Racines

Photos et lumières du Périgord et autres contrées plus lointaines, critiques cinématographiques et littéraires.

15 novembre 2009

Chronique film : La danse - le ballet de l'Opéra de Paris

de Frederick Wiseman.

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Qu'y a t'il derrière les strass ? Clique.

Difficile de faire une critique de cette pavasse de 2h40, pas forcément très sexy malgré les magnifiques arabesques de ses protagonistes. C'est du documentaire à l'état pur : une caméra, un micro. Pas d'intervention d'un personnage extérieur pour interférer avec le sujet. Et compte-tenu des nombreux photographes qui mitraillent les danseurs en pleine répétition, on peut parier que la caméra de Wiseman n'a pas dérangé outre mesure les artistes. Mais non intervention d'un tiers ne signifie pas objectivité, et c'est bien l'Opéra de Paris de Wiseman que l'on visite. Le titre du film est trompeur d'ailleurs, le véritable sujet du film est bien l'Opéra en tant qu'institution, depuis ses murs (de ses sous-sols aquatiques, aux coulisses, en passant par les salles de répétition, la cantine et le toit), à ses occupants (direction, balayeurs, couturiers,... et bien sûr danseurs), jusqu'à sa raison d'exister (donner à voir au public, perpétuer une tradition, mais également créer).

Ce parti-pris rigoureux balaie du coup nombre de réactions entendues en sortant de la salle : "bof, on entend jamais les danseurs parler". Oui forcément, les danseurs ici, quelque soit leur grade dans la lourde hiérarchie de l'Opéra, sont vus plus comme les moyens que comme la finalité. Ils sont comme les autres occupants des lieux, à la différence qu'ils constituent la seule partie (humaine) immergée de l'iceberg : ce seront eux qui danseront sous le feu des projecteurs, eux qui seront chargée de donner à voir au public, eux qui seront les instruments de transmission de la tradition et de la création de nouvelles formes. Des instruments, de magnifiques instruments, dressés à l'excellence et la perfection, dont quelques uns, par leur intelligence et leur capacité à "être" réussiront à capturer le glorieux titre d'Etoiles. La danse, c'est aussi l'histoire de la lutte incessante contre la décrépitude, le vieillissement : aussi bien pour les danseurs, pour l'Opéra lui-même et surtout pour l'Art qu'est la danse.

Une danseuse déjà un peu "mûre" vient demander un allégement de sa charge de travail à la directrice elle-même (on sent dans cette demande une détresse sourde, l'obligation d'avouer que le corps commence à lâcher). Les danseurs se mettent en grève contre la modification de leur régime spécial de retraites et Brigitte Lefèvre leur assure qu'elle va argumenter dans le sens de l'excellence du Ballet (comprendre : un ballet composé de vieux croulants ne pourrait plus être le meilleur du monde). C'est fascinant et effrayant de voir cette vision des choses à ce point collective : Brigitte Lefèvre est comme la Reine de abeilles (il y a d'ailleurs des ruches sur le toit de l'Opéra de Paris), on sent derrière ses paroles, applaudies par les danseurs, la conscience que l'institution publique ne survit que par l'excellence de ses ouvriers, et qu'elle n'est pas là pour défendre les intérêts privés de chacun de ses salariés, mais bien pour perpétuer l'institution ("la survie de l'institution passe par son excellence, donc par le talent et la technique des danseurs, donc par leur fraîcheur" et non pas "le danseur a un travail très physique qui use le corps donc il faut qu'il puisse prendre sa retraite jeune").

La lutte contre le vieillissement passe aussi par ces travaux incessants de restauration : plâtres, peintures,... on suit également les maçons, et électriciens dans leurs travaux, ou la restauration des costumes par des "petites mains" minutieuses et précieuses.

