08 mai 2008
Chronique film : Les larmes de Mme Wang
de Liu Bingjian.
Voilà un bidule assez curieux et tranchant nettement avec ce que j'ai pu voir plus ou moins récemment dans le cinéma asiatique. Ici, pas de photo clipesque, de musique douce, de décors millimétrés, mais une façon plus frontale et assez crue d'aborder son sujet. Derrière le titre un peu mélo, se cache un film à la fois drôle, dynamique et poignant, et pour tout dire vraiment moderne.
Mme Wang, ex-chanteuse d'opéra d'une petite ville de province, jolie mais pour tout dire un peu pouf, vend des CD et des DVD pornos à la sauvette dans un Pékin franchement pas glamour. Pendant ce temps, son mari joue, perd et crève l'oeil d'un de ses camarades de jeu. C'est ballot, le voilà en prison, et Madame est contrainte de retourner dans sa ville natale. Elle y retrouve son ex-futur amant, qui lui trouve un bon job : elle sera pleureuse professionnelle dans les enterrements colorés et traditionnels de la ville.
Plutôt que de faire un film frontalement social, Bingjian se concentre sur un très beau portrait de femme et révèle en passant de grosses fractures dans la société chinoise, schizophrène entre tradition et fuite en avant capitaliste. Elle est surprenante son héroïne, poupée trop maquillée, et mal fagotée de couleurs flashys, vulgaire, qui alpague le chaland pour vendre ses pornos. La découverte en creux de son passé et ses actes révèlent une femme aux espoirs brisés, faite pour briller dans les opéras ou sur les DVD qu'elle vend à la sauvette. Mais elle est là, elle avance, se sert du système traditionnel pour réussir dans le monde moderne et gagner de l'argent. Elle se sacrifie (physiquement et professionnellement) pour son mari, et sa dureté masque quelqu'un, qui, finalement, n'aurait jamais fait que suivre ses sentiments amoureux.
Ce qui force le respect, c'est la concision du propos de Bingjian, aucune digression, la caméra se concentre sur l'essentiel, sans aucun pathos, sans explication, sans jugement. Le début est d'ailleurs quasi-documentaire, assez âpre, et progressivement, la caméra se pose, s'éloigne, sait trouver des cadres très beaux et très intelligents. Réalisé en 2002, et sans autorisation, le film a une liberté de ton vraiment étonnante. Un bon moment.
27 avril 2008
Chronique film : [Rec]
de Paco Plaza et Jaume Balaguero.
Bon ça m'apprendra à émettre des réserves sur le dernier Doillon ou à pousser des coups de gueule (justifiés) sur les relents réacs de certaines productions américaines de l'année 2008 (je cite pas lesquelles, je vais encore me faire esquinter). Chers lecteurs, sachez qu'avec [Rec], j'ai expié mes fautes passées et futures pour au moins 77 générations. J'ai voulu me vider la tête à peu de frais (8 euros quand même), dans un multiplex popcornéen. J'en suis juste sortie avec une énorme envie de gerber une certaine sensibilité de l'estomac, et un atterrement sans fond.
La moindre des choses qu'on demande à un film d'horreur, c'est de foutre un peu les chocottes, ou à défaut de bien se marrer. [Rec] échoue absolument partout. Remplissant consciencieusement son cahier des charges de film "caméra subjective" (c'est clair, tout y est, rien ne manque), il est complètement irregardable et inécoutable. Trop de mouvements de caméra dans tous les sens (même Trier oserait pas en faire autant), trop de bruits (dont la VF pitoyable, ça aide pas) ne donnent qu'une envie : que le cameraman et sa putain de journaliste se fassent dévorer au plus vite, ce qui malheureusement n'arrive que tout à la fin (normal me direz-vous, sinon pas de film). Je ne parle pas du scénario archi-rebattu (un lieu clos, des zombies qui bouffent tout le monde, un soupçon de "et-si-c-étaient-les-étrangers-qui-avaient-amené-le-Mal", une pointe de "et-c-est-bien-le-cas"...), des acteurs navrants (la VF ne fait que les enfoncer encore plus), ça risquerait d'en rajouter une couche.
