Racines

Photos et lumières du Périgord et autres contrées plus lointaines, critiques cinématographiques et littéraires.

11 mai 2008

Chronique pièce : Xitation

d'Emmanuel Darley.

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Xitant ? clic sur l'image.

Une bien jolie réussite que ce court dialogue décalé et tordant, sur un gars et une fille un peu quiches en plein apprentissage de l'amour. Il tente de lui apprendre les gestes, elle s'exécute sans trop rechigner, mais en ce demandant bien, tout de même, à quoi ça sert tout ça. On reconnaîtrait l'écriture économe de Darley entre mille (j'aime bien me la péter parfois), succession de courtes phrases tronquées, mais signifiant plus qu'une tartine de texte. Le dialogue décortique mécaniquement les gestes de l'amour, la position des corps, la succession des "liminaires", mais sans la flamme, sans sentiment. Les deux personnages sont des espèces de robots, qui connaissent bien la leçon, mais n'ont pas la flamme, symbole d'une société de l'image, de l'information, où les gamins engrengent des connaissances sans avoir la maturité nécessaire pour les mettre en pratique, ou le "cérébral" prend le pas sur le corporel (cérébral est un grand mot, ils sont quand même franchement niguedouilles) ? On pense forcément à la première scène de roulage de pelle de Norway of Life, un baiser mécanique, automatique, sans recherche de plaisir, juste pour "faire comme".

M'est avis qu'il faudrait une bonne dose de, pour réussir à monter Xitation, et aussi une certaine. Y'aurait-il un metteur en scène assez, pour ? En espérant que le passage de Darley à la Comédie française, permette l'édition de ce texte mignon comme tout, et beaucoup plus subtil qu'il n'y paraît.

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29 avril 2008

Chronique pièce : Être humain

d'Emmanuel Darley.

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Clic sur l'image pour plus grand.

Retournée comme un Pancake sans sirop d'érable par ce texte bouleversant d'Emmanuel Darley. Être humain est le récit (un récit) de la prise d'otage d'une maternelle par Lui. Lui, c'est HB, human bomb, human being, et finalement être humain, malgré tout. La pièce renverse les rôles, faisant de Lui, un homme sans vie, perdu, déjà mort, qui ne semble chercher, dans un dernier élan, qu'un peu de lumière. Face à lui, la société, les autorités, pompiers et policiers, professionnels, ne sont pas là pour comprendre, mais dérouler les mécanismes de sauvetage appris par anticipation. Pour eux, c'est aussi le grand jour, leur instant de gloire, l'accomplissement de leurs désirs. Ils jouissent de ce moment, les hormones au taquet. Assistant à l'histoire l'institutrice finit par éprouver de l'empathie pour Lui, classique syndrome de Stockholm, mais également reconnaissance d'un homme à la dérive. La soeur du preneur d'otage intervient pour tenter de raccrocher son frère à une vie qui l'a abandonnée.

Pièce "chorale" d'une grande douceur et d'une grande violence intérieure, où les voix s'élèvent successivement, Être humain est magnifique de bout en bout, confrontant des vies aux destins entremêlés, mais qui ne sont que des blocs de solitude impénétrable. On pense à Nancy Huston évidemment, pour la construction, et l'humanité déchirante du propos, cet essai incessant de s'approcher de la vérité, d'une parcelle de vérité, en multipliant les points de vue. La pièce interroge également et subtilement sur la responsabilité collective des pétages de plombs individuels. L'écriture, Darleysienne, économe reflète le délitement du personnage, par le désordre et la perte des mots. Mais jamais du sens. Un grand moment.

Un peu plus de Darley par .

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19 avril 2008

Chronique pièce : Pasaràn

de Philippe Malone.

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Suite de l'Odyssée malonienne, après l'Entretien, Blast, Morituri. J'ai l'enthousiasme plus modéré pour cette pièce, malgré un fond toujours aussi pertinent. Comme dans Morituri, il est ici question de pouvoir, d'accession au pouvoir, d'argent, de la place de la femme, d'une population aveuglée par sa haine, de la différence, de l'altérité. L'analyse est fine sur les mécanismes du pouvoir, jouer sur la peur des gens, réveiller les instincts haineux les plus bas et les moins assumés, puis, quand les idées ont infusé, injecter une bonne dose de pognon pour faire tenir le tout.

