Racines

Photos et lumières du Périgord et autres contrées plus lointaines, critiques cinématographiques et littéraires.

14 décembre 2009

Chronique livre : I.G.H.

de J. G. Ballard. 

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Pour aller plus haut : clique. Mais méfie-toi.

Oh nom de Dieu. Sortie toute bousculée du dernier volet de la "trilogie du béton" de ce cher Ballard. Pas de doute, c'est une grosse calotte tant le pépère va loin dans l'horreur et le glaçant, et toujours avec du fond sans fond, une capacité d'analyse du monde moderne hors norme. C'est grand.

Après avoir étudié la folie des axes dans Crash, puis le morcellement de l'espace dans L'île de béton, Ballard s'attaque à une autre symbole du monde moderne : les Immeubles de Grande Hauteur. Constructions qui cristallisent le rêve des architectes, jouets immenses et tout en un dans lesquels on dort, on consomme, on se distrait, on travaille parfois, immeubles de luxe pour bourgeois arrivés ou riches professionnels reconnus et respectés, les tours deviennent sous la plume de Ballard un véritable cauchemar.

Ce qui frappe tout d'abord c'est que Ballard commence ses histoires à partir du moment où tout bascule (c'était également le cas dans Crash et L'île de béton). Là où n'importe quel écrivain décrirait patiemment le contexte sociologique qui fait que ça dégénère, Ballard commence son roman à l'instant où l'équilibre se brise : ici, le premier chapitre se nomme "masse critique", cette masse critique, c'est le taux de remplissage maximal de l'immeuble (50 étages, 1000 appartements, 2000 habitants), et c'est le point de rupture de l'équilibre de l'édifice. On sombre donc très rapidement dans "l'anormal", et dans l'horreur, et pourtant, Ballard réussit à tenir la distance, à ne pas lâcher le morceau et à aller toujours plus loin dans l'anticipation des réactions humaines. C'est vraiment impressionnant de voir de quelle manière, il creuse son idée jusqu'au bout. Une fois atteinte cette masse critique, les habitants de la tour commencent à ne plus vouloir en sortir. D'ailleurs, à part leurs jobs (qu'ils délaissent progressivement), les habitants de la tour n'ont pas d'amis à l'extérieur. Il s'est construit dans la tour une société repliée sur elle-même et qui se croit auto-suffisante. Cette société est bourrée de codes (les familles avec enfants dans les étages inférieurs constituent la caste la plus basse du bâtiment, viennent ensuite les professions libérales aisées, et enfin tout en haut la grande bourgeoisie). La tour elle-même, son "corps" porte en elle l'essence des divisions entre ses habitants.

Les gens sont pour la plupart désignés par leur profession : untel est chirurgien, cet autre architecte, celle-là hôtesse de l'air. Etrange paradoxe qui fait que la division de la tour en secteurs séparés dépend du statut social à l'extérieur de la tour, alors que ses habitants, progressivement refusent de la quitter. Elle est considérée comme une entité vivante, parcourue par un complexe réseau de canalisations, qui va auto-générer son fonctionnement propre, revenir à un état primitif. L'augmentation de l'entropie est rapide à mesure que l'organisation sociale à l'intérieur de la tour explose. Les habitants reviennent à une sorte d'état animal. Mais pas tout à fait. Corrompus par des vies trop faciles, ce retour à un stade primitif s'en trouve dévoyé, déviant. Toutes les symboles du monde moderne sont détournés : non seulement l'hygiène disparaît, mais ils s'en délectent, certains se laissent mourir de faim, les enfants sont laissés à l'abandon... même les basiques des sociétés animales (protéger sa progéniture, trouver de quoi subvenir aux besoins élémentaires de la survie...) sont foulés aux pieds par cette énorme masse de privilégiés auto-destructeurs.

Le livre est extrêmement frontal, et digne des meilleurs films d'horreur. On imagine aisément Carpenter plonger dans son adaptation par exemple (après recherche, un réalisateur a bien fini par être attiré par IGH : Vincenzo Natali, à qui ont doit Cube. Mouais). Pas franchement optimiste le roi Ballard sur l'évolution de la société, c'est glaçant et passionnant. Et dire que la mode des grandes tours a repris du poil de la bête. Ca fout drôlement les boules.

