08 novembre 2007
Yangshuo : les buffles.
Août 2000.
07 novembre 2007
Yangshuo : les cartes.
Août 2000.
Le touriste est une entité ridicule...
ou alors il me demandait de photographier son pote...
06 novembre 2007
Yangshuo : village.
Août 2000.
Parfois ...
... se taire.
05 novembre 2007
Yangshuo : moyen de transport.
Août 2000.
?
04 novembre 2007
Yangshuo : sur les berges.
Août 2000.
Les bâteaux, les uns derrière les autres charrient les touristes émerveillés.
Beaucoup de chinois, quelques occidentaux, à la queue leu leu.
Serrés, avancent, bruits de moteur, sur les eaux glauques.
Les berges peuplées de vies défilent.
Les femmes frottent, témoignage de nos privilèges.
Les enfants nous regardent, interrogateurs.
Que peut-on venir faire ici, à ryhtmer leur quotidien ?
03 novembre 2007
Chronique livre : Un roi sans divertissement
de Jean Giono.
Bon, que je vous raconte un peu ma vie hein, ça n'arrive pas souvent, alors... Giono est lié à un souvenir très particulier. J'ai passé 3 ans en classes prépas. Trois ans pendant lesquels j'ai vécu en ermite, entre bouquins scientifiques, cours, colles, et concours. Mes seules respirations étaient les cours de français. Trois ans, trois bouquins au programme par an... neuf livres en tout. Pour une grosse lectrice comme moi, ce n'était pas grand chose, mais c'était tout ce que je pouvais me permettre, mes périodes de vacances n'étant pas non plus très fournies en lecture, abrutie que j'étais par tant de savoir, enfoncé à coups de pilon dans mon pauvre crâne.
Parmi ces 9 livres, deux gros coups de coeur. W ou le souvenir d'enfance de Perec, je l'avais lu sans le lire, finalement sans rien comprendre. Le prof nous l'avait disséqué avec délices. Ça changeait de la dissection des souris et des grenouilles. L'assemblée abrutie des élèves en profitait en général pour piquer un petit roupillon. Faire lire du Perec à des scientifiques, que voulez-vous, c'est presque de la provocation. Mon deuxième coup de coeur, Les Grands Chemins de Giono. Alors que la majorité des quelques étudiants s'intéressant un peu à la lecture (je n'ose même pas dire littérature) s'extasiaient sur Noces de Camus, moi j'étais tombée d'amour pour les Grands Chemins. Pas que Noces ne m'est pas plu, non, mais les Grands Chemins m'avaient ouvert des horizons qui à cette époque là de ma vie n'étaient même pas de l'ordre du concevable. Prise dans ce carcan, ce ghetto doré de la classe prépa, je ne savais rien de la liberté. J'étais gorgée de classiques du XIXème, et voilà que Giono se pointe, avec toute cette liberté qui éclaboussait partout. Liberté de ton, de styles, de ces personnages pour qui demain ne signifiait rien, alors que depuis toute petite on m'apprenait qu'il fallait passer ses aujourd'huis à préparer ses demains.
Dans la foulée, j'avais essayé de lire Un roi sans divertissement. Mais, style plus difficile, cerveau occupé, impossible de dépasser la vingtième page. J'ai attendu, le volume à distance respectueuse, que mon cerveau se débloque. Et puis, avant-hier, après avoir fini Beckett, je prends mon courage, ma petite après avoir lu Beckett, tu peux lire Giono. Et oui. Un roi sans divertissement est passé comme une petite douceur, après les affres Beckettiennes. Sombre pourtant est ce roman, lumineux aussi, fin connaisseur de l'humain. C'est beau et triste à la fois, cet homme fait pour les grandes choses, et qui ne peut survivre aux petites. Brassage méticuleux du minuscule et de l'ample, vision du monde comme d'un grand tout, entrelacement perpétuel de la nature et de l'homme, Un roi sans divertissement est un livre magnifique, d'une infinie mélancolie. Un livre qui donne envie d'aller se perdre dans une forêt de châtaigners, une belle journée d'automne.
02 novembre 2007
Chronique livre : L'innommable
de Samuel Beckett.
Troisième et ultime volet de sa trilogie (pléonasme quand tu nous tiens), L'innommable franchit un pas de plus dans le, attendez voir, non, ce n'est pas exactement ça, mais plutôt, je veux dire, il faut qu'on se comprenne bien, ou pas. Molloy réussissait à se déplacer tant bien que mal, et interagissait a minima avec le monde extérieur, Malone, pinqué dans un lit écrivait frénétiquement dans un cahier d'écolier pour décrire son infinitésimal univers. L'innommable n'est plus rien de tout ça, plus rien qu'un concept à la corporalité douteuse, obligé (peut-être, par qui, pour quoi ?) de dégoiser à l'infini, en attendant.