Évidemment, c'est d'une actualité ravageuse. L'écriture, exigeante, moins homogène, plus heurtée, m'a un peu perdue, même si elle cloue parfois au fauteuil. La forme de la pièce, relativement classique, au niveau de la mise en place des personnages, de la construction narrative est bourrée d'idées. Ça foisonne, ça complexifie, ça référence, au risque de perdre le lecteur (à défaut d'être spectateur). Le symbolisme parfois un peu appuyé, et le final audacieux et trashissime passent assez mal à la lecture.

Reste à voir ce que tout ça peut donner sur une scène, entre les mains d'un metteur en scène de talent. A suivre.

Un peu plus de Malone ici et .

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17 avril 2008

Chronique pièce : Flexible, hop hop !

d'Emmanuel Darley.

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Encore plus flexible en cliquant dessus.

Il faut croire que le monde du travail est une source inépuisable d'inspiration pour les auteurs de théâtre contemporain. Après avoir lu, relu, écouté et réécouté l'indispensable "L'entretien" de Philippe Malone, voici que je découvre le "sautillant et klanguien" Flexible, Hop hop ! d'Emmanuel Darley. Le registre est ici en apparence plus léger, mais le fond est le même. Dureté du monde du travail, conjoncture, abrutissement, délocalisation, évolution d'une société vers le monde du faux et du virtuel.

Un et Deux sont ouvriers chez Interklang, une usine internationale de Klang (cherchez pas, c'est barré), c'est-à-dire que toute la journée, ils font Klang en cadence. Mais voilà, la conjoncture, vous comprenez, ils se trouvent licenciés.

La pièce est absolument tordante, absurde et sous son aspect foufou distille un humour noir et désespéré. La société part en sucette et le monde marche sur la tête. Ici, l'ANPE se nomme "la pépinière" (peu fertile), le représentant de la culture est "Monsieur de", et la pauvre Denise pète les plombs à force de Klanguerie. Bref, un moment loufoque, poilant et méchamment intelligent.

A savourer. Vous pouvez l'acheter par exemple.

Klang.

Un peu plus de Darley pas ici.

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08 avril 2008

Chronique pièce : Morituri

de Philippe Malone.

"Lorsque j'ai débuté, je me souviens encore, mes mimiques fébriles mes quintes orageuses firent que l'on misait peu sur ma carrière politique. Trop prompt à réagir disait-on, pas assez réfléchi, mes saillies malhabiles souillaient de tâches laides la monochromie des tons que chérissait l'époque."

Il n'y a pas beaucoup d'auteurs qui me font ça. Mon inculture est immense me direz-vous. C'est vrai. Mais il n'y a pas beaucoup d'auteurs qui, dès la deuxième ligne de texte, font s'élever ma voix pour cajoler chaque mot. Tant de précision méticuleuse, tant de musique dans ces phrases, tant de rythmes internes, d'alexandrins parfaits et modernes, de mots jetés, tour à tour lisses et heurtés, que je ne peux m'empêcher de lire à voix haute de manière quasiment inconsciente. De mémoire Racine, Beckett et parfois Baricco réussissent à me mettre en transe "lectur'active". Généralement, j'ai la lecture plus intérieure. On va dire que je m'emporte, concentrons-nous plutôt sur le texte, ce sera plus intéressant.

Après quelques recherches et une rectification, Morituri a été écrit en 1998. Après la lecture, cette date est complétement surréaliste, tant le texte semble être une réaction viscérale post 6 Mai 2007. M. Malone aurait-il des dons de voyance, ou alors une perception, un sens de l'anticipation si aiguisés des choses qu'il est capable de les analyser avec finesse avant même qu'elles ne se produisent réellement ? Monologue intérieur poétique et violent, Morituri nous embarque dans l'accession au pouvoir d'un homme politique brun. Tout y est, rien ne manque de la simplicité du processus et de son cynisme. En miroir, c'est aussi le constat de l'échec d'une démocratie, de la démission de tout un peuple et de ses pulsions auto-destructrices. Je ne prèfère rien dévoiler de plus, à part vous encourager à vous jeter sur ce texte court, à l'intelligence et à l'écriture dévastatrices.

Vous allez voir, c'est simple de l'acheter, il suffit de cliquer ici.