 

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10 décembre 2009

Brrrrr.

Dijon, décembre 2009.

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Brrrrr ? Brrrr et clique.

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07 décembre 2009

Dans le coton.

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Caresse avec ta souris, et clique le bout.

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14 novembre 2009

Chronique livre : Par effraction

d'Hélène Frappat.

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Quelle limite entre curiosité et intrusion ? Clique.

Beau petit objet que ce court texte d'Hélène Frappat. Beau et mystérieux. Difficile en effet d'y voir clair au travers de ces 2 ou 3 récits entrecroisés, parallèles ou imbriqués. Frappat décline son thème de l'effraction, plus précisément l'effraction dans la vie de quelqu'un, sous différentes formes.

Une effraction psychique tout d'abord, avec l'histoire d'une enfant, A., qui a le pouvoir d'entendre ce que pensent les adultes et donc par conséquent d'entrer dans leurs têtes sans qu'ils le sachent. Puis au coeur même de cette première histoire on trouve une digression vers une autre effraction, celle de Sabrina. Enfant pauvre, Sabrina s'introduit chez les parents riches d'une de ses camarades de classe lorsqu'ils sont absents. L'effraction est donc cette fois matérielle, et c'est bizarrement la seule qui provoque une réaction chez les personnes touchées par l'effraction. Les gens se sentent envahis par cette présence de moins en moins discrète (objets déplacés etc…) et agissent en conséquence, en faisant enfermer l'enfant dans une maison de redressement. La dernière effraction est celle de la narratrice (ou plutôt de celui qui lit, puisqu'elle utilise, comme Butor en son temps, le pronom vous) dans la vie d'une jeune fille Aurore, dont elle (dont on) suit la vie depuis sa naissance jusqu'à ses fiançailles, au travers de vidéos super 8 achetées sur le marché aux Puces. Contrairement à ce que j'ai lu ailleurs, je n'ai pas l'impression qu'on sache vraiment si cette Aurore et la petite A. sont deux personnes distinctes ou la même fi lle.

En utilisant ce pronom "vous" Frappat frappe un grand coup (oh ça va hein), puisqu'elle place le lecteur dans la position du voyeur, de celui qui s'introduit dans la vie de l'autre, dans la tête de l'autre. Cependant cette intrusion a une limite très claire, puisqu'après avoir visionné les bandes, la narratrice refuse de pousser ses investigations pour savoir qui est vraiment Aurore. Pourtant de nombreux indices parsèment le film. Mais la narratrice accepte de s'arrêter à ce que celui ou celle qui a abandonné ces bandes vidéos a accepté de partager. Réflexion sur l'incursion du regard de l'autre dans la vie privée, Par effraction est comme un signal d'alarme aux lecteurs un peu trop curieux, comme un avertissement à ceux qui souhaiteraient aller plus loin que ce qu'on leur donne à voir et à ressentir.

 

Le livre est construit en chapitres très courts et très rythmés. On sent que Frappat maîtrise à perfection la langue française : Par effraction est extrêmement bien écrit. Malheureusement, à force de mystères et de brouillage de pistes, on reste toujours un peu extérieur au dispositif (brillamment intelligent) mis en place, et le roman ne touche pas beaucoup même s'il intrigue férocement. On oubliera très vite par exemple ces séquences de rêverie (?) typographiées en italique, pour retenir le désarroi de la jeune A. face à son encombrant don de lecture dans les pensées, et le sourire immuable de la jeune Aurore sur des bandes super 8 achetée aux Puces. C'est déjà pas mal.

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07 octobre 2009

Rail life X.

Dans le train, septembre 2009.

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Train Chaos Fatigue
Les repères s'effondrent
Clique.

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25 septembre 2009

Putain, ça penche.

Forum romain, Août 2008.

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Mal au coeur, clique, ça sera pire.

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15 juin 2009

Les ricochets.

Sur la route, mai 2005.

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Moi je n'arrête pas de cliquer sur l'image. Et toi ?

