Racines

24 janvier 2016

Chronique livre : Peindre, pêcher et laisser mourir

de Peter Heller.

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Non mais comment ils sont forts ces ricains quand ils s'y mettent. Dans son deuxième roman, le très prometteur Peter Heller, découvert en France grâce à la magnifique Constellation du chien, déploie à nouveau des trésors d'humanité poétique et rugueuse.

Un petit mot d'abord sur ce sublime titre français, Peindre, pêcher et laisser mourir (en VO, The Painter...), sorti d'on ne sait où, mais dont on bénit le créateur. Ce titre dit tout du roman et pourtant si peu à la fois.

Un peintre au passé chaotique, englué dans le deuil de sa fille qu'il n'arrive pas à négocier, s'isole pour peindre et pêcher dans un coin de campagne presque perdu. Au cours d'une virée de pêche, il sauve de la main brutale de son propriétaire, une petite jument. L'esprit naïf du lecteur se dit alors qu'on va avoir droit classiquement à une histoire de rédemption et d'acceptation de soi et de sa douleur par le sauvetage d'un être plus faible et fragile.

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C'est sans compter sur le tempérament légèrement sanguin de notre héros et  l'immense talent de Peter Heller qui nous entraîne dans une course-poursuite échevelée et déchirante, ponctuée par des pauses "pêche, peinture et flash-back" sidérantes d'audace et de beauté. Oui, il y a de l'audace à "casser" sa ligne narrative de cette manière-là, quand le mec à envie de pêcher, il largue tout pour pêcher, quand Peter Heller a envie de raconter le frétillement de la truite et le comportement de la mouche, il largue tout pour raconter le frétillement de la truite et le comportement de la mouche. L'auteur réussit à faire coïncider la forme de son roman avec la complexité de son personnage, sans chercher le confort pour le lecteur et les chemins balisés.

Ce qui bluffe dans ce roman, c'est sa capacité à révéler les nuances. Comme les peintures du héros, compositions faussement simples et naïves, Peter Heller réussit à superposer les couches de complexité dans les agissements de son héros, sans oublier d'ailleurs ses personnages secondaires, bigrement réussis. On est complètement fasciné notamment par le "traqueur vengeur", sorte de double négatif du héros, à qui on doit un final tout en ambiguïté.

Rugueux, mal peigné, parfois bancal, Peindre, pêcher et laisser mourir contient tellement d'intelligence, d'humanité, de finesse et d'honnêteté qu'on ne peut que hurler de joie et vous conseiller avec insistance la lecture de ce roman magnifique et poignant.

Trad. Céline Leroy.
Ed. Actes Sud.  

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22 janvier 2016

Les indispensables - Livres 2014-2015

Racines a peu de temps pour écrire depuis deux ans, mais lit (presque) toujours autant. Un petit créneau pour faire le point sur les 20 indispensables lus en 2014 et 2015. Il y a du beau, du magnifique et du sublime. Dans l'ordre alphabétique des titres.


L'ancêtre de Juan José Saer (Le Tripode)

Crash-test de Claro (Actes Sud)

Et quelquefois j'ai comme une grande idée de Ken Kesey (Monsieur Toussaint Louverture)

Far from the madding crowd (Loin de la foule déchaînée) de Thomas Hardy. (Epub, Collins classics)

Grosses joies de Jean Cagnard (Gaïa)*

L'histoire de Daniel V. de Pierre Brunet (Signes et Balises)

Histoire d'un Allemand de Sebastian Haffner (Babel)

Je viens d'Emmanuelle Bayamack-Tam (POL)

Krach de Philippe Malone (Quartett)*

Mécanismes de survie en milieu hostile d'Olivia Rosenthal (Verticales)

Minsk cité de rêve d'Artur Klinau (Signes et Balises)

Moo Pak de Gabriel Josipovici (Quidam éditeur)

Pas Liev de Philippe Annocque (Quidam éditeur)

La petite lumière d'Antonio Moresco (Verdier)

Le portique du front de mer de Manuel Candré (Joëlle Losfeld)

Les saisons de Maurice Pons (Christian Bourgois)

Le sanglier de Pierre Luccin (Finitude)

Soumission de Michel Houellebecq (Flammarion)

Une forêt d'arbres creux d'Antoine Choplin (La fosse aux ours)

22/11/63 de Stephen King (Le livre de poche)


* Chroniques disponibles dans l'indispensable Revue dissonances

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21 janvier 2016

Chronique livre : Victoria n'existe pas

de Yannis Tsirbas.

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Certains éditeurs sont là pour nous rappeler que la littérature, ce n'est pas seulement un grog au coin du feu, mais ça peut-être également un caillou pointu dans la chaussure. Quidam éditeur fait partie de ces rares précieux.

Point de confort dans ce court texte incisif nous provenant d'une Grèce qui n'en finit plus de criser. D'ailleurs, comment être confortable dans un quartier qui n'existe pas. Car Victoria est un quartier qui n'a d'existence que pour ses habitants. Dont cet homme, qui parle à cet autre, dans le train. Cet homme qui crache son quotidien, dans ce quartier misérable qui attire des étrangers, plus misérables encore. Ce quartier qui change, évolue, et devient à lui seul le symbole de toute la misère du monde. Mais le discours de l'homme est difficile à entendre pour les hommes aux bonnes intentions dont fait partie son auditeur forcé.

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Entrelacés dans ce monologue déroutant, quelques parcours de vie d'habitants de Victoria sont racontés, des destins brisés, violents, misérables.

