Racines

Photos et lumières du Périgord et autres contrées plus lointaines, critiques cinématographiques et littéraires.

23 septembre 2007

Les Hommes Sans Corps.

Nos Retrouvailles - 2007
de David Oelhoffen

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Quelle catastrophique rentrée cinéma que la mienne, après Boarding Gate, Les Amours d'Astrée et de Céladon, voici Nos Retrouvailles, film platounet et désincarné sur les retrouvailles entre un père lâche et louche et son fiston, sérieux et blanc-blanc comme du bon pain.

Ce n'est pas tant l'histoire qui fait bailler d'ennui, mais bien la manière de la filmer, toujours en gros plans très serrés, comme pour attraper une émotion désespérément absente. Le réalisateur confond proximité et plans rapprochés, et en oubliant le corps de ses acteurs il dissémine toute la substance de son film. Il y avait pourtant, potentiellement, un beau coup à jouer, sur l'ambiguïté de ce père, manipulateur ou faible, sur ce gamin avide de ce père absent, mais qui saura s'en détacher au bon moment.

Gamblin est complètement à l'ouest, pas ou mal dirigé. Nicolas Giraud, bien meilleur, tour à tour innocent et rebelle, réussit cependant difficilement à se faire une place au soleil. La scène du braquage, utilisant plus ample dans les cadrages, plus dynamique arrive trop tard pour sauver le film. Alors, à la vision de tous ces hommes sans corps, on songe à une magnifique phrase de Gols, écrite récemment : "Le cinéma ne devrait être que ça : l'enregistrement de corps en mouvement." David Oelhoffen devrait peut-être l'écrire 100 fois sur un cahier d'écolier.

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22 septembre 2007

Chef d'oeuvre.

La Grève - 1924
de S. M. Eisenstein

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La Grève est une pure splendeur, un choc, un uppercut, un bouleversement sans fond, si ce n'est par le sujet (propagande assumée, mais pas si inutile de nos jours), mais surtout par l'extraordinaire maîtrise formelle de l'ensemble.

Premier film d'Eisenstein, et déjà un chef d'oeuvre, La Grève assomme par sa dynamique, son inventivité, l'intelligence de chaque plan. C'est d'une modernité absolue et ça a été réalisée en 1924. J'en suis encore bouche bée. Il y a d'abord la composition des plans, toujours impeccable (bien que je soupçonne le portage DVD de sucrer au moins un tiers de l'image). Les bouilles pas possibles des acteurs, succèdent aux plans d'ensemble et aux jeux de miroirs et de reflets. Quasiment que des plans fixes, si j'ai été bien attentive, mais tous dotés d'une incroyable force vitale, d'un mouvement, d'une urgence particulière. La même scène est filmée sous des dizaines d'angles différents, et le montage, rapide, d'une précision redoutable, est impressionnant.

La caméra filme la foule comme un seul homme, les prolétaires n'existent que parce qu'ils sont solidaires, et il est clair que la désunion entraînera leur perte. La Grève donne à 1000 occasions le sentiment que plus rien de neuf n'a émergé d'un point de vue cinématographique depuis 1924. En dehors des prouesses techniques, La Grève est riche d'un point de vue scénaristique, tantôt très drôle (les mimiques "comedia" des acteurs sont dosées au millimètre près), tantôt très tendre (les moments de bonheur en début de grève, le gamin qui vient réveiller son père), tantôt haletant (les scènes de foules, de mouvements populaires), tantôt insoutenable (le gamin balancé du haut d'un escalier, ça fait ploc dans le bide). Bien que film de propagande, le sujet est pourtant, et plus que jamais d'actualité. La Grève a été un des leviers de progrès social le plus important. La menace qui pèse sur lui de nos jours est une régression indéniable, tout comme le "travailler plus". Nos aïeux se sont battus pour que leurs descendants aient la liberté d'avoir une vie en dehors du boulot, avec des conditions acceptables. Il faudrait peut-être songer à respecter leur taf.

Halte donc aux préjugés (je parle des miens), qui me font toujours retarder le moment d'aborder un film muet. Il me reste Octobre sur mon étagère, il n'attendra sûrement pas aussi longtemps. Pour finir, je dois tirer mon chapeau au compositeur de la musique d'accompagnement, bien au-dessus de ce qui habille habituellement les films muets.

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Laura Palmer.

Twin Peaks (Saison 1) - 1990
de David Lynch et Mark Frost

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Je dois vous dire que je suis un peu sur les dents, j'ai fini la première saison de Twin Peaks. Mais je ne sais pas quand sort la saison 2. C'est ballot, je vais peut-être devoir attendre 10 ans.