[Rec] est un gros churros bien gras, cuit dans une huile infâme. Je vais rester sur l'assez réussi Fragile du même Jaume Balaguero, sans prétention et nettement plus flippant. Ah et puis ce soir, je regarde Jean-Philippe sur TF1, après, c'est certain, je serai lavée de tous mes pêchés.
15 avril 2008
Chronique film : Le premier venu
de Jacques Doillon.
En préambule, un petit coup de gueule (mince, on va encore me taxer de violente dans mes propos), il faut vraiment que Doillon change de preneur de son. Le film, très dialogué, est doté d'un son catastrophique, qui m'a fait manquer un bon quart des dialogues. Ma critique sera donc encore plus subjective que d'habitude, puisque j'ai loupé probablement des éléments clés de l'histoire.
Bref. Camille (bourgeoise disent les critiques, moi, j'en sais rien), poursuit Costa, genre petite frappe zonard. Elle dit qu'il l'a violée, il dit qu'elle l'a chauffé. Il a une ex-femme forte-tête, une gamine qu'il n'a pas vu depuis 3 ans, et un pote devenu flic, et amant de son ex. D'elle, on ne sait rien, à part qu'elle le suit, entre reproches et cajoleries.
Le premier venu fait partie de ces films exigeants, austères, profonds qu'on aimerait défendre bec et ongles. Il m'a malheureusement laissé sur le carreau. Je me suis sentie étrangère à cette histoire. Il y a pourtant de bonnes choses dans ce film. Les acteurs d'abord, tous très bien : Clémentine Beaugrand porte bien son énigme, et Gérald Thomassin est impressionnant en bombinette prête à exploser. Doillon les filme avec beaucoup d'amour dans l'oeil de sa caméra. Une jolie trouvaille aussi que cette sonate de Debussy qui ponctue de manière taquine les séquences du film. Il y a du plaisir là-dedans , c'est certain.
Et pourtant, ça ne fonctionne pas, ou rarement. La faute à cette héroïne insaisissable et incompréhensible qui n'est jamais crédible. On ne croit pas un instant à son attirance pour Costa, frivolité de petite bourgeoise ? syndrome de Stockholm ? gentillesse ? perversité ? aucune hypothèse ne tient bien longtemps. Ses réactions n'ont ni queue ni tête, que cherche t'elle cette fille ? Vous allez me dire que c'est ça qui est intéressant, ce mystère, cette ambiguïté. Mais à trop en rajouter dans la virevolte, dans la subtilité et la complexité psychologique, on reste au bord de la route. En ce sens, le final "tout va pour le mieux dans le meilleur des mondes", après une prise d'otage relativement violente, me laisse totalement perplexe. Impossible de s'identifier à ce personnage féminin opaque, à ce monde psychologiquement instable, à cette errance sans suite de sentiments disjoints.
Reste un Gérald Thomassin, bloc de souffrances au bord du gouffre, qui donne le vertige.
12 avril 2008
Chronique film : Juno
de Jason Reitman.
Quelle sombre déception que ce film prétentieux et faussement décalé dont j'avais entendu beaucoup de bien. Avec Juno, on est clairement dans le film trompeusement indépendant, qui veut faire croire au spectateur qu'il regarde un truc audacieux et mal-poli, alors qu'il assène une morale rétrograde et malsaine.
