Racines

Photos et lumières du Périgord et autres contrées plus lointaines, critiques cinématographiques et littéraires.

19 janvier 2008

Farine brute.

Moulin de Cougnaguet, Lot, décembre 2007.

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18 janvier 2008

Et pourtant, elle tourne.

Moulin de Cougnaguet, Lot, décembre 2007.

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Meule en fonctionnement au moulin de Cougnaguet.

Profitant des débits soutenus, même en période de basses eaux, de la rivière karstique qu'est l'Ouysse, mais également de sa position stratégique à proximité du chemin de St Jacques, et de Rocamadour, le moulin de Cougnaguet a été entretenu et maintenu en fonctionnement jusqu'à nos jours.
La visite vaut le détour, et le guide est inénarrable, chaleureux, et convivial. 

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17 janvier 2008

Chronique film : It's a free world

de Ken Loach.

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Ange est blonde, siliconée, et travaille comme recruteuse pour une grosse boîte dans les pays de l'Est. Elle a une grande gueule et fait de l'abattage. Dans un mouvement d'humeur, et refusant un pelotage, elle balance un verre dans la gueule d'un client. Erreur fatale, de retour en Angleterre, elle se fait virer aussitôt. Ne se laissant pas abattre, l'opprimée monte de manière illégale sa propre boîte de recrutement.

En parcourant les critiques, ce qui revient le plus souvent, c'est l'ambiguïté du personnage d'Angie. Ambiguïté mes fesses, Angie est une vraie salope, la preuve, c'est la sosie de Tatiana de Secret Story . Elle n'a aucun scrupule, marche sur la gueule de tout le monde, abandonne son fils à ses parents atterrés par les choix de leur fille, aucune tendresse pour personne, sauf pour un gars de passage. Outre recruter des esclaves pour les entreprises peu scrupuleuses, Angie devient également marchande de sommeil, utilise ses recrues à des fins purement sexuelles. Bref. Pas très recommandable.

Ce n'est pas dans le personnage d'Angie que réside l'ambiguïté, c'est dans la manière de l'appréhender. La mise en scène très plate, très neutre, sans parti pris, assez éloignée de ses habituels engagements, nous donne toute latitude pour réfléchir par nous même. Loach a dépassé le stade émotionnel, pour nous livrer un constat froid, et finalement très désabusé. Ange est-elle autant victime que bourreau dans une société qui pousse les gens aux extrêmes pour s'en sortir ? Elle peut être considérée comme le simple produit, le résidus d'une société en déliquescence. La société accouche de ce qu'elle mérite : d'une grande puissance possédant le pouvoir sur la totalité du petit peuple, la société évolue vers un système où les plus faibles réussissent à exploiter toujours plus faibles qu'eux. Constat amer, et pourtant réel.

D'un autre côté, on peut considérer Angie comme un véritable monstre. Certes, le contexte social est difficile, mais ses choix sont absolument indéfendables. Tant et si bien que, quand elle se fait rétamer par des ouvriers qu'elle n'a pas payés, ou quand ils font semblant de kidnapper son gamin, on exulte, on voudrait la voir réduit en charpie, broyée par ces vies qu'elle a piétinées. Que Loach révèle ainsi nos plus sombres mauvaises pensées, et notre soif de sang et de vengeance, ça c'est quand même nouveau. On regrette un peu que ce ne soient pas les flics, oul'Etat qui s'en prennent aux activités illégales d'Angie. Non. L'Etat , est absolument absent du film, sauf au travers des services de l'immigration, service punitif au possible.

Le film n'est décidément pas moral, et aucune note d'espoir n'éclaircit l'ardoise. La fin est absolument désespérante, puisque pour rembourser les employés qu'elle n'a pas payés, l'héroïne repart dans les pays de l'Est , pour recruter de pauvres gens plein d'espoir en un avenir meilleur. Le cercle est vicié. Ainsi va le monde. Mais ce qui m'inquiète le plus, c'est que le grand militant social qu'est Loach perde l'espoir. Si les plus irréductibles désespèrent, reste t'il encore quelque chose à sauver ?

