fascinés (l'intro est à tomber, la caméra semble balayer un poster : on aperçoit d'abord de la verdure, puis des tours de centrale nucléaire pour finir sur une maison, dans le jardin de laquelle une famille, les parents sur des chaises longues, des mioches gigotant dans une piscine gonflable). Le film est vraiment très drôle, même si pas toujours d'une finesse extrême. Pourtant le fond est assez sombre : à part les parents de Dawn, peu de personnages sont épargnés : coup de griffe à l'Amérique puritaine, nucléaire, hommes violeurs, violents, menteurs, lubriques, gynécologue pervers (petites, méfiez vous quand un gynécologue essaie de tester votre "élasticité") le tableau n'est pas glorieux. Une vraie noirceur se dégage de la farce, d'autant plus que dans le genre "affres de l'adolescence", le film est autrement plus mordant que, euh, mettons Juno, par exemple.
Parce que voyez vous, la sage Dawn (très bien l'actrice, dans un rôle méga casse-gueule), après avoir été violée par l'abstinent Tobey, découvre qu'elle est atteinte d'une "mutation", un "vagina dentata", qui n'est autre qu'une mâchoire au fond du vagin, qui sectionne tout ce qui passe à sa portée quand elle se sent menacée. La malformation (conséquence de la centrale nucléaire ? adaptation finale à un milieu masculin pervers ?), évidemment laisse place à quelques scènes gores réussies (la frontale scène avec le gynéco), d'autres moins, mais l'ensemble se tient cependant miraculeusement bien.
Je vous l'accorde, c'est pas forcément de bon goût (messieurs, évitez les capotes bleu piscine), la métaphore sur la peur du passage de l'enfance à l'âge adulte n'est pas subtile, mais il y a de l'intelligence, de la malice, et du désespoir là-dedans. Il y a fort à parier que Mitchell Lichtenstein n'a pas forcément vécu une adolescence miraculeuse. Très bon moment.
11 mai 2008
Chronique pièce : Xitation
d'Emmanuel Darley.
Une bien jolie réussite que ce court dialogue décalé et tordant, sur un gars et une fille un peu quiches en plein apprentissage de l'amour. Il tente de lui apprendre les gestes, elle s'exécute sans trop rechigner, mais en ce demandant bien, tout de même, à quoi ça sert tout ça. On reconnaîtrait l'écriture économe de Darley entre mille (j'aime bien me la péter parfois), succession de courtes phrases tronquées, mais signifiant plus qu'une tartine de texte. Le dialogue décortique mécaniquement les gestes de l'amour, la position des corps, la succession des "liminaires", mais sans la flamme, sans sentiment. Les deux personnages sont des espèces de robots, qui connaissent bien la leçon, mais n'ont pas la flamme, symbole d'une société de l'image, de l'information, où les gamins engrengent des connaissances sans avoir la maturité nécessaire pour les mettre en pratique, ou le "cérébral" prend le pas sur le corporel (cérébral est un grand mot, ils sont quand même franchement niguedouilles) ? On pense forcément à la première scène de roulage de pelle de Norway of Life, un baiser mécanique, automatique, sans recherche de plaisir, juste pour "faire comme".
M'est avis qu'il faudrait une bonne dose de, pour réussir à monter Xitation, et aussi une certaine. Y'aurait-il un metteur en scène assez, pour ? En espérant que le passage de Darley à la Comédie française, permette l'édition de ce texte mignon comme tout, et beaucoup plus subtil qu'il n'y paraît.









