31 octobre 2006
Cotton Club
Voyage aux pays du coton
Petit précis de mondialisation
d’Erik Orsenna
de l’Académie française (rien que ça)
Fayard
Voila un moment que Voyage aux pays du coton me nargue dans cette vitrine. Illustré du bel idéogramme signifiant « coton » (association des trois idéogrammes : arbre, soleil/blanc et tissu), j’ai longtemps résisté à cause du sous-titre, craignant un ouvrage rébarbatif, bien-pensant et didactique. J’avais tort. Erik Orsenna s’est pris de passion pour l’histoire du coton, cette plante aux fruits pelucheux à laquelle nous sommes tous redevables, et il est parti sur ses traces du Mali à la France, en passant par le Brésil, les Etats-Unis, la Chine, l’Egypte, et l’Ouzbékistan.
Ce livre est donc le récit d’un voyage thématique, avec ses découvertes, anecdotes, rencontres. De ses rencontres avec des petits paysans maliens, brésiliens, ouzbeks, rencontres avec des ouvriers chinois, on ressort l’œil un peu humide : des millions, des milliards de vie, dépendantes d’une matière première sur laquelle ils n’ont finalement aucun contrôle, dans notre société de « trop », c’est la demande qui décide, et non pas l’offre. De l’autre côté, de son œil pourtant fort averti, il raconte de façon faussement naïve ses entrevues avec les puissants de ce monde (en gros les négociants et politiques américains, passages d’autant plus effrayants que racontés de manière assez brute, je le soupçonne de ne même pas en rajouter).
Ton enlevé, écriture délicieuse et poétique, le livre s’avale comme une confiserie, sans écœurement aucun. C’est aigre-doux, entre espoir et désespoir. J’ai lu quelques critiques plutôt déçues par ce livre « sans fond », une « succession d’anecdotes »… alors oui certes, Voyages aux pays du coton n’est pas un livre qui apporte sur un plateau une pensée prédigérée, c’est un livre en creux, qui donne à penser, un miroir partial et partiel de l’économie mondiale dans toute sa diversité et sa cruauté, qui distille sous un récit de voyage faussement bon enfant une peinture grinçante et complexe de notre société.
Le seul reproche que je peux lui faire, en bonne écologiste de métier c’est de ne pas insister suffisamment sur les désastreuses conséquences de la monoculture du coton. Il le fait, bien entendu (il lui était impossible de passer à côté de l’assèchement de la mer d’Aral, coincée entre Kazakhstan et Ouzbékistan, dû à l’irrigation des champs de coton, ainsi que la disparition rapide de la forêt amazonienne au Brésil pour laisser la place aux immenses cultures de coton notamment), mais de manière ponctuelle. Enfin, je mégote, l’ouvrage est court, impossible de développer tous les thèmes abordés.
Pour finir quelques morceaux choisis :
Au Brésil, Orsenna s’étonne de l’effectif (incroyablement faible) d’ouvriers dans les filatures, le patron rétorque :
"-Je sais, c’est encore un peu trop pour résister aux chinois. Quel est donc le secret de ces chinois, l’arme qui les rend si forts ?
Depuis longtemps j’ai réfléchi à cette question. Je vous livre ma réponse : les Chinois ont inventé l’ouvrier idéal. C'est-à-dire l’ouvrier qui coûte encore moins cher que l’absence d’ouvrier".
Orsenna rencontre un manitou américain de la recherche génétique :
"-Je sais que vos lobbies antigénétiques sont parvenus à faire interdire la recherche. Interdire la recherche ! Comment acceptez-vous cet obscurantisme ? De plus en plus, (…), nous avons l’impression que l’Europe refuse son époque. Et se suicide. L’Europe, berceau de la science moderne !
Ce n’est pas le genre de propos qu’il est agréable d’emporter avec soi. Je ne recommande à personne une soirée dans un motel de Knoxville (Tennessee) en la seule compagnie d’une telle vérité."
