Racines

Photos et lumières du Périgord et autres contrées plus lointaines, critiques cinématographiques et littéraires.

24 mai 2009

Chronique film : OSS 117 : Rio ne répond plus

de Michel Hazanavicius.

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Contrairement à OSS, tout est bon dans le cochon. Clique là où c'est le meilleur.

Le plus brillant agent secret français est envoyé à Rio pour récupérer un microfilm, en échange d'une mallette de pépettes. Une mission en apparence un peu trop facile pour notre héros, qui s'imagine déjà prendre des vacances-bikinis.

Reprenant les recettes qui avaient fait le succès et la réussite du premier OSS 117, Hazanavicius nous donne un spectacle tout à fait honorable. Si l'effet de surprise est passé et rend du coup le spectateur un peu plus averti du processus, et plus critique, le film réussit cependant ce pour quoi il a été réalisé : faire rire. C'est peut-être un peu plus poussif que dans le premier volet, et un peu moins fin, cependant l'humour plus noir et culotté fait vraiment mouche : OSS est de plus en plus beauf et raciste, et Dujardin sort quelques monstruosités avec un immonde flegme bien franchouillard. Il s'en sort d'ailleurs toujours pas mal, et le voir en train de dépecer un énorme crocodile sur une broche est un assez grand moment.

Mais ce qui remporte surtout l'adhésion dans ce film, c'est son final, à la fois dérangeant (la tirade du Marchand du Venise clamée par un nazi), et majestueux pour son hommage au grand Hitchcock (Vertigo et surtout l'immense scène de Saboteur). On reste du côté de la parodie, mais avec tout le respect et l'admiration qu'Hazanavicius voue au maître, et au final c'est assez classe. Bref un très bon moment, qui passe très vite, et qui divertit intelligemment.

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23 mai 2009

Chronique livre : Impardonnables

de Philippe Djian.

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Etouffé par mes modèles, je peinais. Un coucou hululait au loin.
Clique photo.

Pas une grande spécialiste du Sieur Djian (je crois qu'à part Impardonnables, je n'ai lu qu'Echine, provenant du même irremplaçable fournisseur d'ailleurs), donc j'ai un peu de mal à juger en quoi Impardonnables est, comme visiblement il l'est, un livre somme pour son auteur. En fait, j'ai un peu eu la même impression en lisant Impardonnables qu'en lisant Un homme de Philip Roth : on est en face de roman d'hommes vieillissants qui avouent leur impuissance et leur incompréhension face au monde qui les entoure, et qui par conséquent préfèrent s'en écarter, l'un gréographiquement, l'autre via l'écriture.

Là où Impardonnables réussit c'est dans la peinture de ses différents personnages, hommes et femmes imparfaits, incomplets, immatures, impardonnables. Djian décrit bien cette famille comme une somme d'égoïsmes, incapables d'affronter ce qui importe vraiment, et préférant fuir par tous les moyens possibles. Le constat n'est pas gai et empreint d'une amère fatalité. C'est ce qui est beau, mais aussi ce qui gène un peu, cette façon de dire "on foire, mais après tout, on n'y peut rien". Les protagonistes ont tous plus ou moins déjà abandonné la partie.

Ce qui m'a cependant le plus embêté dans le roman, c'est l'écriture. On sait Djian à la recherche de la phrase juste, de l'importance qu'il souhaite apporter à la manière de dire (voir l'interview assez intéressante ici). Malheureusement, et comme il l'avoue lui-même, trouver la bonne façon de dire les choses ça n'est pas simple, et je suis relativement insensible à sa plume. Clairement, Impardonnables sent la sueur, la rédaction n'a pas dû être simple, et pour débloquer la situation, Djian a souvent recours à des recettes toutes faites. Genre, en plein milieu d'une scène, une référence à la nature. Par exemple (j'invente) : "Je la regardais partir, impuissant. Le vent faisait bruisser les aiguilles de pin." Ça pourrait être joli si ce n'était pas systématique. A ce point là, on ne peut pas parler de style, mais de course après un style.

J'admire l'intention et la persévérance, Djian a sans nul doute possible les bonnes références et les bons maîtres, mais il a encore quelques années de dur labeur pour réussir à atteindre la perfection stylistique qu'il recherche. Impardonnables est tout de même un joli roman, au final assez beau et qui serait a priori adapté pour le grand écran par Téchiné. Là ça promet d'être grand.

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10 mai 2009

Embrasse-moi.

Musées du Vatican, Août 2008.

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Clique pour plus de tendresse.

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23 novembre 2008

Sleepless.

Basilique St Pierre, Rome, Août 2008.

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Baille et clique.

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28 octobre 2008

Chronique film : Le crime est notre affaire

de Pascal Thomas.

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Clique sur ta Sabine préférée.

Bon moi je suis fan de cette fantaisie rondement menée, comme je l'ai été, et sans doute plus que je ne l'ai été par la première (Mon petit doigt m'a dit). Depuis la retraite, Prudence et Bélisaire Beresford s'ennuient. Enfin surtout Prudence, qui sirote avec méthode et à la chaîne des Whiskys secs, en appelant le crime de ses voeux. La tante Babeth, chasseuse de papillons professionnelle (impayable Annie Cordy, dans une forme incroyable), heureusement, va remédier à cet état de fait, en apportant un meurtre tout chaud, qui ne demande qu'à être résolu. Prudence en oublie entièrement la signification de son prénom.