Que dire de cette série cultissime que je n'avais jamais pu voir ? Au premier abord, c'est un véritable supplice visuel. Les décorateurs et costumiers ont vraiment dû prendre leur pied, et gamberger pour produire les fringues et des décors comme ça. Frost déclare que Lynch et lui voulaient que la série soit intemporelle d'un point de vue pictural. Il faut avouer que là c'est un gros ratage, ça sent la fin des années 80 jusqu'au bout de la corde. De quoi vous dégoûtez à jamais des chalets de montagne et des blousons en cuir pour le restant de vos jours. Ringarde également, bien que finalement hypnotisante, la musique au synthé de Badalamenti. L'ensemble fait que la série semble avoir vraiment beaucoup vieilli, elle n'a pourtant que 17 ans.

Une fois ce choc bien (c'est relatif) digéré, on n'est totalement englouti dans cette histoire à multiples tiroirs qui s'ouvrent sans jamais se refermer. C'est noir et drôle, rempli jusqu'à la gueule d'idées incroyables, et pour le coup, plus du tout démodé. Je préfère ne vous raconter rien d'autre, juste vous hurler de courir chez le marchand de DVD le plus proche. Le coffret est beau, et pas très cher. Et si jamais quelqu'un a des infos sur la sortie de la saison 2, je suis preneuse...

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20 septembre 2007

Vital.

Allemagne Année Zéro - 1947
de Roberto Rossellini

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En nos temps douteux, où le législateur planche sur un loi qui ne concernera que 20 000 personnes par an (mais potentiellement des criminels, puisque génétiquement fichés), il est parfois bon de rappeler que focaliser son attention sur la minorité permet de contrôler la masse. Il faut donc parfois revenir aux essentiels, pour revivifier un peu le cocotier et prendre du recul sur le présent.

Allemagne Année Zéro fait partie de ces films qu'on devrait montrer aux enfants dès qu'ils apprennent à lire. Frontal, dur, tourné en décors réels dans un Berlin d'après-guerre, absolument apocalyptique, il montre une réalité implacable d'un peuple ayant perdu tous ces repères, sociaux, matériels et moraux. A Berlin, en 1947, on crève de faim, on manque de tout, et le manque fait faire à peu près n'importe quoi. Difficile de garder la tête froide quand on a le ventre vide.

Edmund est un gamin de la guerre, il a 13 ans, et n'a donc pratiquement connu que ça. Contraint de se débrouiller pour trouver la pitance de son père malade, de son frère, ex de la Wehrmacht, qui se planque, et de sa soeur, blondinette qui refuse de faire la pute pour trouver à bouffer, il est livré à lui même, et à la loi de la jungle. Comment grandir ? Comment se construire ? Comment acquérir les valeurs fondamentales du prix de la vie humaine dans ces conditions ? Quand Edmund rencontre un de ses anciens instituteurs, aux mains très frôleuses, il gobe tout ce que dernier lui raconte. Son père malade n'est qu'un faible, et on se débarrasse des faibles.

Malgré une qualité d'image très variée (on n'imagine bien les conditions de tournage précaire), la caméra est d'une grande souplesse, et film les errances d'Edmund de manière magnifique, parfois lointaine, parfois très proche. Filmé apparemment sans jugement aucun, sans aucun ressort lacrymal, Allemagne Année Zéro n'est pas destiné à émouvoir le coeur du spectateur, mais à faire fonctionner ses neurones. Film indispensable donc, à voir et revoir et méditer.

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16 septembre 2007

Retomber en enfance.

Les Amours d'Astrée et de Céladon - 2007
d'Eric Rohmer

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Mettons que vous êtes prof dans un collège et que vous avez un grand sens du devoir. Vous sélectionnez dans votre classe les élèves qui savent lire, et un texte du programme qui ne demande pas d'avoir vécu la guerre. Ensuite, pour les costumes, comme vous n'avez pas beaucoup de sous, des bouts de draps suffiront. Le projet prend de l'ampleur, le prof fana d'audiovisuel s'en mêle, et même le prof de musique veut apporter ses notes à l'édifice.