Victoria n'existe sans doute pas, mais ses habitants oui. Et leur quotidien mérite qu'on s'y attarde, qu'on le prenne en considération, qu'on l'écoute. Et c'est la grande force de ce très court premier texte, brutal, inconfortable, nous forcer à écouter ce que ces hommes et ces femmes ont à dire. Un écrivain est né.

Trad. du grec par Nicolas Pallier
Ed. Quidam éditeur.

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20 janvier 2016

Chronique livre : Leurs contes de Perrault

de Gérard Mordillat, Frédéric Aribit, Alexis Brocas, Nathalie Azoulai, Cécile Coulon, Fabienne Jacob, Hervé Le Tellier, Leila Slimani, Emmanuelle Pagano, Manuel Candré, Christine Montalbetti.

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J'adoooooore les contes, j'adore qu'on me raconte des histoires. J'ai toujours été fascinée par les contes, ce matériau meuble, mouvant, qui ne demande qu'à être récupéré, trituré, malaxé, au gré de la volonté de celui qui le dit ou l'écrit. Les contes, et notamment ceux de Perrault, c'est le fondement de l'enfance, une part de l'inconscient collectif, les briques sur lesquelles on construit les murs.

Aussi, c'est toujours un grand plaisir de voir que l'esprit du conte, malgré le 2.0, résiste, que ce soit à la télévision (la très inégale mais intéressante série Once upon a time), mais aussi donc dans la littérature avec cette prometteuse compilation de revisites des contes de Perrault par une belle brochette de fines plumes de la littérature française.

9782714469045

Le titre est beau, tout d'abord. Leurs contes de Perrault, c'est une promesse de réappropriation, un espace de liberté accordé aux auteurs. L'exercice est clairement à moitié réussi. Certains auteurs semblent avoir du mal avec ce processus de réappropriation et se débattent avec leur propre production : des textes assez peu inspirés et parfois franchement maladroits malgré quelques bonnes idées par-ci par-là. D'autres brillent cependant dans l'exercice.

 

Les deux papous Hervé Le Tellier et Gérard Mordillat survolent l'exercice et on en attendait pas moins d'eux. Drôle (sacré Riquet) ou bigrement mystérieux (on cherchera activement Andres Delajauria sur internet) leurs textes, sont judicieusement placés dans l'ouvrage, en introduction et au milieu du volume, lui servant de piliers.

La fin du volume réserve également deux belles surprises. Tout d'abord le texte sombre, totalement inattendu d'Emmanuelle Pagano, revisite du conte en vers Griselidis, avec cette violence quotidienne sourde totalement insupportable qui donne envie de hurler. Enfin avec le très beau texte de Manuel Candré, mêlant de manière taquine Poucet et Ulysse, dans une célébration joyeuse et enchanté de toutes ces histoires qui nous construisent. L'esprit du conte n'est pas encore mort.

Ed. Belfond.

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14 novembre 2015

Chronique livre : Charøgnards

de Stéphane Vanderhaeghe.

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Que veut dire longtemps face à la défection du temps ?

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Etonnant et paradoxal ce Charøgnards qu'on n'imagine guère mieux logé ou logé ailleurs que chez le précieux Quidam.

Paradoxal parce que ça comment plutôt mal, du moins pas très bien avec ces "ouvertissemens" initiaux. C'est bien fait et certes très maîtrisé, mais bon, cette déformation de la langue, on a l'impression de l'avoir déjà lue, réminiscences de Russell Hoban (Enig marcheur) ou dans le domaine francophone d'Andréas Becker (L'Effrayable, Nébuleuses) ou encore dans une moindre mesure chez Alain Damasio et sa très intéressante Horde du Contrevent.

charognards_plat1-a640c648f487bf496e746cf0bdc05f0fMais passons ce préambule peu convaincant pour atteindre le coeur du texte. Là c'est tout de suite plus intéressant. Alors évidemment cette histoire d'un village progressivement envahi de volatiles, c'est également ultra-référencé (Alfred H. sors de ce corps), voire faire écho à des publications plus récentes (l'étrange Cité des oiseaux d'Adam Novy). Mais pourtant, l'auteur réussit à faire naître une réelle étrangeté bien au-delà de ses références. Le narrateur, marié et père, commence à rédiger un journal pour relater les événements avicoles. Il souhaite rester dans le village, sa femme souhaite partir et bientôt part. Ou plutôt disparaît. En fait, on ne sait pas vraiment ce qui lui arrive. Les oiseaux sont là, se multiplient, mais ne font rien d'autre, présence passive et suffocante.

Les mots seuls ne me suffisent pas mais c'est tout ce qu'il me reste à présent.

charognards3Pourquoi cet homme s'obstine t'il à rester dans ce village progressivement envahi ? Il reste oui, et se raccroche à tout ce qui lui reste, les mots et la langue. Et son journal se fait alors le témoin moins des événements que de sa recherche méthodique de sens dans le texte. Comprendre, témoigner, fouiller, extirper du sens aux mots pour extirper du sens tout court. A coup d'inventaires minutieux des objets de sa maison, l'auscultation scrupuleuse d'étiquettes de cosmétiques, l'homme écrit et divague.

charognards2Il y a parfois des longueurs, des afféteries de quelqu'un qui écrit un peu trop bien, mais il y a aussi souvent des trouvailles magnifiques, des incursions poétiques renversantes, des inventions typographiques malignes comme tout (ahhh le disparition progressive du j et donc du je !!). Bref, il y a des milliers d'idées, et sans doute même un peu trop pour ne pas frôler parfois la démonstration.  Mais on oublie assez vite tant cette richesse force le respect. Richesse aussi dans les interprétations possibles de ce texte : une infinité. Je ne m'amuserai pas à vous exposer la mienne, de peur de ne pas vous aider à trouver la vôtre.

