Racines

Photos et lumières du Périgord et autres contrées plus lointaines, critiques cinématographiques et littéraires.

23 septembre 2007

Frénésie.

Frenzy - 1972
d'Alfred Hitchcock

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Frenzy est un régal de bout en bout, et tant pis si les grincheux le trouvent en dessous du génie du maître. Avant dernier film du sieur et retour aux sources, Frenzy a été tourné à Londres, et plus précisément à Covent Garden où le père du bon Alfred tenait boutique, comme nous l'apprend le judicieux documentaire fourni en cadeau bonux.

Bien meilleur que l'Etau (là, je crois que personne ne pourra me contredire), Frenzy est à la fois un film d'une maîtrise totale, mais également d'expérimentations étonnantes. Hitch s'amuse avec les paradoxes. Sans doute son film le plus violent (la scène de strangulation millimétrée est quand même impressionnante, il faut le reconnaître), il coupe l'herbe sous le pied du spectateur lors du meurtre de Babs , en faisant se retirer tout doucement la caméra, laissant le spectateur la mâchoire béante et l'imagination en ébullition.

Dans ce film rien n'est montré qui ne serve à l'intrigue. Pourquoi filmer un deuxième homicide, puisque nous connaissons déjà la manière de procéder de l'étrangleur ? Pourquoi filmer la secrétaire découvrant le corps sans vie de sa patronne, alors que nous savons déjà comment cela va se passer ? Il vaut mieux attendre, attendre le cri qui sortira des murs, et fera se presser les passantes. C'est surprenant, drôle et brillant. Brillante également cette utilisation d'un silence soudain, au sortir du bar. C'est pour mieux vous surprendre mon enfant. Le tout est accompagné par une musique excellente de Ron Goodwin, c'est pas du Herrmann , mais c'est pas mal quand même.

Évidemment, le film traite des rapports avec les femmes, et notamment leur ascendant sur les hommes. Toutes les femmes, qu'elles soient ridicules ou sympathiques sont en effet maîtresses du jeu. Sans l'intuition et l'esprit de déduction de la femme du flic, et malgré ses piètres talents culinaires, l'intrigue n'aurait jamais été résolue. L'homme se plie aux décisions des donzelles (refus de cacher un fugitif, un divorce pour cruauté morale parce que c'est plus vite bouclé...), par faiblesse ou intelligence. Rusk, incapable d'affronter les femmes et leur pouvoir, peut-être sous le joug de la mère, n'arrive à se sentir homme qu'en violant et tuant. Ok, c'est de la psychologie à deux balles, mais c'est très efficace, et contrairement à ce que beaucoup pensent, Hitch cerne assez bien l'ambivalence féminine, entre fantasmes pervers et pudeurs de jeunes filles.

Un grand film et un bon cru Alfredien, sans aucun doute.

Posté par AnneduPerigord à 22:55 - Chroniques Cinéma - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Les Hommes Sans Corps.

Nos Retrouvailles - 2007
de David Oelhoffen

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Quelle catastrophique rentrée cinéma que la mienne, après Boarding Gate, Les Amours d'Astrée et de Céladon, voici Nos Retrouvailles, film platounet et désincarné sur les retrouvailles entre un père lâche et louche et son fiston, sérieux et blanc-blanc comme du bon pain.

Ce n'est pas tant l'histoire qui fait bailler d'ennui, mais bien la manière de la filmer, toujours en gros plans très serrés, comme pour attraper une émotion désespérément absente. Le réalisateur confond proximité et plans rapprochés, et en oubliant le corps de ses acteurs il dissémine toute la substance de son film. Il y avait pourtant, potentiellement, un beau coup à jouer, sur l'ambiguïté de ce père, manipulateur ou faible, sur ce gamin avide de ce père absent, mais qui saura s'en détacher au bon moment.

Gamblin est complètement à l'ouest, pas ou mal dirigé. Nicolas Giraud, bien meilleur, tour à tour innocent et rebelle, réussit cependant difficilement à se faire une place au soleil. La scène du braquage, utilisant plus ample dans les cadrages, plus dynamique arrive trop tard pour sauver le film. Alors, à la vision de tous ces hommes sans corps, on songe à une magnifique phrase de Gols, écrite récemment : "Le cinéma ne devrait être que ça : l'enregistrement de corps en mouvement." David Oelhoffen devrait peut-être l'écrire 100 fois sur un cahier d'écolier.

Posté par AnneduPerigord à 21:47 - Chroniques Cinéma - Commentaires [2] - Rétroliens [0] - Permalien [#]



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