La réussite du film tient tout d'abord, évidemment, au couple magnifique Dussolier/Frot. Libres, politiquement incorrects (la retraite les emmerde, un goût pour les crimes plus que morbide, détestant leur progéniture...), ils constituent sans aucun doute le duo loufoque le plus réussi du cinéma français (Azéma/Darroussin n'étaient pas mal non plus certes). Il faut voir Dussolier en kilt, vivant un remake de 7 ans de réflexion, ou Frot semblant mimer comme dans un film muet la découverte d'un cadavre. C'est assez impayable.

L'intrigue a d'ailleurs, finalement, assez peu d'importance Thomas préférant centrer son film sur son couple phare, et sur son atmosphère. Car Le crime est notre affaire est un grand film d'ambiance, Thomas donne un vrai coup de boost à sa mise en scène, lorgne vers le muet et les grands maîtres, pour créer un univers visuel et sonore très fort. La scène du meurtre (Tante Babeth assiste au meurtre qui se déroule dans un train qui croise le sien), ou lorsque Frot visite de nuit un musée privé remplit d'antiquités, constituent autant de scènes très impressionnantes, avec un travail sur le son vraiment formidable. Le film fourmille de mille détails de bruitages, de décors (très beaux décors d'ailleurs), de personnages (que des beaux acteurs là-dedans), qui en font une fantaisie très riche et personnelle et dont la légèreté ne rime en aucune façon avec niaiserie. Bien bien.

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27 octobre 2008

Chronique livre : La porte des Enfers

de Laurent Gaudé.

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Tenté par le voyage ? Clique sur la spirale pour te faire aspirer.

Un gars qui aime autant l'Italie ne peut pas être mauvais. La porte de Enfers de Laurent Gaudé est une très bonne surprise après un recueil de nouvelles qui ne m'avait qu'à moitié convaincue. Dans les rues de Naples, un père tire son fils par la main pour ne pas arriver en retard à l'école. L'enfant implore à son père une pause. Son père refuse. Une fusillade éclate soudain, et tue l'enfant. Cette mort brutale fait basculer la vie de la famille. Giuliana, la mère maudit la terre entière, et demande vengeance à son mari, lui doit vivre avec la culpabilité d'avoir été brutal avec son fils juste avant sa mort.

C'est peu dire que La porte des Enfers est efficace. Ca se lit dans un souffle tellement la construction est intelligente. C'est rapide, saucissonné en chapitres et sous-chapitres qui font qu'il est bien difficile de poser le livre. L'écriture de Gaudé est toujours belle, simple, composée de phrases courtes qui ne manquent pourtant pas de souffle. On sent le roman incroyablement sincère, rempli de blessures réelles romancées. Gaudé réussit surtout le personnage du père, écorché, capable de tout pour son enfant. Le personnage de la mère, dont la douleur se manifeste de manière très lyrique est également intéressant. C'est bien là l'Italie et ses croyances, ces mauvais sorts et ses malédictions païennes. On peut regretter que le passage central du bouquin, la descente aux Enfers, soit assez maladroit. On sent le gars assez peu à l'aise avec les scènes d'action fantastiques de ce type-là, et c'est vraiment dommage car l'univers qu'il tente de créer est intéressant, bourré de références littéraires et picturales. Mais le truc n'y est pas, c'est trébuchant au niveau de l'écriture.

Reste que le livre est beau est émouvant. Et j'aime assez cette idée de porosité entre le monde des morts et des vivants, cette idée qu'on garde un peu des morts en nous, mais que surtout, les morts emportent avec eux un peu de nous, aspirant de notre vie vers les tourbillons des Enfers. A chaque mort connu, on meurt un peu aussi. Oui, ça, ça me parle. 

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17 septembre 2008

Chronique livre : Saules aveugle, femme endormie

d'Haruki Murakami.

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Clique sur la photo et compte les animaux.

Pas facile de critiquer un livre de nouvelles. Saules aveugles, femme endormie (SAFE en abrégé) est un recueil de petits contes inédits ou déjà parus dans quelques revues. L'ensemble est très hétérogène, allant de la nouvelle paresseuse à souhait, au petit bijou d'écriture. Les histoires ne sont pas datées, mais il se dégage de l'ensemble une impression de débuts dans l'écriture. On sent que la base de pas mal des historiettes est autobiographique et met en scène l'écrivain lui-même. Il semble partir d'une situation qu'il a vécu, et la fait évoluer "à la Murakami".

C'est sans doute la faiblesse du livre, car le personnage qu'il révèle est somme toute peu intéressant par rapport à son imaginaire surdimensionné. Mais soyons honnête, même si ce n'est pas un critère de définition de la grande littérature, SAFE se lit très agréablement. On suit toutes les histoires avec intérêt, curieux de la façon dont elles vont dévier, et dans quelle mesure Murakami réussira à déployer son talent en seulement quelques pages. On retrouve ici un Murakami qui trouve son inspiration dans la nature vivante ou minérale. Beaucoup de nouvelles tournent autour d'un minéral (une pierre noire qui se déplace toute seule, une vague géante, la glace), un végétal (le saule) ou surtout d'un animal : chats, corbeaux, lucioles, grèbes, kangourous, crabes, singes. C'est un véritable bestiaire, à croire que Murakami essaie de composer son jardin zoologique à lui, de déployer son imaginaire et ses histoires autour d'une espèce particulière. C'est malin, et même si l'execice de style peut paraître un peu scolaire, c'est tout à fait charmant.

Certes, on n'est sûrement pas dans un des grands chefs d'oeuvre du monsieur, et le souvenir de ces courts textes s'efface déjà de ma mémoire, mais c'est une mignonne rentrée littéraire.

Adam et Eve au paradis terrestre de Wenzel Peter
Pinacothèque vaticane

Posté par AnneduPerigord à 18:39 - Chroniques Bouquins - Commentaires [4] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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