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16 janvier 2008

Ouill'sse

Moulin de Cougnaguet, Lot, décembre 2007.

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Ça m'apprendra à vérifier mes réglages avant d'appuyer sur le bouton.

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15 janvier 2008

Mais qu'Ouysse ?

Moulin de Cougnaguet, Lot, décembre 2007.

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14 janvier 2008

Chronique film : La graine et le mulet

d'Abdellatif Kechiche

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J'étais à la fois très enthousiaste et un peu réticente à l'idée d'aller voir La graine et le mulet. Peur d'être déçue en fait. J'avais grandement tort. Kechiche nous offre à nouveau un film magnifique, bouleversant, un truc unique qui noue les tripes et fait hurler de joie. Slimane bosse depuis 35 ans dans un chantier naval, et se fait licencier. Le monde bourdonne, hurle autour de lui, la famille braille, les potes l'interrogent, la maîtresse rassure, et Slimane se tait. C'est d'une violence inouïe ce mouvement perpétuel autour de cet homme brisé. On le croit perdu, et voilà qu'il renaît, grâce à un projet impossible et l'aide de sa belle-fille. C'est magnifique cette volonté de renaître alors que tout l'incite à se terrer, que ses gosses le poussent à retourner au bled. Mais malgré ses rides et son souffle court, Slimane est résolument du côté de la vie et s'acharne, pour lui, mais peut-être pour la nouvelle génération, qui est là, et qui pousse derrière.

Kechiche est décidément un grand, filmant au plus près les visages et les corps. C'est peu dire que les acteurs soient criants de vérité, chaque personnage surgit de l'écran dans toutes ses contradictions, ses forces et ses faiblesses. Ils sont insupportables, attendrissants, adorables, monstrueux, tous vivants, et tous nous renvoient plus ou moins à notre propre vécu familiale, dans ses bonheurs, ses mesquineries, son fonctionnement clanique protecteur et étouffant. C'est humainement tourneboulant. La dernière partie du film, noue les tripes dans un suspense insoutenable. Le film monte en puissance, entre Slimane courant comme au ralenti dans une cité déserte, à la lumière des lampadaires, et sa belle-fille, qui, pour sauver l'affaire de Slimane se lance dans une danse du ventre orgasmique à couper le souffle. C'est bien simple, toute la rangée de fauteuils dans le cinéma vibrait au rythme du tambourin.

La fin tinte un peu comme le passage de relais de l'ancienne génération à la nouvelle (je compte dans la nouvelle génération la compagne de Slimane, femme libérée et indépendante). L'ancienne génération est à bout de souffle et ne peut aider la jeunesse à se sortir du merdier, Slimane s'effondre, la mère est absente. C'est un peu l'avènement d'un nouveau monde, jeune, bourré de paradoxes, de chocs des cultures, d'incompréhensions, mais aussi de cafouillages, d'entraide, d'amour et de projets d'avenir, d'un devoir de lutte permanente contre une société française qui ne l'accepte que pour ses clichés. Film rugueux, porté par un immense amour de l'humanité, La graine est le mulet touche au plus haut du corps, du coeur et de la tête.

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13 janvier 2008

Nanananananananana !

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12 janvier 2008

Chronique Livre : Ni d'Eve ni d'Adam

d'Amélie Nothomb.

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Situé temporellement en amont de Stupeur et tremblements, Ni d'Eve ni d'Adam retrace l'histoire sentimentale d'Amélie Nothomb lors de son retour au Japon après 15 ans d'absence. Le bouquin porte à nouveau ce regard fasciné sur une culture si différente de la notre.

