tn_lumiere

Ce matin, la migraine a de nouveau planté ses racines dans la jachère de mon cerveau. Dès le réveil, les yeux mi-clos, elle est là, d’abord légère. Mais je sais qu’en me levant, elle me bouffera toute crue. Je retarde le moment de sortir des draps. Plus je traîne, plus l’attaque sera violente.

Il faut se décider, choisir la position verticale, foncer en zigzaguant vers la boîte d’aspirine, et s’en enfiler 2 sachets. L’estomac vide hurlera un bon coup face à une telle agression. Puis les yeux fermés, balancer le reste de café de la veille dans l’évier, laver le filtre, et faire du café frais serré. Les mains tremblent, les jambes flageolent et le cerveau explose. Chaque glouglou de la cafetière fait péter une grenade dans ma tête. La caféine achève la dernière barrière de résistance de l’estomac qui entre en révolution.

Il faut se recoucher, trouver la position supportable. J’ai trop chaud. Sur le dos, sur le côté droit, sur le côté gauche, l’oreiller coincé au creux de l’épaule, à plat, rien ne va. C’est intolérable immobile, mais chaque mouvement est une torture.

Et puis… une position moins inconfortable, les yeux clos, la douleur se fait moins lancinante, la fraîcheur me gagne, l’activité des neurones retrouve un semblant de fonctionnement cohérent, libérés qu’ils sont de l’emprise irradiante de la douleur. Il faut accepter de ne pouvoir, de ne devoir rien faire que de rester immobile, longtemps, alors que tant de choses sont à faire aujourd’hui que le soleil brille, et qu’il y a la vie dehors, qui m’arrive par bouffées d’éclats de rires, de voix, et d’une mélodie au saxo, légère, et arythmique. Il faut savoir attendre suffisamment longtemps pour laisser passer la crise, sans risque de rechute, sans bouger d’un millimètre. Il faut savoir à quel moment on peut revivre un peu, et il faut savoir enfin qu’on traversera la journée flottillant sur un inconfortable nuage d’endorphines, les mains tremblantes, sur le fil, jamais très loin du précipice.