Dans les immenses plaines américaines :
"Qu’est-ce qu’un plat pays ? La sagesse locale donne la meilleure des réponses : ne t’inquiètes pas pour ton chien. Aucune chance de le perdre. Il peut s’enfuir où il veut, courir trois jours et trois nuits, jamais tu ne le perdras de vue."
A Datang (Chine), capitale mondiale de la chaussette :
"Quatre hectares et neuf milliards de chaussettes (…). Des chaussettes jusqu’au vertige. Jusqu’à douter que l’humanité ait assez de pieds pour enfiler autant de chaussettes."
30 octobre 2006
"Il est beau mon fils !"
Les vacances, c'est l'occasion de revoir des amis. Parfois, ils sont accompagnés de petites créatures toutes neuves aux sourires craquants ...
Félicitations Miss F. et Mister S., vous avez bien bossé !
27 octobre 2006
Silhouette bourguignonne
Dijon - aujourd'hui
Cahin, caha, elle traverse la place. Toute de gris vétue, ses chaussures flamboient. Moi je dis, il fallait oser !
Cliquez sur l'image pour l'agrandir.
Je pars quelques jours, p'tet moins présente sur les ondes, mais je reviens très vite ! Bon we à tous !
26 octobre 2006
Aqueux c'est réussi !
L'eau
de Jeanne Cherhal
Ouh lala quelle bonne surprise que ce disque ! J'avais pas mal apprécié son deuxième opus (12 fois par an), mais sans grand enthousiasme non plus. Bien écrit, musique sympa, voix rigolote, c'était un disque gentil, dans la veine bénabarienne : humour, dérision mais propos mince comme du papier à cigarettes (à l'exception de la richissime "Station", gros blues sur les balades dominicales à la station d'épuration, servi par sa petite voix, un vrai bonheur).
Avec l'Eau, Jeanne Cherhal gravit nettement les échelons de la chanson française. C'est un disque à thème, comme celui de la dorénavant célébrissime et génialissime Camille (Le Fil), avec laquelle, on ne manquera pas de la comparer. C'est donc sur le thème de l'eau que se drapent 13 titres hétéroclites mais donnant un ensemble fort cohérent.
Jeanne Cherhal s'amuse, c'est indiscutable et trouve sa voix, bien fluette jusque là. Vocalement en effet elle ose, elle envoie, elle joue, elle interprète, un régal. Le piano est mis un peu en arrière pour donner de la place à des arrangements très classieux signés Albin de la Simone. Quelques petites références ethniques, quelques chœurs, si je ne m'abuse une petite sonorité à la Fiona Apple. Ca s'enrichit donc du côté musical, sans trop plein, juste ce qu'il faut pour donner de l'épaisseur.
Côté écriture Jeanne Cherhal glisse de plus en plus du côté autobiographique de la force, et c'est merveilleux. En parlant de son moi profond (d'elle vraiment, pas de ses soucis menstruels, mais de ce qu'elle est), elle atteint des sphères beaucoup plus universelles qu'en nous parlant des problèmes du petit voisin. Elle met en avant sa fragilité, son indépendance (Je suis liquide - extrait ci-dessus), ses désirs coquins (magnifique Tu m'attires - extrait ci-dessus), ses larmes faciles, reliquat d'enfance (Rondes larmes). Des thèmes graves sont également évoqués dans deux très pudiques chansons, les femmes voilées dans "Le tissu" et l'excision dans "On dirait que c'est normal", l'écriture est épurée et ciselée, de la haute voltige. N'ayez pas peur hein, Jeanne Cherhal n'est pas devenue neurasthénique et quelques titres très drôles émaillent le disque (visiblement elle adore le bouillon de poule, parfois faut pas chercher).
Sous une apparence plus abordable que sa consœur Camille, Jeanne Cherhal est en train de construire quelque chose de vraiment joli, et p'tet même, soyons fous, plus profond. Allez hop hop, maintenant on file chez son disquaire !