Enfin, on assiste à la lutte de Brigitte Lefèvre pour empêcher l'institution de sombrer dans un simple travail d'archiviste : malgré les possibilités qui leurs sont offertes, formatés, les jeunes danseurs préfèrent rester dans le classique plutôt que d'assister aux cours de danse contemporaine. Cette situation incroyable et plutôt paradoxale (les jeunes préfèrent rester dans le domaine qui les a moulés et ne veulent pas se lancer dans la nouveauté) est abordée au cours d'un entretien entre la Directrice artistique, des chorégraphes et répétiteurs et visiblement des représentants des jeunes danseurs. On sent lors de cet entretien la force et l'énergie qu'il faut injecter dans cette machine qui, en plus de se perpétuer doit réussir à s'inscrire dans la création, l'innovation. Un monde inconnu et effrayant pour des jeunes qui pratiquent le classique : un art techniquement ultra-exigeant et codifié, dont l'apprentissage nécessite un formatage, une rigueur autant physique que mentale, afin d'atteindre la perfection du geste. Mais la survie de l'institution passe aussi par le renouvellement, et le renouvellement passe par l'apprentissage et la création de nouvelles formes, qui nécessitent plus que jamais l'interaction entre la vision du créateur, et la sensibilité et l'intelligence de l'instrument (Brigitte Lefèvre en a bien conscience d'ailleurs en répondant à une jeune danseuse qui s'émerveillait devant Laetitia Pujol, que ce qui faisait de Laetitia Pujol une Etoile, c'était son intelligence).

Un beau film donc, pas facile, mais qui révèle toutes les grandeurs et tous les paradoxes d'une énorme machine d'autant plus indispensable qu'elle est là dans le but unique de faire vivre dans la durée l'art le plus éphémère qui soit.

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25 octobre 2009

Chronique film : Le Ruban Blanc

de Michael Haneke.

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Faudrait mater tout ça tu crois pas ? Quoi que... Clique !

Évidemment, chez Haneke, c'est pas le fête du slip. Mais par contre, c'est clairement la fête du string, tant on ressort de là tendu, les muscles douloureux, et le palpitant en vrac (je sais la blague est nulle, mais il est tard). Oui, Le Ruban Blanc n'est pas un moment confortable, c'est indubitable. Par contre, c'est un long moment passionnant, trouble et foisonnant, qui, s'il m'a moins scotché que certains autres films du maître, n'a pas volé sa Palme d'Or.

Changement de décor chez Haneke, ici, c'est film en costume et noir et blanc implacable (c'est juste beau à pleurer, on dirait du Bergman). Pas de musique outre ce qui se joue dans le film, pas d'éclairage additionnel. Rigoriste à l'extrême donc. Il fait nuit, on éclaire à la bougie ou à la lampe à pétrole et c'est Georges de La Tour qu'on ressuscite. Le parti-pris est surprenant. Esthétiquement, on serait bien à mal de mettre en défaut Haneke sur un seul de ses plans, et il se dégage de chaque image des sentiments ambivalents. Le noir et blanc apporte une distance vis à vis de son histoire, un côté quasiment irréel, fantastique, alors que l'éclairage est plutôt naturaliste. On navigue donc le cul entre deux chaises, et le déroulement de l'histoire ne va pas nous rassurer beaucoup : pas facile de s'y retrouver, beaucoup de personnages (dont une ribambelle de gamins, qui se ressemblent un peu tous), beaucoup d'événements, beaucoup de bribes de machins, de plans énigmatiques... On a donc le cerveau aux aguets pour essayer de bien capter, de ne rien louper. Impossible évidemment, Haneke mène parfaitement sa barque pour perdre juste ce qu'il faut le spectateur et l'amener exactement là où il veut.

M'attendant à un film historique après certains échos cannois, j'ai plutôt été surprise de me retrouver dans un univers plus proche du Village de Damnés (l'original) que d'un quelconque film historique. L'e monde décrit par Haneke (un petit village allemand a priori tranquille en 1913) est tout bonnement effrayant. Les adultes (en particulier les hommes, les femmes étant un peu plus épargnées) sont psychorigides ou déviants, les enfants, tendre progéniture, inquiétants à souhait derrière leurs jolies mèches blondes. Des événements étranges se produisent (enfants enlevés et battus, grange qui brûle, accidents suspects) sans autre explication qu'une lettre (qui dit que les enfants paieront pour les fautes de leurs pères, ou un truc comme ça). On est aiguillé dès le départ vers la culpabilité d'une bande de gosses menés par la charmante fille aînée du pasteur. On n'aura bien évidemment jamais la confirmation. Mais insidieusement on se demande si l'éducation ultra rigoriste de l'homme de Dieu est responsable de la cruauté (supposée) de ses enfants (a priori la morale du film : une éducation trop sévère donne naissance à des monstres), ou alors si justement, le pasteur "sentirait" la malignité de sa progéniture, et tente le tout pour le tout afin de les mater. Bref, c'est un peu l'histoire de l'oeuf ou la poule. Cependant le résultat est là, et en quelques mois, un village paisible devient un lieu inquiétant, dangereux où règnent suspicion, peur, délation.