Voilà. C'est ça les Amours d'Astrée et Céladon. Alors comme dans un spectacle scolaire, il y en a qui s'en sortent mieux que d'autres (les membres du club théâtre), et les autres. Évidemment, le jeune premier et la jeune première compensent leurs avantageux physiques par un ânonnement laborieux. L'apparition du sein de la damoiselle (fort joli, il faut le reconnaître) sauve fort à propos l'intérêt du public grabataire et stimule la plume du critique intello. Le jeune éphèbe ne se désape pas, faut pas non plus aller dans la provoc.

Alors oui, c'est vrai, c'est frais. Très frais. La toute fin est mignonnette comme tout, et distille une subtile et troublante sensualité. Reste qu'on passe quasiment 2h à tenter de réprimer un fou rire naissant, ce qui se révèle très délicat lorsque les protagonistes poussent la chansonnette. On reste vaguement accroché jusqu'à ce que le druide explique le cortège divin des Celtes. Là, c'est la débâcle. Enfin, il faut avouer que, pour qui n'osera pas s'attaquer aux quelques 5000 pages du roman pastoral d'Urfé, ça peut se révéler utile. C'est pas tous les jours qu'on peut substituer à la lecture d'un bouquin un film de Rohmer pour remplir une fiche de lecture.

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Red dress.

Retribution - 2007
de Kiyoshi Kurosawa

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Bien que film de commande, Retribution n'en est pas moins bien meilleur que Loft. Beaucoup plus cohérent (j'ai bien dit cohérent hein, pas réaliste), beaucoup plus resserré sur son thème, il mèle très efficacement intrigue policière et histoire de revenants vengeurs. Visuellement, c'est de toute beauté, on est happé dès la première scène (une femme à la robe rouge se fait noyer dans une flaque au milieu d'un désert bétonné et crépusculaire), pour ne plus être lâché. Décors sombres, ultra-urbains, en pleine décadence, dans une ville en éternelle (dé)construction. Un flic enquête sur une série de meurtres mystérieux, dont le modus operandi est identique : la noyade dans de l'eau salée. Hanté par le fantôme d'une femme à la robe rouge, qu'il prend d'abord pour la première victime, il tente de dénouer les fils complexes de cette histoire, dont il est le principal suspect.

Autant dans Loft, le fond du film se diluait jusqu'à disparaître sous des flots de "fais-moi peur", autant Retribution est tendu comme un arc autour de son sujet : l'indifférence, la désaffection, l'incapacité à réagir face aux choses. Dans cette fourmilière citadine, les personnages perdent leur essence primordiale d'humanité, pour devenir des robots, incapables d'agir spontanément, mais uniquement de réagir, une fois qu'il est trop tard, et quand la société le dicte. Ainsi, la série de meurtres entraîne l'enquête policière, qui n'aurait jamais eu lieu, si la société n'avait pas fermé les yeux sur un secret pourtant mal gardé. Pour toute rétribution, cette série de meurtres atroces, déclencheur de l'ouverture de la boîte de Pandore. Le message est clair, on est puni quand on a pêché. Lent, silencieux, tortueux, glacial et implacable,Retribution n'en est pas moins un vrai film d'horreur qui frigorifie l'échine de belle manière. Chapeau bas.

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La momie verte.

Loft - 2007
de Kiyoshi Kurosawa

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Pour une provinciale pure souche(s), il y a quelque chose d'assez savoureux à se trouver en la capitale, et à aller voir un film diffusé dans une seule salle française, une seule fois par jour. Durant la projection de Loft, nous étions 4, dont une carte de presse qui n'a pas arrêté de gribouiller ses savantes idées sur des bouts de canards gratuits, un fan du cinéma nippon, que j'ai, au premier abord confondu avec un Pokémon, et un gars, qui visiblement s'attendait plus à voir l'adaptation cinématographique de Loft Story qu'un film de fantômes japonais.

Dans Loft, une jeune écrivain, pleine d'avenir, mais sans inspiration, part se ressourcer dans une bicoque croulante et grinçante au fin fond de la campagne. Je dis campagne, m'enfin, elle habite juste à côté d'un incinérateur. Pas beau, mais finalement pas inutile. Dans cet îlot de verdure, bouillasse et dioxine, il lui arrive pléthore de trucs méga flippants, qu'elle prend relativement bien, comme quoi, le zen, ça marche pas si mal.