Agaçant, foisonnant, ambitieux, inventif et parfois touché par la grâce,  Charøgnards n'a rien d'un livre confortable et réussit en tous cas excellemment à éviter chez le lecteur l'éveil du pire sentiment qui soit face à un livre : l'indifférence.

Ed. Quidam éditeur.    

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13 novembre 2015

Chronique livre : Pas Liev

de Philippe Annocque.

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C'était peut-être tout simplement le signe que l'on mesurait sa faculté de comprendre à sa juste valeur, c'était peut-être tout simplement le signe qu'il était reconnu, lui, Liev, pour ce qu'il était : un homme intelligent à qui l'on n'avait pas besoin d'expliquer les choses par le menu pour qu'il les comprenne.

 

PasLiev-300x300Il ne faudrait tout de même pas prendre des vessies pour des lanternes. Liev n'aimerait pas ça s'il s'en apercevait. Le problème c'est qu'on ne peut pas vraiment être certain qu'il s'en aperçoive. Et ce serait sans doute beaucoup mieux comme ça.

Parce que Liev est un monsieur très bien et très comme il faut dans un costume (veste + pantalon assorti = costume). Il arrive à Kosko pour devenir le précepteur des enfants de la maison. Mais le problème, c'est qu'ils ne sont pas là. Voilà qui est fort contrariant. Surtout pour Liev. Parce que Liev a un petit peu de mal avec la réalité, il a des difficultés à saisir ce que les gens lui disent. Heureusement que Liev est très intelligent, alors grâce à son grand sens de la déduction, il comble les blancs entre ses point d'accroche au réel avec ce qui lui semble le plus logique. Mais Liev a surtout beaucoup plus d'imagination que de logique.

Du temps et du lieu manquaient.

72dpi-site-couvpasliev-805f880f4e6c1b18103095c0546a492fPhilippe Annocque réussit à choper le lecteur dès la première page, de son écriture légère et légèrement décalée. Le roman commence de manière assez classique même si derrière les questions que se pose Liev, on sent que quelque chose grince et déraille. Mais déraille jusqu'à quel point ? Difficile de le savoir car c'est bien le point de vue de Liev qui nous ait donné ici. Et au début, il peut s'entendre. Puis le récit se dédouble, puis le récit se multiplie comme des Mogwai qu'on aurait mouillé par inadvertance. Qu'est-ce qui est vrai ? Qu'est-ce qui est faux ? Mazette, quel jeu de piste.

On est aussi infiniment touché par ce Liev profondément seul et qui n'appartient à aucun monde, et finalement même pas au sien. Précepteur sans enfant à instruire, amoureux sans fiancée à aimer, Liev ne comprend rien d'une société qui ne le comprend pas. Redistribuer les cartes en permanence tout en réussissant à construire un récit portant en lui une progression dramatique, voilà le tour de force de Philippe Annocque, qui se place ainsi sous la tutelle heureuse de Beckett, Karinthy et Kafka. Acrobatique, poignant et réussi.

Ed. Quidam éditeur.

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10 octobre 2015

Chronique livre : Crash-test

de Claro.

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"vous êtes ::: le dépassement, l'expérience des parallèles"

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Ouvrir un livre de Claro, s'est se soumettre au vertige et à la peur de perdre pied. S'est aussi prendre le risque de s'ouvrir à un univers plus grand et plus intense dans lequel chaque détail revêt le poids du monde.

Crash-test s'ouvre donc par son titre, cette collision entre l'hommage au maître de la tôle et du sexe (J. G. Ballard, je te salue) et ce test fondateur de l'écriture de Claro, maître de l'expérimentation et de la trituration de la langue.

Trois histoires, Crash, Porn, Strip, ou plutôt trajectoires, qui se croisent et se percutent, montent et descendent dans l'effervescence des années 70. On est dans l'air de l'industrialisation de masse, de la démocratisation de la consommation et de la désincarnation progressive, symbolisées ici par ces trois trajectoires de métal, de sang et de cul. Celui-ci enfourne des cadavres à peine froids dans des voitures destinées à la désintégration pour que d'autres puissent rouler en toute sécurité dans leur cercueil de fer, celui-là bâtit son enfance sur des magazines pornos pour échapper à la violence alcoolisée familiale, celle-là s'effeuille en racontant la vie de Linda Lovelace et la naissance du porno moderne. Trois histoires distinctes donc, mais qui pourtant entrent en résonance et dont les frontières, malgré la rigueur du chapitrage (je déteste ce mot), sont floues et poreuses.

Au-delà de l'intelligence du fond (chaque phrase pourrait grosso modo donner lieu à une thèse de 800 pages) et de la construction claire, précise, tranchante, mais vivante et mouvante, c'est l'audace de l'écriture qui envoie du lourd. Claro se permet absolument tout, du récit presque linéaire à l'explosion totale de la langue. C'est sublime, inventif et profond. On s'émerveille à chaque page de la manière dont tout glisse, puis se rattrape et martèle, se pose et s'enfuit. C'est de la poésie pure, mais c'est aussi un roman, un roman sur hier, mais ultra-contemporain, et qui donc ne fait que parler d'aujourd'hui et de demain.

Avec Crash-test, Claro réussit à trouver une espèce d'équilibre aussi magnifique qu'instable entre son courant expérimental (Plonger les mains dans l'acide) et ses aspirations romanesques (Tous les diamants du monde), une grande réussite. Et puis quiconque réussit à glisser le mot "cheddar" dans un texte ne peut pas être foncièrement mauvais.