Quelques (minuscules) moments parviennent cependant à éclairer le film et lui apporte des petites respirations fort bienvenues : un petit garçon qui demande la permission à son père de soigner un oisillon tombé du nid (quel magnifique sourire !), ou un jeune homme et une jeune fille se faisant une cour timide et mignonne comme tout. Mais ces passages ne font que révéler un peu plus durement combien la pourriture et le mal règne sur la Terre.

La plus grande réussite du Ruban blanc réside bien dans sa forme, dans la manière qu'a Haneke de nous manipuler pour semer le trouble, faire bouillonner nos petits neurones. Le fond du film, bien que très intéressant, me paraît un cran en-dessous : le mal qui engendre le mal, l'oppression qui provoque la rébellion, la rigueur morale qui suscite la fourberie, les petites histoires qui ensemencent la grande Histoire ... C'est un beau sujet, mais pas neuf. Après avoir disséqué la violence moderne et ses mécanismes, Haneke semble vouloir remonter le temps pour découvrir ses origines. Il franchit encore un pas dans sa recherche formelle. Une magnifique Palme d'Or, sans aucun doute, que j'aurais tout de même, pour ma part, préféré voir attribuer à Caché en son temps.

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24 octobre 2009

Elle est pas fraîche ma babiole ?!?

Bruxelles, Place du Jeu de Balles, Octobre 2009.

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A ta place je cliquerais sur l'image.
Après, chacun fait sa vie.
Je peux pas obliger les gens à prendre la bonne décision.

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25 avril 2009

La vérité est ailleurs.

Bruxelles, place du jeu de balle.

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Un conseil : clic sur l'image, tu verras mieux.

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24 avril 2009

Où est-il ?

Bruxelles, octobre 2008.

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Si t'y vois rien, clique sur l'image.

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13 avril 2009

Chronique livre : Un homme

de Philip Roth.

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Pas mal le Puddleur non ? Pour mieux apprécier Constantin Meunier, clique.

Court roman de Roth, un homme ne fout pas spécialement la pêche. Il commence sobrement par l'enterrement de son héros. Puis flash-back, sa vie se déroule de manière plus ou moins chronologique, suivant ses amours, et surtout ses séjours à l'hôpital.

Roth a beau tenter de mettre une distance entre lui et son personnage, on ne peut s'empêcher de voir dans ce texte une sorte de testament. L'homme revient sur sa vie, ses erreurs (de bonne foi souvent, parfois inexcusables), et surtout sa peur de la mort. C'est ça le plus émouvant dans le bouquin : on sent son auteur terrorisé par la grande faucheuse. Ce livre semble un exorcisme de tout ce qu'il redoute, mort, solitude, perte de l'envie, perte de la vie sans perte de l'envie...

Malgré ce côté humain assez poignant, force est de constater que le livre sent un peu le pépé qui ressasse. Le personnage est relativement lisse, en a conscience et rumine sévère. Une impression de franche décrépitude sans espoir s'en dégage, mais sans rage, sans étincelle, sans rébellion. Bref, ça reste très sage et un peu plat. Dommage, il y avait un beau sujet à mettre en parallèle l'évolution corporelle de cet homme et sa vie affective.

Allez, M. Roth, vous n'êtes pas encore mort. Un peu de mordant que diable.

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12 avril 2009

Chronique livre : Crime et châtiment

de Dostoïevski.

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Pas la fête Otto Dix, hein ? Mais clique pour vérifier.

L'ami F. est déçu, il a dû se rendre à l'évidence : je ne suis pas dostoïevskienne. Les (més)aventures du jeune Raskolnikov, pour surpuissantes qu'elles sont ne m'ont pas passionnées.

