Racines

Photos et lumières du Périgord et autres contrées plus lointaines, critiques cinématographiques et littéraires.

22 septembre 2007

Chef d'oeuvre.

La Grève - 1924
de S. M. Eisenstein

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La Grève est une pure splendeur, un choc, un uppercut, un bouleversement sans fond, si ce n'est par le sujet (propagande assumée, mais pas si inutile de nos jours), mais surtout par l'extraordinaire maîtrise formelle de l'ensemble.

Premier film d'Eisenstein, et déjà un chef d'oeuvre, La Grève assomme par sa dynamique, son inventivité, l'intelligence de chaque plan. C'est d'une modernité absolue et ça a été réalisée en 1924. J'en suis encore bouche bée. Il y a d'abord la composition des plans, toujours impeccable (bien que je soupçonne le portage DVD de sucrer au moins un tiers de l'image). Les bouilles pas possibles des acteurs, succèdent aux plans d'ensemble et aux jeux de miroirs et de reflets. Quasiment que des plans fixes, si j'ai été bien attentive, mais tous dotés d'une incroyable force vitale, d'un mouvement, d'une urgence particulière. La même scène est filmée sous des dizaines d'angles différents, et le montage, rapide, d'une précision redoutable, est impressionnant.

La caméra filme la foule comme un seul homme, les prolétaires n'existent que parce qu'ils sont solidaires, et il est clair que la désunion entraînera leur perte. La Grève donne à 1000 occasions le sentiment que plus rien de neuf n'a émergé d'un point de vue cinématographique depuis 1924. En dehors des prouesses techniques, La Grève est riche d'un point de vue scénaristique, tantôt très drôle (les mimiques "comedia" des acteurs sont dosées au millimètre près), tantôt très tendre (les moments de bonheur en début de grève, le gamin qui vient réveiller son père), tantôt haletant (les scènes de foules, de mouvements populaires), tantôt insoutenable (le gamin balancé du haut d'un escalier, ça fait ploc dans le bide). Bien que film de propagande, le sujet est pourtant, et plus que jamais d'actualité. La Grève a été un des leviers de progrès social le plus important. La menace qui pèse sur lui de nos jours est une régression indéniable, tout comme le "travailler plus". Nos aïeux se sont battus pour que leurs descendants aient la liberté d'avoir une vie en dehors du boulot, avec des conditions acceptables. Il faudrait peut-être songer à respecter leur taf.

Halte donc aux préjugés (je parle des miens), qui me font toujours retarder le moment d'aborder un film muet. Il me reste Octobre sur mon étagère, il n'attendra sûrement pas aussi longtemps. Pour finir, je dois tirer mon chapeau au compositeur de la musique d'accompagnement, bien au-dessus de ce qui habille habituellement les films muets.

Posté par AnneduPerigord à 17:02 - Chroniques Cinéma - Commentaires [5] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Un nouvel hymne ?

L'Européenne
de David Lescot

Étrange sujet pour un jeune auteur de théâtre, le fonctionnement de l'Europe, ses arcanes et surtout ses absurdités. L'Européenne est une pièce de commande et il faudrait être faux-cul pour prétendre que ça ne se sent pas. Cependant, c'est souvent très drôle, mené tambour battant par des personnages qui semblent tout droit venus de la planète mars, et qui pourtant, sont probablement issus du vécu de Lescot.

Les premières pages sont savoureuses, étirant au maximum un concept poilant : une déléguée à la culture de la Commission accueille une linguiste belge idéaliste, en lui montrant les multiples traducteurs nécessaires au fonctionnement de l'Europe. Par cette liste non exhaustive, et sous les dehors de l'absurdité, on réalise d'un coup la complexité de la machine. Comment faire simple, alors qu'on ne peut jamais se comprendre directement ? La linguiste belge a une solution, l'inter-compréhension passive, qui consiste en la compréhension orale d'une langue sans pourtant en parler un traître mot. Pleine d'étoiles dans tête, elle est bien obligée de réaliser après moult quiproquos que sa méthode est un échec total. Formidable également la déléguée culturelle de la Commission, qui considère le moindre petit air de musique yiddish ou balkanique comme une tentative indirecte de culpabilisation. C'est dans ces petits détails qu'on reconnaît et apprécie l'auteur de l'excellent L'Amélioration.

Malheureusement, la pièce a un côté pouet-pouet, grosse bouffonnerie, comédie musicale de boulevard qui, personnellement, me laisse perplexe. On frémit du coup à l'idée que ce soit monté, à grand renfort de claquettes et couleurs criardes, d'autant plus que les deux dernières scènes sont vraiment en dessous. Dommage.

A lire cependant pour l'originalité du sujet, l'humour hilarant et nonobstant subtil.

Posté par AnneduPerigord à 17:01 - Chroniques Théâtre - Commentaires [0] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Laura Palmer.

Twin Peaks (Saison 1) - 1990
de David Lynch et Mark Frost

twin_peaks_1

Je dois vous dire que je suis un peu sur les dents, j'ai fini la première saison de Twin Peaks. Mais je ne sais pas quand sort la saison 2. C'est ballot, je vais peut-être devoir attendre 10 ans.

Que dire de cette série cultissime que je n'avais jamais pu voir ? Au premier abord, c'est un véritable supplice visuel. Les décorateurs et costumiers ont vraiment dû prendre leur pied, et gamberger pour produire les fringues et des décors comme ça. Frost déclare que Lynch et lui voulaient que la série soit intemporelle d'un point de vue pictural. Il faut avouer que là c'est un gros ratage, ça sent la fin des années 80 jusqu'au bout de la corde. De quoi vous dégoûtez à jamais des chalets de montagne et des blousons en cuir pour le restant de vos jours. Ringarde également, bien que finalement hypnotisante, la musique au synthé de Badalamenti. L'ensemble fait que la série semble avoir vraiment beaucoup vieilli, elle n'a pourtant que 17 ans.

Une fois ce choc bien (c'est relatif) digéré, on n'est totalement englouti dans cette histoire à multiples tiroirs qui s'ouvrent sans jamais se refermer. C'est noir et drôle, rempli jusqu'à la gueule d'idées incroyables, et pour le coup, plus du tout démodé. Je préfère ne vous raconter rien d'autre, juste vous hurler de courir chez le marchand de DVD le plus proche. Le coffret est beau, et pas très cher. Et si jamais quelqu'un a des infos sur la sortie de la saison 2, je suis preneuse...

Posté par AnneduPerigord à 17:00 - Chroniques Cinéma - Commentaires [7] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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