Juno, 16 ans, est enceinte d'un athlète godiche de son bahut et essaie d'imiter le timbre de voix de Marianne Faithfull en balançant des répliques acerbes. Déjà, on y croit pas deux minutes, Ellen Page, en ado hyper mature (mais qui ignore qu'il faut mettre une capote pour baiser), est mauvaise à hurler, elle minaude à fond les ballons pour faire croire que voilà, elle a déjà tout compris de la vie, et que les autres sont vraiment des gros nazes. C'est assez navrant. Elle se décide à faire adopter son bébé par un couple mal assorti. La femme une caricature de la bourgeoise futile en manque d'enfants, hésite entre deux nuances de jaune absolument identiques (la seule scène vraiment drôle du film), et le mari compositeur, faussement muselé par sa femme, est totalement immature.
Distillant une image assez méprisante de l'humanité, sans beaucoup de tendresse, Juno glace par sa morale : gloire aux bourgeoises étriquées avec une belle maison et plein d'amour à donner, aux adolescentes réfléchies (haha, t'as quand même oublié de mettre une capote ma p'tite) et généreuses, et honte sur ces hommes à la recherche d'un peu de reconnaissance, immatures, égoïstes et incapables d'assumer les responsabilités de la paternité.
Don't Juno ? sortez couverts bon dieu, ça nous évitera les daubes.
06 avril 2008
Chronique film : La Zona
de Rodrigo Pla.
La Zona est le film le plus triste et désespéré que j'ai vu depuis longtemps. Sous ses dehors de film de genre (anticipation d'un futur très proche, polar ?), la Zona fait finalement un état des lieux du monde et de la direction dans laquelle il va. C'est pas peu.
Trois gosses des bidonvilles de Mexico pénètrent par effraction dans une zone résidentielle luxueuse et ultra sécurisée. Les résidents ont la gâchette facile et tuent 2 des gamins en "légitime défense". Le troisième réussit à s'échapper... mais pas à sortir de la "zone". Il se trouve enfermé dedans, traqué par des millionnaires paranoïaques et adeptes de l'auto-défense .
Le constat est glacial d'un monde inexorablement coupé en 2 par un mur et des barbelés. Il n'y a pas grand chose à sauver, et aucun des deux côtés du mur n'est épargné. A l'intérieur de la zone, c'est le protectionnisme, l'immonde cruauté des gens dont l'argent fait qu'ils peuvent tout se permettre. On a envie de hurler devant tant de cynisme, tout en se rendant bien compte que ces méthodes existent déjà, et que ce n'est en rien de la SF. A l'extérieur de la zone, le monde est corrompu, et ne désire qu'une chose, c'est arriver à sucer le fric des richards de la zone.
La force du film c'est de réussir à contrebalancer cette dichotomie par quelques personnages plus ambigus, et assez finement dessinés. L'image est intéressante, un peu "luisante" et très sombre, et la musique, noire et profonde apporte une vrai plus. Là où ça pêche un peu, c'est du côté de la mise en scène, assez souvent "série-tv" (j'ai pas mal pensé à Dark Angel par exemple). On imagine ce qu'aurait pu donner un tel sujet réalisé par un maître de la mise en scène, et la meilleure utilisation des caméras de surveillance par exemple, qui reste vraiment très sage et peu inventive ici.
Reste un film OVNI, courageux, dont la forme sert à porter un vrai message politique et un cri d'alerte sur l'évolution de la société. Bien bien.
29 mars 2008
Chronique film : A bord du Darjeeling limited
de Wes Anderson.
Un petit rébus vachement dur :
C'était mon week-end "Anderson", après l'énorme "There will bu blood" de P.T. Anderson, voilà le tout petit "The Darjeeling limited" de son homonyme Wes. S'il fallait résumer le film en un mot, ce serait : "Bouarf". Mais bon, je sens qu'il faut que je développe un peu.
Pourtant assez fan de ses précédents films, La famille Tenenbaum, et surtout sa tordante "La vie aquatique", The Darjeeling limited, m'a laissé de marbre, avec une furieuse envie de piquer un petit somme dans les confortables fauteuils de velours rouge.