Ça commençait plutôt bien pourtant, calmement : Raskolnikov trucide une vieille antipathique et sa soeur parce qu'il s'imagine d'une essence supérieure. A vrai dire ce début est plutôt divertissant, et on suit l'élaboration du crime dans le cerveau un chouia perturbé du type avec enthousiasme. Mais après le meurtre, oh lala, j'ai décroché autant que la raison de Raskolnikov. Il a du mal à assumer son crime et ses pensées partent à la dérive. Dialogues géniaux mais trop complexes pour ma petite caboche, je n'ai rien compris aux 8000 revirements de situation en une seule phrase, et à vrai dire cette galerie de personnages plus tordus les uns que les autres m'asphyxie. C'est simple, lire Dostoïevski, ça me donne envie de me faire ermite dans une clairière vert pomme bourrée d'orchidées et de papillons.

Je reconnais humblement l'immense génie du monsieur, l'incroyable vivacité de son esprit et de son écriture (toujours des dialogues formidables, comme dans l'Idiot), sa très bonne construction du roman malgré la parution en épisodes, sa manière perspicace de décortiquer l'âme humaine. Mais tout ça me laisse sur le bord du chemin et ne fait pas titiller ma corde sensible. Trop dense, trop long, trop complexe, trop touffu. Perdue à jamais pour Dosto ?

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11 avril 2009

Chronique livre : La princesse de Clèves

de Mme de La Fayette.

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Pour savoir de qui sont ces oeuvres, clique image.

"Je suis vaincue et surmontée par une inclination qui m'entraîne malgré moi."

Lorsqu'à l'âge de seize années révolues, l'éducation nationale m'obligea la lecture de La princesse de Clèves, j'enrageais et baillais moult. Le cheveu gras-mouillé, l'odeur nauséabonde et le manque d'allant chronique de la dame mandatée pour ouvrir nos esprits aux beautés de la littérature française et de la Carte du Tendre ont probablement contribué à l'image terne et désuète imprimée en ma tête de ce petit ouvrage. J'étais loin de me douter en ces temps anciens que, quelques quatorze années plus tard, lire la Princesse de Clèves constituerait un acte de résistance, voire de désobéissance civique aux recommandations gouvernementales (en prenant le temps de lire, on oeuvre moins, c'est indubitable).

En relisant donc les (més)aventures de la très vertueuse Melle de Chartres, il apparaît de manière lumineuse les raisons de cette haine et malfaisance envers cet ouvrage. La langue de Mme de La Fayette, pour précieuse qu'elle soit, n'en est pas moins parfaite : elle manie des tournures de phrases complexes avec une délicate adresse. Ici, point de familiarité, de facilités de langage, de raccourcis expéditifs, mais des méandres verbaux à l'aune des sentiments troubles de la princesse. Mme de La Fayette fût sans doute aucun une exquisément fine lettrée, et historienne de talent. L'action se déroule sous le règne d'Henri II, et après quelques recherches superficielles, l'exactitude historique du contexte du roman ne fait aucun doute. Langage châtié, culture insolente, voilà effectivement de quoi faire grincer les maxillaires présidentielles.

Cependant, le plus horripilant pour un esprit peu délié, réside probablement dans l'immense rigueur morale de son héroïne. Mariée par raison, et dévouée à son époux, elle se refuse à l'homme qui l'aime et qu'elle aime. Même le décès de son mari ne pourra venir à bout de sa fidélité, elle se meurt de langueur par droiture. En nos temps où un remariage peut être célébré à peine quelques mois après un divorce, cette grande austérité janséniste et cette immense maîtrise de soi a de quoi agacer.

Pour ne pas masquer mes sentiments profonds, je dois révéler à mes lecteurs que pour admirable qu'il soit, le comportement emprunté de la princesse de Clèves, imprime en moi la sensation que cette belle personne est tout de même très quiche. Mais les jugements moraux n'ayant point de place dans l'analyse littéraire, on ne peut que conclure avec émotion à la beauté de cette oeuvre de Mme de La Fayette, la richesse de son style et la délicatesse des sentiments exposés. Précurseur du roman moderne, quel plus beau cadeau à faire à des collégiens, lycéens ou étudiants que l'étude de ce petit joyau précieux et raffiné ?

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07 mars 2009

Abbaye de la Cambre.

Bruxelles, février 2009.

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Encore plus de reflet ? Clique image.

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26 février 2009

Tu veux ma photo ?

Bruxelles, février 2009.

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Un peu mieux ? Clic photo.

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