La 1ère partie du film est de toute beauté. Tout d'abord grâce à son actrice, Miki Nakatani, vraiment jolie tout plein, sans être potiche. Elle remplit le début du film de sa présence, et transforme la langue japonaise en une rivière de miel. Ce début de film est donc très mystérieux, composé de micro-événements, et d'une mise en scène fantastique. Rythme lent, interrogations multiples, jeux de voiles, de miroirs, de fenêtres et de bruits, c'est une très belle partition. On ne comprend pas grand chose, mais c'est encore meilleur, l'inexpliqué est toujours ce qu'il y a d'angoissant. Réflexions sur la féminité, sur la vieillesse, sur le manque d'inspiration, sur l'amour, et le besoin de l'autre, les pistes sont nombreuses pour tenter de dénouer la bobine.

Malheureusement, vers son milieu, le film subit un revirement assez étonnant, pour sombrer dans le bavard et l'explicatif. Exit donc le mystère, on a droit à la totale, flash-back maladroit (et surtout maladroitement positionné dans le déroulement du film), embrassade sur fond de violons, second degré à fond (enfin j'espère...), le film perd toute sa poésie et une grande partie de l'intérêt qu'il avait réussi à susciter jusque là. Les longs dialogues sont vraiment mauvais et assez mal joués, ils sonnent creux. Ce changement brutal est très étonnant, et si je n'avais lu récemment que K. Kurosawa considérait Loft comme son film le plus personnel, j'aurai été tentée de parler d'un mauvais "producteur's cut" (en franglais dans le texte). Reste l'image de fin, assez rigolote, mais loin d'être à la hauteur de la première partie.

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15 septembre 2007

Relâche.

Kingdom Hospital (Saison 2) - 1997
de Lars Von Trier

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Dans la seconde saison de l'Hôpital et ses fantômes, Trier se lâche grave. On assiste à une débauche d'idées, d'inventivité, qui rendent la série, par moments, franchement hilarante. On retient notamment une course-poursuite à 2 km/h dans le couloir des archives pour tromper les détecteurs de mouvements, ou encore Bulder, brancardier corpulent et débonnaire, qui, sous hypnose imagine se transformer en pingouin afin d'échapper aux griffes d'un tigre. Trier ose également le canular visuel salace et la blague scato. Quels grands moments, quand Helmer surveille la bonne flottaison de ses étrons, tout en philosophant sur la pourriture danoise (Hamlet n'est pas loin).

Malheureusement, tout n'est pas à l'avenant, et en débridant ses pulsions drolatiques, Trier relâche hélas et son scénar, et sa mise en scène, et sa direction d'acteurs. Les deux derniers épisodes sont nettement moins "tenus" comme dirait G. L'histoire cafouille à mort, il ne sait visiblement pas comment boucler son affaire, et c'est dommage. Autant le fil conducteur de la première saison était clair, malgré la multiplicité des histoires, bien centrée sur le destin tragique de la petite Mary (prononcer Maru visiblement...), autant la saison 2 sert de prétexte à la multiplication de gags, et la recherche du démon par Drusse, est convenue, un comble pour Trier. On peut regretter également une toute fin en couille de caille, très prévisible. Malgré l'apparente liberté de ton, c'est tout de même l'infirmière nympho qui abrite en son sein le démon. Un chouille facile tout de même.

Les acteurs du coup semblent moins concernés, et plongent parfois dans la caricature. Drusse et Stig sont toujours impeccables, mais le reste de la distribution se laisse aller à en faire trop. Côté mise en scène, c'est la même histoire. Maintenant bien implanté dans son style, Trier n'en démord pas, quitte à s'y enferrer quelque peu. Plus longs, moins serrés, les derniers épisodes se mâtent certes sans ennui, mais sans grande passion non plus. J'avoue que je chipote un peu, on n'a pas mal aux fesses, même en regardant les 4 épisodes à la suite... mais tout de même, cette saison 2 est moins convaincante.

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11 septembre 2007

Cangaceiros

Antonio das Mortes - 1969
de Glauber Rocha

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Bon, je dois vous avouer que je me suis faite avoir, je pensais visionner un western, je tombe sur un truc brésilien impossible. Antonio das Mortes est un mélange de Leone, Demy, saupoudré de Nouvelle Vague, et assaisonné au folklore brésilien.

Antonio, mercenaire de son état, est chargé d'éliminer une bande de va-nu-pieds, habillée en carnaval. Après en avoir tué un, il est pris de remords, et croit voir dans une des nanas du groupe, une sainte. Ça peut paraître bizarre, étant donné que la nana ressemble à PJ Harvey, avec un abat-jour en dentelle blanche sur la tête. M'enfin, faut pas le contrarier visiblement. Bref.