Trois frères séparés par la vie, partent en pèlerinage mystique dans un train indien, afin de rejoindre leur mère devenue bonne soeur sur les contreforts de l'Himalaya. C'est absolument cousu de fil blanc, il ne se passe pas grand chose, et tout l'intérêt repose sur le jeu inexpressif des acteurs. Malheureusement, n'est pas Bill Murray qui veut et ces trois là ne lui arrivent pas à la cheville. Ils finissent par être gavants de non-jeu : "oohhh spectateur, regarde comme je suis un acteur décalé de cinéma indépendant décalé". Ben ça ne fonctionne pas. L'apparition d'Anjelica Huston à la fin du film apporte une petit lueur d'espoir, voilà enfin un oeil qui pétille. Malheureusement, elle se casse au bout de 5 minutes pour fuir ses trois imbéciles de fils. Comme on la comprend, et comme on l'envie.
A part ça, le film est joli comme tout dans ses cadres, ses couleurs, mais 1h47 pour une carte postale de voyage c'est un chouia long. Voilà. On retiendra la renversante présence de Natalie Portman dans le court-métrage prologue au film, la brève apparition d'Anjelica Huston et les jolies couleurs de l'Inde... le reste, faut vite effacer.
La réponse au rébus :
27 mars 2008
Chronique film : There will be blood
de Paul Thomas Anderson.
Qu'on aime ou pas, voilà un film qui force le respect tant il va au bout de son propos, sans peur de l'extrême. Il n'est pas ici question de l'odyssée du pétrole, comme je le pensais en entrant dans la salle. Le propos est à la fois plus intime : l'itinéraire d'un homme ambitieux, misanthrope et plongeant peu à peu dans la folie, et plus vaste : une métaphore des fondements de l'Amérique, l'amour du pouvoir, de l'écrasement de l'autre par le fric ou par la religion.
Le début est littéralement bluffant, au moins 15 minutes sans une parole prononcée à chercher des cailloux dans le ventre de la terre. Pas de lumière, pas d'action. Un grand moment de rien. Ça se tortillait gentiment dans la salle, visiblement, on était là pour voir Daniel Day Lewis faire son show. Le reste du film est une longue attente : on travaille dans les profondeurs de la terre, puis on remonte (si jamais on ne se reçoit pas un godet sur la tronche) dans le désert cramé, et on attend que ça jaillisse. On cherche alors un terrain plus grand, on essaie de convaincre les locaux de vendre, on fore, on creuse, et on attend. De temps en temps un accident, mais, après tout, la vie continue.
On assiste donc au portrait d'un homme opaque, dont on ne connaîtra pas les motivations, ou alors de manière partielle. C'est assez étrange cette façon de passer tout le film dans l'expectative, la curiosité, le cul entre deux chaises, ce n'est en aucun cas un film confortable. A la fois fascinant cet homme, et totalement repoussant. Sa persévérance, sa ruse, force une certaine forme d'admiration, mais elles sont totalement perverties par son cynisme et sa misanthropie. Il ne construit son empire que pour mieux pouvoir rejeter l'humanité dans son entier. Les hommes ne sont que des outils pour lui, qu'il utilise et qu'il jette, notamment l'orphelin qu'il a recueilli et élevé comme son fils, simple pion destiné à attendrir les vendeurs de terrains pétrolifères potentiels.
Alors oui, Daniel Plainview est un personnage totalement extrême, absolument énorme, qui finit en épave dans son immense demeure, affalé dans sa pièce de bowling. Il a réussi à écarter son dernier adversaire, l'ultime quille du jeu, le dernier obstacle de son immense obsession. Daniel Day Lewis en fait mille tonnes, oui, mais seulement dans les 20 dernières minutes du film, quand le personnage est entièrement dévoré par la paranoïa. Le film met à égalité parfaite la soif de pouvoir de l' "oilman" et du faux prédicateur. Deux facettes d'une même médaille, même cynisme, même but, mais des moyens différents pour y parvenir.