"—s'absenter silence—"

Ed. Actes Sud

Plus de Claro.
Plus d'Actes Sud.

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03 octobre 2015

Chronique livre : Une forêt d'arbres creux

d'Antoine Choplin.

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Les forêts portent les espoirs, il se dit. Elles ne trompent pas. On n'a jamais rapporté le cas d'une forêt d'arbres creux, n'est-ce pas?

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Voilà un livre qui aborde un sujet exemplaire et bouleversant, écrit de manière totalement exemplaire et bouleversante. Le ghetto tchèque de Terezin en 1941. Un caricaturiste, Bedrich Fritta, sa femme et son enfant y sont enfermés. Le lecteur suit Bedrich dans sa découverte du camp, son installation dans les dortoirs, dans le cabinet de dessins techniques qu'il va diriger, et dans ses actes de résistance souterraine qui vont le conduire à la mort.

Antoine Choplin décrit les scènes comme on décrirait un tableau, s'appuyant sur les détails, s'immergeant dans la vie et la vision de Bedrich ou ce qu'elle a pu être. Comment témoigner des horreurs que l'on vit et que l'on voit ? Bedrich s'y attelle de la seule manière possible pour lui et dessine clandestinement, en compagnie de ses camarades d'atelier, la vie au camp.

Il n'y a pas grand chose dans ce livre, et pourtant il y a tout. La puissance de l'écriture d'Antoine Choplin révèle plus qu'elle ne raconte. Tout y est d'une justesse absolue, chaque mot à sa place, avec pudeur et force. On n'est pas dans le réalisme ici pourtant, ni dans le naturalisme, mais plutôt dans une approche sensible des choses, qui s'attache autant à ce qui est vécu qu'à ce qui est ressenti. C'est ça qui est bouleversant, d'être immergé dans l'esprit de cet homme et de ses espoirs intérieurs, cette flamme de vie qu'il refuse d'étouffer, et qui rejaillit au travers de cet acte dérisoire et magnifique de dessiner l'interdit.

Antoine Choplin nous ferait presque croire qu'effectivement, on n'a jamais vu de forêt d'arbres creux. Sublime.

Ed. La fosse aux ours

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26 septembre 2015

Chronique livre : Les maîtres du printemps

d'Isabelle Stibbe.

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Tout commence par une magnifique citation de Neruda et un titre qui s'y réfère, autant dire que tout commence bien. Les maîtres du printemps est un roman choral. Les voix de trois personnages s'y mêlent pour raconter la Lorraine d'aujourd'hui, ses hauts fourneaux qui ferment, ses luttes et ses espoirs. Il y a d'abord le syndicaliste charismatique, le politicien bien intentionné et l'artiste qui trouve son inspiration dans la lutte et la fonte en fusion.

Isabelle Stibbe réussit assez bien cet exercice compliqué de donner vie, par l'écriture, à ses trois protagonistes et par leur voix, de donner la parole à la Lorraine et à cette usine, fascinante. C'est d'ailleurs ça qui séduit clairement le plus dans ce roman, la façon de poétiser, de sublimer, et ça, sans jamais tomber dans le mièvre, les hauts fourneaux, leur fonctionnement, et la façon dont ils catalysent la vie autour d'eux, dont ils façonnent les gens, les organisent.

Il est rare aujourd'hui d'oser s'attaquer à ce type de sujet, à la fois littéraire, politique et humain, les Hugo et Zola sont morts depuis longtemps. Cette audace et la sincérité de l'écriture d'Isabelle Stibbe lui rendent justice, et font de ces Maîtres du printemps, un roman tout à fait irréprochable. Isabelle Stibbe convainc cependant beaucoup plus quand elle parle d'Art, d'hommes ou de société, que de politique. Il y a du souffle et du coeur dans son approche des hommes qui rejaillissent dans son écriture. Pour les discours politiques de ses personnages, on frôle tout de même la caricature, même si aujourd'hui malheureusement, la réalité dépasse de loin la fiction dans l'absurde.

Les maîtres du printemps est un roman tout à fait recommandable, touchant, sincère, qui fait du bien, et malgré ses quelques maladresses, on n'a clairement pas envie d'en dire du mal.

Ed. Serge Safran éditeur

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13 septembre 2015

Chronique livre : Le metteur en scène polonais

d'Antoine Mouton.

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(...) car s'il y avait un destin, les choses, les êtres et les événements de ce monde étaient liés entre eux, (...) seule une phrase longue et complexe pouvait donner l'idée des connexions que le destin leur imposait d'établir (...)

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On avait quitté Antoine Mouton en poète au romantisme fou et échevelé dans Les Chevals morts, on le retrouve ici en marathonien de la phrase, en horloger de la syntaxe, en maestro de la construction grammaticale.

Pourtant, dès le départ, une sensation de déjà-lu s'accroche méchamment aux synapses. Ces phrases longues, à tiroirs multiples et poupées russes, cet humour, on est dans Bernhard et Chevillard à la fois, mâtiné d'un peu de Beckett et d'une pointe de Karinthy. Que du beau monde me direz-vous. Certes. Et c'est tout à fait plaisant, voire réconfortant, de voir un jeune auteur atteindre ce niveau de maîtrise de la langue et la liberté avec laquelle il la manie derrière cette forme contraignante.