Un peu plus de Malone ici et .

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26 octobre 2007

Chronique pièce : Blast.

Texte et Dramaturgie : Philippe Malone
Mise en scène : Véro Dahuron

16767Parfois, ça vaut le coup de se casser le cul, braver les grèves ratpiennes, sncfiales, juste pour avoir le plaisir infime et infini de voir du bon théâtre. Comment raconter le traumatisme ? des causes multiples pour un seul mal, un seul choc, physique, émotionnel. C'est à partir d'un monceau d'interviews de traumatisés divers et variés, que Philippe Malone a dû laisser décanter, mûrir, épurer, presser pour en extraire l'essence, qu'est né le texte. Pas un travail d'écriture, non, plus un travail de fourmi, d'une intelligente humilité, de mise en forme, mise en valeur des mots des autres, sur une grille musicale, une partition millimétrée.

Blast fait partie de ces textes dans lesquels le fond et la forme se marient de manière confondante pour créer une entité uppercut qui vous prend aux tripes pour ne plus vous lâcher. Le récit d'abord déroute, feu d'artifice de mots, de maux, au rythme hypnotique, pour devenir progressivement plus linéaire et laisser la part belle aux témoignages. Cohérence de l'éclatement, bribes, fragments, agencés au cordeau, Blast est en cela très réussi qu'il évite les dangers des amalgames historico-politiques et l'écueil du pathos, pour servir un constat humain, l'universalité de la douleur, douleur potentiellement destructrice quelque soit son origine. La mise en scène, très (un peu trop ?) inventive, s'empare du texte à bras le corps, frontalement, sans chercher à louvoyer ou verser dans le lacrymal. Les acteurs, impliqués, réussissent à insuffler une légèreté, à tenir une certaine distance par rapport au texte, sans jamais lâcher le morceau.

A voir donc, de toute urgence, par tous les lecteurs parisiens de ce blog. Et puis par les autres aussi. Blast est présenté tous les soirs à 20h30 au Théâtre du Chaudron à Paris (relâche le dimanche), et ce jusqu'au 10 novembre. Dont acte ?

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13 octobre 2007

Bric à Brac.

Vide-Grenier
de Daniel L'homond

Un exercice difficile que celui-ci, commenter, critiquer la retranscription d'un conte créé pour la scène, par le personnage truculent et charismatique qu'est Daniel Lhomond. J'avoue que pour le néophyte L'homondoesque, l'entrée en matière peut laisser perplexe, "l'effervescence d'aspirine" nécessitant le deuxième degré de la scène pour être appréciée à sa juste valeur.

L'idée de ce conte est tout à fait réjouissante, partir d'un vide-grenier pour détricoter vies, poésie abstraite, et chansons. En lisant, on imagine la voix torrentielle du conteur, et sa gestuelle ad hoc, un soir d'été aux Enfeux. Les contes, nimbés d'une profonde mélancolie, ne la laissent pourtant pas souvent s'épanouir, et préfèrent bifurquer par des voies et voix plus lumineuses. Ce "vétéran de l'adolescence" jouent avec les mots pour tirer vers le haut de histoires teintées de noirceur.

Comme il en parle très bien lui-même dans l'intéressant entretien qui suis la retranscription, il y a quelque chose du "A quoi bon" dans les écrits de L'homond, mais un "A quoi bon" qui pointe, et n'ose pas se révéler. Alors on se plaît à imaginer que ce routard aujourd'hui un peu calmé, qui a parcouru le monde avec sa guitare et sa voix de bluesman, à faire la manche pour gagner sa croûte, nous raconte un peu plus de lui, et un peu moins des autres. Ça ferait une sacrée belle histoire.

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30 septembre 2007

Sous-entendus qui tuent.

Hedda Gabler
de Henrik Ibsen

Hedda Gabler est la pièce subtile d'un auteur subtil. L'histoire est subtile, et les personnages subtils. On peut y découvrir des dialogues subtils, qui révèlent des situations subtiles. Vous allez me dire c'est un peu court. Ah ben non justement, ça fait 200 pages de subtilité nordique, glaciale comme un magnum, mais sans le chocolat fondant.