Absolument renversante, la musique du film fait grincer des dents. Accords dissonants au violon qui s'étirent pendant des dizaines de minutes sur l'attente brûlante de l'or noir, c'est méchamment couillu, hors-normes et ça a dû faire sauter quelques dentiers (renseignements pris, le compositeur est Jonny Greenwood, guitariste de Radiohead, un peu la grosse classe quand même). Bref, film boursouflé comme disent les Inrocks, certes, on est clairement dans l'excès. La métaphore avec le fonctionnement actuel de l'Amérique est énorme, et ne s'embarrasse pas de délicatesses. Par exemple, le plan sur les deux frères assis sur la plage est extraordinaire : le cadet raté, la tête penchée dans l'ombre, et l'aîné qui a réussi au soleil. L'aîné se lève, sort du cadre. Le cadet lève la tête qui se retrouve en pleine lumière. Concurrence évidente du petit frère. La réaction de Daniel Plainview sera immédiate.
On est dans le symbolisme appuyé, mais évident, et ça fonctionne à merveille. Anderson va au bout de son concept, allonge les plans d'attente au maximum (on regarde flamber un puits de pétrole pendant 10 bonnes minutes), réduit l'action au strict nécessaire. Inconfortable et fascinant.
19 mars 2008
Chronique film : The dead girl
de Karen Moncrieff.
Voilà un petit film fort intéressant dans sa recherche de complémentarité entre la forme et le fond. Entrée dans la salle par hasard pour échapper à la flotte (oui, c'est beau Paris sous la pluie, mais c'est pas mal sans non plus), je me suis assez volontiers laissée embarquée dans ce machin. Il faut dire que le début est extrêmement bien mené.
Une vieille fille coincée (Toni Collette, décidément couillue), condamnée à s'occuper de sa mère aigrie dans le trou du cul des États-Unis, découvre le cadavre d'une jeune fille dans un verger cramé par le soleil lors de sa balade quotidienne, son échappatoire temporaire. L'image est superbe et Moncrieff fait preuve d'un vrai sens du cadre. Le malaise monte en un quart de seconde, à l'image de cette médaille que Toni Collette récupère sur le cadavre, embarquant avec elle une bonne dose de cheveux ensanglantés. A partir de ce moment là, on se dit que tout sera possible, on est sur un fil au dessus du vide, et la bascule peut se faire n'importe quand. L'angoisse est là, vraiment palpable, on souffre pour cette nana bizarre, à la fois assez flippante et victime potentielle toute désignée. Le film déroute alors, la découverte du cadavre va agir sur elle comme un révélateur, et lui permet au contraire d'exploser sa cage. C'est plutôt malin.
Quatre autres histoires de femmes se succèdent ensuite, toutes tournant autour de la découverte de la jeune femme morte : l'étudiante en médecine chargée de l'autopsier et qui croit voir en elle sa soeur disparue depuis 15 ans, la femme du tueur, la mère de la victime, puis la victime elle-même. C'est là que ça dérape un peu. Si pris un par un, ces 5 paragraphes sont tous assez réussis (les deux premiers et le dernier surtout), leur juxtaposition donne au film un côté un peu gavant de film à thèse sur la condition de la femme. Mais bon, passons. Moncrieff ne cède que très rarement à la facilité, et le côté jusqu'au boutiste du film force le respect. La façon dont ses héroïnes (toutes des Dead Girls dans leur style), réussissent à s'appuyer sur un élément morbide comme la mort d'une inconnue, soit pour renaître soit, au contraire pour s'enterrer définitivement dans leur merde, prend un sens un peu plus universel et viscéral.
Loin d'être parfait, mais tout à fait recommandable.
15 mars 2008
Chronique film : L'Heure d'été
d'Olivier Assayas.