Film d'une grande hétérogénéité, réalisés avec un bout et demi de ficelle, il faut bien avouer que la sauce prend assez bien. Pourtant, ça ne ressemble à rien, c'est un patchwork d'influences diverses et a priori incompatibles. Esthétiquement, c'est une horreur sans nom, couleurs criardes dans un paysage terne, costumes d'un moche achevé, qui devraient faire fuir toute personne non daltonienne. Cependant, par une espèce de miracle, de sincérité, de poésie, l'ensemble n'est jamais ridicule, et l'intérêt ne lâche pas souvent.

Le film mélange scènes très statiques et corps à corps troublants, monologues et scène de foules pas très conventionnelles mais qui fonctionnent assez bien. Le film fait d'ailleurs écho au tripal "Cruda. Vuelta y vuelta. Al punto. Chamuscada" de Rodrigo Garcia. Je ne doute pas que, comme dans la pièce de Rodrigo, il y ait un discours social et politique très important dans le film, mais comme je connais aussi bien l'histoire brésilienne que l'histoire du Tadjikistan, ça n'aide pas.

Enfin, on peut reconnaître à la musique traditionnelle brésilienne, d'être autrement moins chiante que le biniou. Le même film tourné en Bretagne, je répondais plus de mes actes.

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10 septembre 2007

Putain de Danois !

L'Hôpital et ses fantômes (saison 1) - 1994
de Lars Von Trier

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Alors là, je dois vous dire que je suis bluffée. L'Hôpital et ses fantômes n'a pas pris un quart de ride en treize ans. Vue religieusement sur Arte lors de sa sortie en France, conservée avec dévotion sur des VHS aujourd'hui probablement moisies, et achetée en DVD en guise d'auto-cadeau d'anniversaire par votre hôtesse la semaine dernière, c'est avec jubilation que j'ai revisionné les 4 épisodes de cette première saison.

Kingdom Hospital ne ressemble à rien qu'à lui-même, et ce n'est pas la pâlichonne copie américaine qui pourra dire le contraire (d'ailleurs, je me suis aperçue que tous les trucs réussis de l'ersatz viennent directement de chez Von Trier, à sa place, mes chevilles enfleraient sévère). L'idée d'un hôpital labyrinthique, peuplé de médecins fêlés, et de fantômes qui ne trouvent pas la paix, ressemble soit à l'exorcisme d'une phobie, soit à un gag de potache. Il semble que ce soit un peu des deux, brillant exercice de mise en scène, et récréation après et avant la réalisation de films beaucoup plus "sérieux".

Le style Von Trier est déjà très affirmé. Image cradingue d'un orangé assez immonde, qui contraste avec les habituelles représentations de l'hosto (l'asepsie au Kingdom Hospital ne semble pas être une grande préoccupation de ses occupants), caméra à l'épaule, cadrages improbables et géniaux, rareté de la musique (mais quelle musique ! les deux accords de violon me trottent depuis quatre jours dans la tête), Lars Von Trier s'amuse, sans se foutre de la gueule du spectateur. Bien que mis sur pied avec deux bouts de ficelles, c'est très intelligemment tourné, très intelligemment monté, bourré d'inventions autant dans la mise en scène que dans le scénario. Bref, on est dans le très grand divertissement.

Tous les personnages, de la moindre infirmière au grand chef de service sont parfaits, interprétés par des acteurs assez incroyables. Ils y croient à leurs personnages fous, et du coup nous aussi. Von Trier ne laisse aucun détail au hasard, il n'y a qu'à voir le grand sourire de soulagement de l'étudiante en médecine qui ne supporte pas la vue du sang, lorsque le cours de dissection est annulé. On est pourtant en plan large, elle est en haut à droite de l'écran, mais elle est là quand même. Bravo.

Bien que l'Hôpital et ses fantômes ne soient pas une série à thèse, Trier en profite pour se moquer de ses voisins les Suédois (à moins qu'il ne se foute carrément de la gueule de ses compatriotes, ce n'est pas à exclure), des sociétés secrètes qui permettent à leurs membres une relative impunité, du système hospitalier à la hiérarchie oppressante etc, etc. Lors du générique de fin, c'est Trier lui même, l'oeil moqueur, qui nous convie à visionner la suite de la série. Comme dans Le Direktør, il tient bien à nous préciser que c'est lui le patron, même s'il est affublé d'un noeud pap' immonde. Il aime manipuler les spectateurs marionnettes, et ça marche. Bon c'est pas tout ça, mais il me reste encore quatre épisodes à voir.

Posté par AnneduPerigord à 17:00 - Chroniques Cinéma - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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