09 décembre 2007
Chronique film : Les Promesses de l'ombre
de David Cronenberg.
Je n'ai pas grand chose à reprocher à ce film. Je l'ai trouvé pas mal, ce qui pour un Cronenberg frôle l'insulte suprême. Je vous avoue que je m'y suis même un peu ennuyée. A Londres, Anna, une sage-femme (Naomi Watts, un chouille fadounette), tente de retrouver la famille d'un bébé, dont la mère, Tatiana, une gamine russe de 14 ans, est morte en couche. Le seul indice qu'elle possède est le journal intime de Tatiana. Écrit en russe, et bien que d'origine russe elle-même, Anna est incapable de le déchiffrer et le fait traduire par le propriétaire du restaurant russe du coin, qui s'avère être un gros méchant mafieux, responsable du malheur de Tatiana.
Côté scénario, on ne compte pas les incohérences, et Cronenberg a sorti la cavalerie en ce qui concerne les grosses ficelles bien prévisibles, ça frôle limite le téléfilm. On pourrait passer par dessus si le reste était exceptionnel, et ce n'est pas tout à fait le cas. J'ai décidemment beaucoup de mal avec Vincent Cassel (il faut dire que j'ai vu le Pacte des Loups...), et Viggo Mortensen, non seulement porte assez mal le brushing gomina, mais n'arrive pas à retrouver l'ambiguité de A history of violence. Les rapports entre les deux hommes, (amitié, haine, attirance ?), constituent cependant une des parties les plus intéressantes du film.
Quelques scènes sublimes émaillent la pellicule, notamment les scènes dénudées, qui rappellent à quel point Cronenberg a une approche unique du corps. Ça reste assez "sage" cependant, loin des tortures de Crash, des métamorphoses de La Mouche ou de Chromosome 3, des instruments gynéco de Faux-semblants, ou de la console vidéo "placentaire" d'Existenz. C'est néanmoins très réussi : un corps dont les tatouages racontent une vie, une ukrainienne nue, allongée après s'être fait baisée de manière peu élégante, qui fredonne le regard dans le vide, ou la scène du sauna, impressionnante chorégraphie orgasmique. La photographie du film est assez belle, dans ses clairs-obscurs surtout, et magnifie des scènes "tableaux".
Là où le film pêche abyssalement, c'est dans son manque total de fond. A history of violence était une réflexion profonde sur notre rapport à la violence, la façon dont elle a infiltré nos vies, dont elle est banalisée et même tournée en ridicule jusqu'à perdre de sa réalité, Les promesses de l'ombre ne fait que raconter une histoire, franchement pas terrible, d'une assez belle manière. Pas mal, mais pas suffisant.