Bon j'ai bien envie d'utiliser un joker pour ce film. Vous l'acceptez ? Non ? Vous êtes rudes. Bon, pas très objective sur ce film dont j'avais oublié (occulté serait plus juste) le thème en entrant dans la salle, car beaucoup trop proche de moi en ce moment. Je n'aurais jamais dû aller voir ça. Je vais faire vite donc. Pendant tout le film, Assayas a clairement bien fait son taf, c'est profond, ça sent le vécu, c'est intelligent. Malheureusement, ça ne m'a jamais touché, alors que j'aurais dû fondre en larmes dès le premier plan. L'ensemble de la distribution sonne creux comme une canette vide, c'est un peu trop poli, surfacique. On est chez des gens bien élevés, sans aucun doute. Les ingrédients sont tous là, mais il manque le tour de main. Heureusement une des dernières scènes, bourrée d'ados bougeards et vivants relève nettement la sauce, sauvant le film de sa thèse un peu lourde, frôlant avec le "c'était mieux avant", et le transformant en l'aperçu d'un avenir énergique. Allez hop, maintenant j'essaie d'oublier tout ça.
09 mars 2008
Chronique film : Be kind Rewind (Soyez sympas rembobinez)
de Michel Gondry.
Ben le voilà mon premier gros coup de coeur de l'année. Lecteurs, passez outre l'effroyable traduction française et littérale du titre, et filez au cinéma ! Un vieux videostore décrépit et menacé de démolition, des k7 effacées, deux potes qui décident de re-tourner les films effacés à leur sauce : Ghostbusters, le Roi lion, Miss Daisy et son chauffeur, Rush Hour...
Déjà éblouie par Eternal Sunshine of the Spotless Mind, moins convaincue par La science des rêves (vue en VF, faut dire), je suis encore toute poreuse, attendrie, émue par ce machin joli tout plein, énorme hommage au cinéma, au spectacle en général. On jette au loin toute vraisemblance, ici, les choses sont claires, on se fout complètement des faux raccords, de la bidouille. L'intrigue n'est pas crédible ? on s'en fout. Ce qui compte, c'est l'imagination. Dans Be kind Rewind, on ne prend pas le spectateur pour un con, on le force à se servir de sa tête, on le fait participer activement à la réalisation de son propre film. Quelqu'un me disait récemment un truc du style : "Sur une scène, tu traces une ligne bleue, et tu l'appelles rivière. Si les spectateurs y croient, ont la trouille quand quelqu'un saute par-dessus, c'est gagné. C'est ça le théâtre, réussir à rendre réel ce qui n'existe pas." Ode à la création donc que ce film. On s'émerveille à chaque instant des trouvailles du gars : une pizza sous une tête pour mimer une tâche de sang, des doigts blancs et noirs pour mimer des touches de piano... c'est un amusement de chaque instant, un cri d'amour aux racines de l'art cinématographique.
Mais le film va plus loin. Ce qui est mis en avant ici, c'est le rôle de la création dans la cohésion sociale. Sans lourdeur on entr'aperçoit une ville moribonde, sans passé (les éléments glorieux de la ville se révèlent être des mensonges pour faire rêver les gosses), sans présent, et surtout sans avenir. Les tournages de ces remakes fédèrent la population locale, permet aux gens de se croiser, de travailler ensemble sur un projet commun. Les générations se mêlent, aucun passéisme, aucune fuite vers l'avant, juste une façon de vivre ensemble. Évidemment, dis comme ça, c'est un peu gnangnan, mais il y a tant d'amour dans la caméra de Gondry , tant d'attention aux petites choses, tant de modestie, que j'ai fondu comme une madeleine. On n'est pas dans l'ironie, pas dans le cynisme. C'est juste totalement désarmant et reposant de regarder un film aussi gentil sans être aucunement cucul. Moi, je vote pour. Dans le contexte actuel de sape culturelle intensive, le film est finalement assez subversif : sans création, pas de lien social. Le message passe. En douceur, mais avec conviction.