En cliquant ici, vous verrez que Jeanne Cherhal a eu la bonne idée de mettre ses textes en ligne. Dans un monde de systèmes anti-copie, et de préservation forcenée (et utopique) des droits d'auteur (dur dur parfois de trouver le texte d'une chanson à l'heure actuelle), ben je trouve ça vraiment sympa !
25 octobre 2006
Be cliché !
Dijon - Y'a 15 minutes
Allez allez, soyons clichés ce soir, et laissons-nous aller à la contemplation des cadeaux du ciel !
24 octobre 2006
Tel est pris ...
Dijon - Aujourd'hui
Je manque parfois un peu de jugement ...
23 octobre 2006
Le refuge ...
Dijon - Octobre 2006
Il fait froid, il pleut, je me sens seule. La rue est quasiment déserte, pourtant, une lumière palpite, et sous cette lumière, des gens rient, parlent, vivent. C'est un refuge pour les âmes perdues. Dois-je entrer ?
Merci F. pour m'avoir évité de chercher quel cliché poster !
22 octobre 2006
A deux doigts ...
Je vais bien, ne t'en fais pas
Philippe Lioret
J'étais un peu énervée en sortant de ce film. Non pas qu'il soit mauvais, non, "Je vais bien, ne t'en fais pas", est indiscutablement un bon film.
La mise en scène est extrêmement fluide, pudique, légère, bref fort jolie et discrète. L'interprétation est vraiment impeccable, (lumineuses actrices, Mélanie Laurent, fragile, Isabelle Renauld -que cette femme est belle-, Aïssa Maïga, légère comme une plume, et côté mâle, Kad Merad, sobre et Julien Boisselier, craquant).
Mais le scénario... Pourquoi alambiquer une histoire, qui aurait pu être simplissime ? Tous les trucs scénaristiques se sentent à 300 km à la ronde (enfin pas pour la nana derrière moi, qui visiblement avait des petits problèmes de compréhension), ils sont à la limite du crédible, et transforment ce qui aurait pu être un chef d'oeuvre sur un passage à l'âge adulte, accéléré par la disparition d'un frère, en un seulement bon film. Le fait qu'on attende Le truc, casse l'émotion à la base, et quel dommage !
Je vais bien ne t'en fais pas reste quand même hautement recommandable, m'enfin, soupir quoi ...
200 ème !
Aillac en Périgord - Août 2006
Et voilà, ça y est ! C'est la 200 ème ! Alors merci à tous de votre fidélité et de vos gentils mots, qui me touchent GRAVE ;-)
21 octobre 2006
Road Movie au Vitriol
Little Miss Sunshine
Jonathan Dayton & Valerie Faris
Ahhh que ça fait du bien de rire ! Sur les conseils, toujours très avisés de mon cher J., je suis allée voir Little Miss Sunshine. Je n'en avais nullement entendu parler, donc sans a priori.
LMS fait partie de ces films américains critiques et ironiques vis à vis du sacro-saint American Dream. Une famille, dans un "combi" (sorte de minibus) improbable, traverse les Etats-Unis pour que la benjamine (irrésistible petite gamine rondouillarde) de la famille participe à un concours de mini-miss.
Les personnages sont formidablement bien dessinés et interprétés (de l'oncle gay, suicidaire et spécialiste de Proust, au grand-père héroïnomane et obsédé). Le scenario, malgré quelques minuscules petites longueurs et facilités est un régal. C'est très joliment filmé avec un beau sens du cadre et des touches d'inventivité. On pense parfois à Jane Campion et Miranda July.
Le final est exceptionnel de drôlerie, après moultes péripéties, la gamine réussit à participer au concours de mini-miss et exécute sa chorégraphie ... réalisée par le grand-père. Bon je ne vous dirai rien de plus, de peur d'en trop révéler. Courez voir Little Miss Sunshine ! Allez hop !


