Moteur de ses propres propos ou simple écho d'un monde extérieur qu'on ne verra jamais, l'innommable, le sans nom donc, tente de raconter les histoires des lamentables Manhood, homme-tronc, fiché dans une jarre et recouvert de mouches, utilisé comme enseigne d'une auberge, et Worm, réduit à une oreille et sans doute un oeil versant des torrents de larmes. Mais ces histoires tournent court, reprennent, s'arrêtent, continuent, différemment, pour explorer un océan des possibles sans limite. "Que voulez-vous, il faut spéculer, spéculer, jusqu'à ce qu'on tombe sur la spéculation qui est la bonne. Quand tout se taira, quand tout s'arrêtera, c'est que les mots auront été dits, ceux qu'il importait de dire..."
Une fois les histoires "achevées", du moins mises de côté, l'innommable tente de parler de lui. Mais pourquoi parle-t'il ? pour raconter quoi exactement ? et qu'est-il ? un être propre ou le simple véhicule de la pensée des autres ? tout ce qu'il sait, c'est qu'il doit parler, combler le vide et le silence, en attendant. En attendant quoi ? il ne sait pas, la mort sans doute, mais peut-il mourir alors qu'il ne sait même pas s'il est né. Brassant mille et une idées dans un fascinant maelström de phrases ébréchées, malmenées, persécutées, l'innommable se lit en apnée, au bord du vertige. Le texte, dense, compact jusque dans son absence de point, est émaillé de pensées extraordinaires, éblouissantes de clairvoyance, de celles qui font rechercher frénétiquement un crayon à papier au fond de sa besace.
Bien plus que dans les deux précédents volumes, l'innommable transpire l'angoisse de la mort, du vide, du silence. Cette course frénétique littéraire, grande réflexion sur la vie, la mort, la conscience, l'être, évoque de temps en temps la question de Dieu, pour mieux l'écarter "... à ce jeu-là, on finirait par avoir besoin de Dieu, on a beau être besogneux, il est des bassesses qu'on préfère éviter". Pourtant, ne peut-on pas voir en Worm, pure création d'un monde extérieur hypothétique, capable d'entendre et de voir, mais en aucun cas d'agir, la manie de l'humain à se créer des idoles afin d'apaiser ses tourments ?
Livre court d'une richesse incroyable, l'innommable est à lire, et puis à relire, et même sans doute à rerelire, histoire de bien se remettre les idées en place.
01 novembre 2007
Chronique livre : L'Appareil-Photo
de Jean-Philippe Toussaint.
Acheter un livre juste sur son titre, c’est risqué. Quand il est publié aux éditions de Minuit, le risque est déjà plus mesuré. Toussaint est brillant et malin, ça ne fait aucun doute, au démarrage, c’en est franchement agaçant. Dès la première phrase, on sent qu’il a le potentiel pour carrément se foutre de notre gueule, tout en s’attirant l’exaltation de la critique ébaubie.
Un homme s’inscrit dans une auto-école, s’attache à la tenancière du lieu en la collant un max, ce qui a l’air de leur convenir à tous les deux. Café-croissants, une virée dans un supermarché, il ne se passe pas grand-chose dans cette histoire banale et gentiment incongrue, racontée tout en phrases décalées, détachées, sur un air de ne pas y toucher. Style travaillé, phrases longues tournant autour du vide, la mécanique est astucieuse, un rien ampoulée. On admire l’adresse, tout en reniflant les prémisses de la boboïtude. Jusqu’à la page 94.
Page 94, d’un coup, par une phrase, le roman change de cap. Commence alors une autre histoire, non pas une histoire, un éclatement photographique. L’homme, seul maintenant, dans des décors nocturnes vides et urbain, confronté à lui-même, se raccroche aux détails croisés sur sa route, un clignotement, un parking désert, pour tout simplement réussir à vivre. Se forcer à penser pour lutter contre « le désespoir d’être », imaginer une vie sans blessure pour rester debout. Cette deuxième partie, très courte, beaucoup plus sincère et intime, est magnifique, et rend par là-même la première plus belle. C’est par ce raccrochement aux détails infimes et anodins que le narrateur surmonte sa « difficulté à vivre ».
A noter une interview intéressante de Toussaint fait suite au texte. Bonne initiative.