Mais où est passé le romantisme échevelé se demande-t-on ? La passion, la folie ? Progressivement, cette histoire gentiment loufoque d'un metteur en scène polonais légèrement dépassé par la polymorphie de sa création commence pourtant à faire sens et matière. Le foisonnement de pensées, imbriquées, ressassées, et exposé dans ces phrases immenses et bourgeonnantes, se resserre autour d'un point minuscule, un court espace de temps dans la vie du metteur en scène polonais, et de sa femme, qui d'ailleurs à l'époque ne l'était pas encore, et aboutit à l'inéluctable, que pourtant personne ne semble avoir vu venir.

Antoine Mouton réussit, grâce à cette catalyse, à éviter l'exercice de style intégral, absolument parfait mais un peu vide. En déployant un système à la Nolan (Inception, Inerstellar), un foisonnement causé par, quoi d'autre que l'amour fou, Antoine Mouton pose par la même occasion une pierre dans le paysage littéraire français. De la ruse et du cœur.

Ed. Christian Bourgois.

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Chronique livre : Bleu de travail

de Thomas Vinau.

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Les arbres se gonflent et se dégonflent. Ils expirent le vide froid. Les branches sont des bronches. Poitrine de lumière. Et le ciel qui ronfle. Et nos peines soufflées. Là.

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Après le délicat et irréprochable Ici ça va, Thomas Vinau revient dans ce Bleu (ou blues?) de travail, particulièrement séduisant. A nouveau on retrouve cette écriture de bribes et d'éclats, d'instants suspendus ou même l'immatériel devient sensations. Sans doute moins policé qu'Ici ça va, moins immédiatement aimable, plus irrégulier, Bleu de travail séduit cependant davantage par ses fulgurances poignantes.

Un jour ou l'autre tu te rends compte qu'il y a un monde autour de toi. Et que ce monde est en train de hurler.

Il s'est insinué dans l'écriture de Thomas Vinau, toujours maîtrisée et très belle dans sa simplicité, un brin de douleur, de froid et d'humour salvateur. Le temps qui passe et la peur qui en découle irriguent ce Bleu de travail de manière discrète mais fondamentale. La frontière entre prose et poésie perd ici tout son sens entre éclats d'haïku et pieds dans la boue.

Nous sommes les petites braises qui couvent leurs désastres. Nos minuscules chaleurs.

Le livre en lui-même est également particulièrement séduisant, avec cette belle reproduction de Deineka en couverture. Un interlude, beau et touchant, avec juste cette pointe de trouble, inconfortable mais si nécessaire.

Ed. La Fosse aux ours

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Chronique livre : Atlas des reflets célestes

de Goran Petrović.

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Comme la fantaisie était la denrée dont nous disposions en abondance, nous avons décidé de nous opposer au Vide avec la seule chose qui ne risquait pas de nous faire défaut.

 

atlasdesrefletscelestes800Fantaisie, c'est effectivement le terme qui s'impose à la lecture de cet Atlas des reflets célestes. Goran Petrović ne s'interdit rien et déploie des trésors d'inventivité pour nous raconter cette histoire sans toit ni loi.

Une maison abritant une bande de huit colocataires un peu farfelus. Nos protagonistes décident que tout de même, un toit ce n'est pas pratique pour regarder le ciel. Alors, ni une ni deux, ils l'enlèvent. Ce qui n'est pas sans provoquer quelques désagréments, mais plus que l'eau du ciel, c'est plutôt la salive des voisins qui leur donne du fil à retordre. Voilà le fil de l'histoire, mais qui n'est guère qu'un fil parmi une toile beaucoup plus vaste, un tissage chatoyant, une tapisserie lunaire.

Composé de courts chapitres, agrémenté chacun de la description d'une œuvre d'art réelle ou fictive, il est agréable de se perdre dans cette géographie de l'imaginaire, même si le labyrinthe est parfois particulièrement ramifié. La liberté, l'extravagance, l'originalité de la forme, l'attention à ses personnages qui grandissent, apprennent, franchissent des caps séduisent et touchent le lecteur. Par ailleurs le travail de l'éditeur sur l'objet-livre est tout à fait séduisant, la beauté du papier crème, cette première page rouge, c'est vraiment du bel ouvrage. Une belle découverte donc, la tête dans les nuages.

Ed. Les éditions noir sur blanc
Coll. Notabilia

Trad. Gojko Lukić

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19 avril 2015

Chronique livre : Minsk cité de rêve

d'Artur Klinau.

J'aimais observer les façades de la Ville Jaune, y repérer des absurdités invisibles pour le passant pressé, mais manifestes pour quelqu'un qui étudiait la logique de l'architecture.

minskChers lecteurs. Les livres inachevés s'empilent sur ma table de nuit. Mes auteurs et mes éditeurs préférés me tombent des mains. Je baille d'ennui au bout de quinze pages si l'étincelle n'a pas déjà eu lieu. Non non, ne vous méprenez pas. La littérature n'est pas morte. Je n'ai juste pas la tête à ça en ce moment. Aussi quand une petite pépite me tombe dans les mains et me passionne de bout en bout, la surprise n'en est que plus éclatante et mérite que je me fende d'un petit billet.

Nouvelle publication de la toute jeune mais déjà grande maison d'édition Signes et balises, Minsk cité de rêve séduit d'abord par son petit format pratique, son esthétique épurée, la douce couleur de son papier (légèrement jaune comme la ville elle-même ?). Puis la découverte, une petite vingtaine de photos pleine page, disséminées dans le texte, de la ville de Minsk. Que voulez-vous, moi les images dans le texte, depuis que je suis toute petite, ça me fait craquer. Je cherche à reconstituer l'histoire par anticipation en sautant d'une illustration à l'autre, Jules Verne, Théophile Gautier et la Comtesse de Ségur, ils y sont tous passés à la moulinette de mes réinventions romanesques anticipées. L'exercice est bien entendu un peu plus acrobatique avec le magnifique Minsk cité de rêve. Entrecroisant dans de courts chapitres souvenirs et histoire de la ville, l'auteur emmène le lecteur dans une déambulation dans le temps et dans l'espace. La ville de Minsk se construit et prend vie sous nos yeux, de son architecture à ses habitants, de sa géographie à ses histoires. Travail d'orfèvre, le texte construit, déconstruit, reconstruit patiemment chaque recoin de la ville dans une prose poétique et entêtante.