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14 juin 2009

Chronique film : Etreintes brisées

de Pedro Almodovar.

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Aurore boréale ? Le pouvoir de l'image... Clic.

Je sens que je vais me faire lyncher, mais il faut bien que je l'avoue : j'ai eu un mal fou à rentrer dans ce film classieux que j'attendais la larmichette toute prête à déborder. Mais voilà, la mayonnaise n'a pas pris, et il a fallu attendre les trois quarts du film pour que je commence à y trouver un tout petit intérêt.

Inutilement tarabiscotée au départ, et pleine de cul-de-sac, l'histoire se linéarise ensuite en un long flash-back très inégal, puis un dénouement maladroit mais mignon. Un des problèmes d'Almodovar qui m'avait déjà gêné dans la Mauvaise Éducation, c'est qu'il filme et dirige admirablement les femmes, mais il est vraiment manchot avec les personnages masculins. Et des personnages masculins, il y en a beaucoup ici, quatre principaux. Sa direction d'acteurs devient alors difficile à cerner (à part José Luis Gomez, les autres moulinent vraiment dans le caramel, surtout le catastrophique Ruben Ochandiano ), la caméra se fait lourde, trop fixe, théâtrale ou tentant des mouvements maladroits et peu lisibles. On serre les dents alors.

Heureusement, Almodovar n'étant quand même pas le dernier des plâtriers, il réussit in extremis à s'en sortir par quelques idées et quelques plans absolument bouleversants. Etreintes brisées, c'est l'histoire de trois histoires d'amour : celle passée de l'agent avec le metteur en scène, toute en hors-champs mais qui sert d'étau au film, celle du vieille homme politique pour sa maîtresse, Lena, un peu trop jeune, belle, et finalement trop indépendante, enfin l'histoire partagée entre le metteur en scène et Lena. Et c'est dans le romantisme noir tiré de ces amours que naissent les plus belles scènes, magistrales, du film. En fait, je le soupçonne de n'avoir tourner ce film que pour ces quelques plans épars et magnifiques qui renversent complètement la cervelle. Le personnage de Lena n'y est également pas pour rien, et Penélope Cruz est absolument parfaite : trouble, flamboyante, brisée, acceptant de se "vendre" par reconnaissance, mais aussi de tout lâcher par amour, c'est la belle réussite du film.

Almodovar est un génie quand il filme les gens "l'un derrière l'autre". Je m'explique : Le politicien étreint sa femme de dos devant une immense nature morte aux pommes ou dans le dos de Lena fait semblant d'être mort pour découvrir sa réaction, son fils placé derrière Lena filme son visage par le biais d'un miroir, l'agent serre son fiston par derrière devant un évier, Lena derrière Matteo qui prend une photo le serre comme pour ne pas le perdre, Matteo derrière Lena en train de regarder un film... L'amour ici ne peut pas être dit frontalement, il est puissant, mais contrarié. Et la fin de l'amour de la même façon passe par un biais (sublime scène où Lena annonce à son mari, dans son dos, qu'elle le quitte, en faisant la voix d'une vidéo muette tournée par le fils).

Réflexion sur le regard, sur la projection (au propre et au figuré) de l'image qu'on se fait des autres (arghhhh les mains de Matteo sur l'écran où le visage de Lena apparaît), sur la mort de l'image/mort de l'amour, cri d'amour évident au cinéma (images du génériques de début, métamorphoses de Lena ,...) Étreintes brisées est sans doute le film le plus personnel et angoissé de son auteur, mais trop inégal pour être le chef d'oeuvre qu'on attend de lui : un toute petite dizaine de scènes sublimes noyées dans 2h de film corseté, c'est trop peu. A quand le prochain ?

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12 juin 2009

Je gravirai des montagnes roses.

Périgord, juin 2009.

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Pour voler un peu plus haut, clique sur les montagnes.

Tout le monde a le droit d'être gnangnan de temps en temps.
Faut juste pas abuser.

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03 janvier 2009

Sous les pavés.

Gruissan, décembre 2008.

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Trempe la souris dans l'eau.

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