Évidemment passer de Dostoïevski à Nothomb, ce n'est pas forcément glorieux. Cependant , en fouillant dans les coïncidences heureuses, on découvre que le personnage masculin de Ni d'Eve ni d'Adam, n'est pas si loin de la figure christique du Prince Mychkine, un prince aussi nippon que l'autre était russe, mais tout autant que lui dénué du moindre sentiment obscure. C'est d'ailleurs cette absence de "souillure" qui ravit Amélie, et en même temps qui l'oblige à fuir, en quête d'un "bouleversement", d'un extrême, de quelque chose qui tâche.

Ni d'Eve ni d'Adam est profondément agaçant, car profondément inégal, navigant entre l'exaltation totale, et le foutage de gueule affiché. Nothomb garde son sens de la formule, en droite ligne de Stupeurs et tremblements, mais relâche beaucoup trop souvent son écriture. Trop de facilités à écrire conduit à d'énormes facilités stylistiques balourdes, jusqu'au point culminant, page 166, je cite "C'était trop bien". Et soudain, alors qu'on s'arrache les cheveux, surgit un passage bouleversant. Nothomb est bien plus intéressante quand elle est exaltée, que dans sa "vision loufoque du quotidien", qui me paraît aujourd'hui un peu datée et 1000 fois copiée. Sa balade seule en montagne est vraiment jolie, symbole de sa jeunesse indestructible, frondeuse et inconsciente. On sent là une sincérité totale, une urgence à vivre, à ressentir, à souffrir qui touche vraiment.

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11 janvier 2008

En route ...

Paris, octobre 2007.

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... pour un we tranquille !

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10 janvier 2008

Chronique livre : L'Idiot

de Fedor Dostoïevski

"... car il est plus difficile de pardonner à ceux qui ne vous ont pas offensé, justement parce qu'ils n'ont aucun tort, et que, par conséquent, votre sentiment est dénué de fondement."

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Il y a des livres qui sont un peu trop forts pour moi, celui-ci en fait partie. Je pense être passée à peu près à 99% à côté de la subtilité de ce roman, qui doit nécessiter au bas mot 20 lectures pour en saisir l'essentiel de la substantifique moelle.

Le prince Mychkine revient en Russie, après un long séjour à l'étranger pour le guérir de son "idiotie". D'une grande clairvoyance, et intelligence, il comprend toutes les subtilités des manigances qui l'entourent sans jamais accomplir la moindre entourloupe. Sincère et aimant, il ne ment jamais, et pardonne toutes les faiblesses humaines. Cette attitude droite sème le trouble dans la bourgeoisie russe, rodée à toutes les bassesses, calculs et mesquineries humaines. Sa droiture renvoie tous les caractères à leur propre petit comportement, sans pour autant les vacciner de leur roublardise.

Composé en grande partie de longs dialogues entre les très nombreux personnages (au moins 40, et tous bien dessinés), on est suspendu aux paroles des protagonistes, sans toujours comprendre vraiment ce qui les motive. C'est un roman plein de bruit et de fureur, hystérique, bourré de cris, d'arrachages de cheveux, de rebondissements incongrus, et pas toujours très clairs. Difficile (pour moi en tous cas), de rentrer complètement dans cette folie irrationnelle qui éclabousse de partout.

Au-delà de ça, l'Idiot est un roman magnifique, émaillé de pensées bouleversantes et pessimistes sur l'humanité. Le prince, héros malgré lui, pur, vertueux, se casse les dents sur ce monde perverti qui se sert de lui pour mieux le rejeter. Sa droiture lui attire quelques amitiés incomplètes, un amour impossible, et surtout beaucoup de haine et d'incompréhension. Il retombe dans la folie, incapable d'affronter une réalité trop difficile. Échappatoire ou capitulation face à l'ennemi ? Le constat est en tout cas amer, d'une société tellement pervertie qu'elle est incapable d'accepter le bien, de l'apprécier, le comprendre et de lui faire une place en son sein.

Posté par AnneduPerigord à 19:06 - Chroniques Bouquins - Commentaires [11] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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