J'aimais rechercher dans le texte de cette ville les étranges messages chiffrés qu'une main inconnue avait composés à l'intention d'un lecteur inconnu.

Artur Klinau joue des répétitions et du martèlement dans cette Cité du soleil située dans le Pays du bonheur. C'est un discours lancinant qu'on lui a appris, il y a du soleil au Pays du bonheur et on est heureux dans la Cité du soleil. Les Palais y sont majestueux, les places immenses, les statues fantastiques et les parcs accueillants. Mais progressivement, le discours et les murs se fissurent, le labyrinthe se complexifie. Il y a quelque chose du nouveau roman dans cette manière d'aborder la ville par sa géographie et son architecture. Mais pourtant ici il n'y a pas volonté de perdre, mais plutôt de révéler. Les façades et les moulures deviennent discours politique, l'éclat de leur face et surtout le délabrement de leur pile. Je ne vous en dit pas plus, je préfère vous laisser découvrir.

Passionnant, magnifiquement écrit et traduit, d'une rare intelligence, Minsk cité de rêve est une lecture salutaire et indispensable. Alors, qu'est ce qu'on fait maintenant ?

Ed. Signes et Balises.
Trad. (du russe) Jacques Duvernet.

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15 mars 2015

Chronique livre : Les autres histoires d'amour

de Lucian Dan Teodorovici.

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lesautreshistoiresRacines est décidément du côté de l'amour ces temps-ci. Après la délectable catastrophe que constituait Cinquante nuances de Grey, voici Les autres histoires d'amour, un recueil de nouvelles originales et touchantes qui nous viennent tout droit de Roumanie.

Les autres histoires d'amour ce sont ces histoires d'amour finalement banales, habituelles, même si jamais rien n'est banal dans l'amour. Disons que Les autres histoires d'amour ce sont toutes celles dans lesquelles il n'y a pas de prince et de princesse, juste toi, moi, le voisin de pallier. C'est l'anti Fifty shades.

De ce recueil de nouvelles, dont certaines d'ailleurs se répondent et font jouer les mêmes protagonistes, émane une grande mélancolie. Les personnages s'interrogent sur leurs amours, se remémorent d’autres histoires d'amour ou découvrent les secrets amoureux d'inconnus. Il y a une espèce de distance là-dedans, de détachement qui fait beaucoup penser l'écriture de Jean Cagnard. L'écriture est simple, presque abrupte par moment dans son dénuement, cette volonté de dégraisser au maximum comme finalement en dire plus avec moins. Il n'y rien de lourd ou d’asséné dans cette écriture qui prend le parti-pris de la distance et de l'ironie discrète. Et si elle déstabilise un peu au début, ça fonctionne plutôt bien sur la durée. Ça fonctionne d'autant mieux que la lecture nous permet de retrouver des personnages abandonnés le temps de quelques autres nouvelles. Les personnages prennent donc progressivement corps et épaisseur à mesure que reviennent leurs pensées, leurs souvenirs. Cet homme marié a perdu sa précédente compagne dans un accident de voiture, le passé de sa femme resurgit en pleine nuit de noces, cet acteur utilise les rôles qu'il joue pour pouvoir verser ses larmes à lui et vider son cœur gros.

Et pourtant, l'auteur tient le tragique à distance, il évoque plutôt qu'impose la peine et la souffrance, pour ne retenir finalement que la vie malgré tout, qui continue comme elle peut malgré l'amour et les blessures d'amour. Incisif et tendre, Les autres histoires d'amour intéresse, intrigue et interroge. Une très belle découverte.

Ed. Gaïa Trad. du roumain Laure Hinckel.

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01 mars 2015

Chronique livres et film : Cinquante nuances de Grey

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Fifty shades of Grey/Darker/Freed de E.L. James
Cinquante nuances de Grey réalisé par Sam Taylor-Johnson

fiftyPartout on en parle, à la cantine, devant la machine à café, dans les journaux et à la télé. On en parle même en famille entre le fromage et le dessert. Tout le monde ne l'a pas vu ou lu, mais on en parle quand même. Ce sont ceux qui finalement ne s'y sont pas frotté qui en parlent le plus, le plus souvent pour cracher leurs glaires, les autres se taisent, mentent par omission ou défendent du bout des lèvres ce qui pourtant les a faits rêver pendant quelques temps. Cinquante nuances de Grey est un vrai phénomène de culture populaire, qui s'affranchit des classes sociales, qui s'infiltre partout et colonise tous les milieux et toutes les discussions. So, Mr Grey, to what do you owe your success ?