Hedda s'ennuie d'ailleurs, à défaut de maîtriser sa vie, elle essaie de manipuler celle des autres sans y arriver le moins du monde, et finit raisonnablement par se tirer une balle dans la tempe. Dans la catégorie des provinciales dépressives et suicidaires, on est en droit de préférer les affres bovariennes, autrement plus mordantes. Mais je manque sans aucun doute de subtilité.

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22 septembre 2007

Un nouvel hymne ?

L'Européenne
de David Lescot

Étrange sujet pour un jeune auteur de théâtre, le fonctionnement de l'Europe, ses arcanes et surtout ses absurdités. L'Européenne est une pièce de commande et il faudrait être faux-cul pour prétendre que ça ne se sent pas. Cependant, c'est souvent très drôle, mené tambour battant par des personnages qui semblent tout droit venus de la planète mars, et qui pourtant, sont probablement issus du vécu de Lescot.

Les premières pages sont savoureuses, étirant au maximum un concept poilant : une déléguée à la culture de la Commission accueille une linguiste belge idéaliste, en lui montrant les multiples traducteurs nécessaires au fonctionnement de l'Europe. Par cette liste non exhaustive, et sous les dehors de l'absurdité, on réalise d'un coup la complexité de la machine. Comment faire simple, alors qu'on ne peut jamais se comprendre directement ? La linguiste belge a une solution, l'inter-compréhension passive, qui consiste en la compréhension orale d'une langue sans pourtant en parler un traître mot. Pleine d'étoiles dans tête, elle est bien obligée de réaliser après moult quiproquos que sa méthode est un échec total. Formidable également la déléguée culturelle de la Commission, qui considère le moindre petit air de musique yiddish ou balkanique comme une tentative indirecte de culpabilisation. C'est dans ces petits détails qu'on reconnaît et apprécie l'auteur de l'excellent L'Amélioration.

Malheureusement, la pièce a un côté pouet-pouet, grosse bouffonnerie, comédie musicale de boulevard qui, personnellement, me laisse perplexe. On frémit du coup à l'idée que ce soit monté, à grand renfort de claquettes et couleurs criardes, d'autant plus que les deux dernières scènes sont vraiment en dessous. Dommage.

A lire cependant pour l'originalité du sujet, l'humour hilarant et nonobstant subtil.

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01 août 2007

A la chaîne.

L'Entretien
de Philippe Malone

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Première pièce de théâtre commentée ici, et première pièce lue depuis très longtemps. Trois personnages, la chef d’entreprise, une salariée syndicaliste et la fille de cette dernière. La gamine n’a qu’une envie, rentrer dans l’entreprise, se fondre dans la masse de ceux qui travaillent plus pour gagner peu. Sa syndicaliste de mère refuse que, si jeune, sa fille pénètre le monde obscure et étouffant du monde du travail salarié. La chef d’entreprise, les dents longues et l’écume aux lèvres, dirige la machine à broyer d’une main de fer.

La forme de la pièce est très surprenante, les personnages ne sont jamais cités, mais repérables par les différences de typographie. Simple volonté d'innover, ou signification profonde, le processus fonctionne en tous cas très bien. Au-delà de la simple forme du discours surgit la vérité essentielle, l'incroyable difficulté d'exister, de trouver sa place dans l'univers. Le monde du travail est en cela exemplaire. La lutte entre la directrice et la syndicaliste devient, à force d'habitude, leur moyen privilégié de fonctionner, de se définir l'une par rapport à l'autre, et de se définir chacune par rapport au monde. Entre alors dans la ronde la fille. Au chômage, sans travail, elle n'est rien. Dans la société actuelle qui veut qu'on n'existe qu'à travers l'argent gagné, "je travaille donc je suis", elle n'aspire qu'à se fondre dans le moule.

La pièce va donc bien au-delà de la simple caricature du monde de l'entreprise, mais retrace l'évolution de la société des quelques dernières décennies, pour arriver à la jeune génération actuelle, génération perdue, gavée de télé, de consommation et privée de rêves de liberté et de création. Les dialogues sont remarquablement écrits, dans un style moderne et classique tout à la fois (votre mission si vous l'acceptez : retrouver les quelques alexandrins pris dans la masse...). Un bien beau texte, nécessaire et couillu, en nos jours sombres.

Couillu aussi, le gars qui osera monter ça sur une scène.

Posté par AnneduPerigord à 19:09 - Chroniques Théâtre - Commentaires [8] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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