Les Témoins
d’André Téchiné

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temoins2Les Témoins est le film le plus émouvant, humain et lumineux que j’ai vu depuis longtemps. Ne vous fiez pas à cette affiche sinistre. Enfin un film français qui se regarde autre chose que le nombril, un film cruel, tendre, triste et ensoleillé, et un formidable hymne à la vie.

temoins3De l’été 1984 à l’été 1985, on suit l’itinéraire de 5 personnes : Manu, jeune ariégeois homosexuel, sa sœur Julie, chanteuse lyrique qui rame, Adrien, médecin amoureux platonique de Manu, Sarah, une amie d’Adrien et son mari Mehdi, flic. Ces personnages se rencontrent, se plaisent, s’aiment, trouvent un équilibre plus ou moins stable. Jusqu’à l’arrivée du sida dans leur vie. Manu a attrapé le virus, et fait basculer leur horizon à tous.

temoins4C’est l’extraordinaire attention que Téchiné porte à ces personnes qui est magnifique. Cadrés de près, il filme au plus près des visages et des corps, au plus près des mouvements. Le travelling sur Manu, courant avec légèreté sur la plage, et finissant sa course dans un arbre est absolument magnifique.

temoins5Les acteurs sont tous parfaits. Johan Libéreau, dans le rôle de Manu, jeune homme à peine sorti de l’adolescence, a le sourire ravageur et l’innocence des jeunes acteurs débutants chers à Téchiné (J’embrasse pas, Les Roseaux Sauvages). Michel Blanc en homosexuel quinca et vaguement réac, persuadé que les homos et les hétéros ne sont pas faits, finalement, pour être amis. Julie Depardieu, artiste en devenir, plane à 10 000 km au-dessus du monde réel. Emmanuel Béart, écrivain en manque d’inspiration, complètement dépassée par sa responsabilité de mère (voire carrément irresponsable). Et enfin Sami Bouajila, magifique, est Mehdi, son mari et le père de leur fils (auxquels ils n’arrivent pas à trouver un prénom), flic rigide, intransigeant et brutal, mais qui tombe fou amoureux de Manu. Quand Manu tombe malade, c’est tout ‘édifice qui s’effondre, les langues qui se délient, les angoisses montent.

temoins6Sans voyeurisme, sans sensiblerie mièvre, sans misérabilisme, sans démonstration aucune, en collant aux humains, Téchiné filme avec une grande pudeur un des plus grands bouleversements sociaux du 20ème siècle, l’arrivée d’un virus qui a complètement modifié les rapports entre les gens, l’insouciance sexuelle, et qui quelque part a aussi fait sortir l’homosexualité du bois. Un virus qui continue de faire des ravages et continuera probablement encore longtemps à décimer les populations les plus fragiles.

temoins7Téchiné est un réalisateur en prise avec la nature, son film se déroule sur une année, d’été à été. C’est un cycle de vie, de mort et de résurrection. Parce qu’au final, c’est sous la lumière du soleil, de la vie et du renouveau que s’achève ce beau film. On apprendra même le prénom de l’enfant de Mehdi et Sarah. Et c’est Justin (ou « juste un » ? ;-).

PS : A lire, la parfaite critique du non moins parfait Gols, là.