Dans un monde moderne assez uniformément désenchanté et introspectif, Cinquante nuances de Grey prend radicalement le parti du conte contemporain et du roman initiatique et réaffirme inconsciemment et naïvement le droit au réenchantement. Le livre pourrait commencer par Il était une fois. Il était une fois donc une fille un peu lambda (Ana) qui rencontre un beau prince riche comme crésus (Christian). Mais ici, il n'y a pas de belle-mère revêche, seulement une pseudo méchante sorcière. Freud est passé par là et les obstacles ne viennent plus seulement de l'extérieur, mais de l'intérieur. Le beau prince est torturé, et la jeune fille un peu lambda va devoir exorciser les démons de son prince. Il y a bien évidemment de la Belle au bois dormant là-dedans, où le baiser du prince réveille les ardeurs sensuelles de la belle endormie. On pense également bien sûr à la chambre secrète de Barbe bleue (I was bored and curious dit Ana prise en flagrant délit de farfouillage dans la salle de jeux, That's a very dangerous combination répond Christian) avec la playroom SM de Christian qualifiée plusieurs fois de "womb like" par Ana, soit quelque chose de féminin et matriciel. Les fouets et les plugs anaux remplacent ici les rouets et les pantoufles de vair, le dressing de la jeune fille remplace la baguette magique de la fée de Cendrillon, et les problèmes d'estime de soi de la part des deux protagonistes nous projettent directement dans l'univers de la bête et la belle (qui est la belle, qui est la bête d'Ana et de Christian dans Fifty shades ?). Ces références, implicites, probablement inconscientes, mais pourtant évidentes irriguent l'ensemble du livre et réveillent chez le lecteur tout un imaginaire enfantin, tout un socle culturel pétri d'obstacles mais surtout de rêves, d'amour et d'espoir que la vie quotidienne se charge de museler. Il y a donc quelque chose d'assez puissamment efficace dans cette trilogie, cette volonté obstinée, naïve, volontaire, enjouée et enfantine de ramener de la magie et du rêve dans la tête des lecteurs et de réaffirmer le pouvoir de la fiction. Et on pense à Ana qui inlassablement demande à Christian pourquoi tout ce luxe ? Et Christian de répondre inlassablement Because I can. Pourquoi aujourd'hui raconter une histoire d'amour mille fois déjà lue ? Eh bien parce que c'est possible et que c'est fun.

fifty-filmAlors évidemment, on ne peut pas uniquement réduire le succès de Fifty shades au seul recours au conte et à l'imaginaire du conte. Une autre explication de l'immense succès de cette trilogie repose évidemment sur son utilisation de l'érotisme et du sexe comme appât. Mais non pas un érotisme du bout de la plume, non, un mélange étrange, une insertion de la crudité et du BDSM dans le fantasme. Car on n'est pas non plus ici dans le réalisme mais toujours dans le conte, dans un sexe et des pratiques absolument fantasmés, faussement dangereux et véritablement érotiques. Ana n'a jamais connu le loup mais réussi à enchaîner les orgasmes à la vitesse de l'éclair, Christian enflamme sa partenaire au moindre coup d’œil et réussit à lui faire quinze fois l'amour en une heure, Ana est toujours oh so ready et accueille toujours avec un enthousiasme jamais démenti (et la lectrice de se demander mais bon sang elle n'a jamais de brûlures vaginales????) son partenaire et ses accessoires. L'auteur s'affranchit donc ici aussi complètement du réalisme pour proposer une vision purement projetée du sexe. Elle grattouille dans les fantasmes les plus banals et communs et qui finalement restent relativement sages. L'approche de ces scènes gardent cette espèce de naïveté et d'enthousiasme qui irrigue l'ensemble de la trilogie. Ici le sexe fait globalement beaucoup de bien, délivrance et plaisir, moyen de communication. La vision est positive et décomplexée et si de la culpabilité et du tabou persistent encore dans les deux premiers tomes, la fin du dernier tome résolument optimiste (ils vécurent heureux et eurent beaucoup d'enfants) tend vers l'acceptation joyeuse et érotique des pratiques particulières de Mr Grey.

D'un point de vue littéraire, il n'y a évidemment pas grand chose à trouver dans Fifty shades. La lecture en version originale permet de faire passer la pilule de la médiocrité de l'écriture, grâce à la vitalité et au côté ludique de l'anglais parlé et de son vocabulaire populaire qui personnellement me met en joie. Mais ça reste beaucoup trop long et globalement très mal écrit. Une des forces de la construction, mais qui finit par être lassante au bout du troisième tome, réside dans la manière dont l'auteur joue des répétitions. Elle dissémine dans son texte quelques phrases qui sont répétées à l'envi, des phrases et expressions courtes, simples, mais qui finissent par s'insinuer dans l'esprit du lecteur et provoquent un étrange phénomène d'addiction. Il y a également quelque chose du conte dans cette façon de procéder, de répéter inlassablement ces motifs récurrents. L'habituation permet paradoxalement de se sentir chez soi au sein du conte, de cet univers fantasmé et cathartique, et du coup étrangement familier.

Le film a d'ailleurs complètement choisi ce parti-pris du conte initiatique et érotique, en expurgeant le livre de ses scènes trop crues et visiblement, ça fonctionne toujours, du moins pour les fans dont la mémoire et l'imaginaire peuvent tricoter autour des scènes projetées. Plutôt bien interprété et servi par une bande originale particulièrement maligne et efficace, le film mériterait cependant d'être vu à mon sens à distance de la lecture du livre pour pouvoir réussir à en parler avec un minimum d'objectivité (ce qui est bien sûr l'absolu fond de commerce de ce blog de mauvaise foi).

Mal écrit, souvient ridicule mais pourtant diaboliquement efficace et viral, Fifty shades, c'est un peu le livre qu'on déteste adorer, qui nous empêche de dormir la nuit et qui, le temps de quelques semaines, réenchante le quotidien. Parfois, il faut juste assumer d'être une putain de midinette, et d'imaginer que peut-être quelque part, il y aura peut-être quelques shades of Grey qui nous susurreront à l'oreille après nous avoir fait l'amour : We aim to please, Miss A.

Ed. Arrow books

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01 février 2015

Chronique livre : Soumission

de Michel Houellebecq.

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De même, un livre qu'on aime, c'est avant tout un livre dont on aime l'auteur, qu'on a envie de retrouver, avec lequel on a envie de passer ses journées.

soumissionJe sens déjà les quolibets, les ricanements goguenards, le froncement de sourcils, la moue un peu dégoutée de certains de mes lecteurs. Mais voilà. Soumission est un excellent livre, infiniment drôle, intelligent, lucide et désespéré.

La Carte et le territoire ne m'avait pas totalement convaincue, brillant certes, mais aussi relativement barbant. Rien de tel ici grâce à une construction au cordeau, une dramaturgie implacable. Michel Houellebecq mêle avec brio les divagations universitaires à propos de Huysmans de son protagoniste, professeur de littérature à la fac, et récit des événements politiques qui bouleversent la France. Cette étude de l’œuvre de Huysmans, l'étude de toute une vie, sert de moteur à l'action et de révélateur au narrateur.

Que l'histoire politique puisse jouer un rôle dans ma propre vie continuait à me déconcerter, et à me répugner un peu.

Nous sommes en 2022. Notre professeur a passé toute sa vie dans le cadre scolaire, dans l'étude d'un auteur. Le reste de sa vie est également cadré, encadré, de manière consciente ou inconsciente : parties de baise avec les étudiantes, sorties au centre commercial, visites touristiques téléguidées. Soumis à son étude, son train-train, la codification du quotidien. Mais l'étude s'achève et la codification du quotidien change. La politique a changé, le cadre a changé et d'une soumission à l'autre, le professeur s'adapte, car finalement, libre il ne veut pas l'être.

Je ne sais plus qui a écrit que Soumission ne disait rien de demain, mais beaucoup d'aujourd'hui. C'est tout à fait juste. Soumission dit aussi beaucoup de la faiblesse de l'humain et de son besoin de cadre, de se raccrocher à quelque chose de simple, confortable, codifié. Le roman apparaît ainsi comme le parcours d'un gars finalement assez médiocre dans un contexte politique changeant.

Soumission est irresponsable, provocateur, sans doute, drôle, irrévérencieux, sans aucun doute, intelligent et émouvant absolument et donc quelque part indispensable.

Je n'avais même pas envie de baiser, enfin j'avais un peu envie de baiser mais un peu envie de mourir en même temps, (...)

Ed. Flammarion

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26 janvier 2015

Chronique livre : Je viens

d'Emmanuelle Bayamack-Tam.

Mon père m'a tuée, mais c'est ce que font tous les pères. Mon père m'a tuée, mais ma mère avait commencé avant, et comme je ne suis pas morte, on a bien le crime parfait (...).

jeviensIl fallait bien ça, l'énergie irrésistible de l'écriture d'Emmanuelle Bayamack-Tam, pour me redonner le goût d'écrire. Je viens ne constitue certes pas le choc monumental qu'avait été Si tout n'a pas péri avec mon innocence, la découverte de ce bouillonnement littéraire, ce jaillissement de vie mal-poli et irrésistible. Mais tout de même.

En introduisant la dépareillée Charonne au sein d'une famille de la grande bourgeoisie marseillaise, l'auteur introduit la différence qui fait peur, l'outrage de la couleur et des kilos, l'éléphante dans une maison de porcelaine. Adoptée à cinq ans par des parents stériles et quasiment incestueux Charonne doit user de toute son énergie vitale, son humour et son intelligence pour se construire une vie. Trop noire et trop grosse pour être aimée par son grand-père, trop vivante pour être aimée par sa mère, trop détestée par sa mère pour être aimée par son père, Charonne ne trouve un minimum d'affection qu'auprès de sa frêle et blonde grand-mère d'adoption, Nelly. Nelly qui fût une star, deux fois épouse mais à peine une mère, Nelly qui a décidé de ne garder de ses années passées que les couleurs claires, mais qui peine à continuer à vivre entre son mari gaga et Gladys, sa fille haineuse.

Le livre est composé de trois parties, trois récits de la part de ces trois générations de femmes : Charonne d'abord, Nelly puis enfin Gladys. Dans ces trois parties passé et présent se mêlent, mais l'histoire progresse cependant de récit en récit, jusqu'à ce final suspendu entre la vie et la mort, entre la haine et l'amour.

Ce qui est unique dans l'écriture d'Emmanuelle Bayamack-Tam c'est vraiment cette énergie décoiffante, d'un humour terrible et sans concession. Elle se permet tout, et tout passe. Tout passe parce qu'il n'y a pas là-dedans, ou plutôt il n'y a pas dans l'écriture, une once d'aigreur et de haine. Les personnages peuvent l'être, à l'image de la morne Gladys à la rancœur qui frise l'auto-combustion, à l'image de cette galerie de connards racistes, plus abrutis les uns que les autres. Le livre montre ainsi une panoplie quasiment infinie des bassesses humaines, mais par un tour de passe-passe quasiment miraculeux, l'écriture désamorce par sa force vitale tous les traquenards et les petitesses de l'existence, de ces existences ridicules et flamboyantes.

Je viens (quel beau titre, tout en mouvement et multiples sens !) se place ainsi dans le sillon de la jeunesse et de l'innocence. Pas l'innocence subie, mais de l'innocence voulue, qui a vécu, mais qui choisit de résister. Charonne en est un symbole des plus éclatants.

J'attrape leurs mains respectives, celle de Gladys cramponnée au bord de la table et celle de Régis mollement posée dans son giron, puis sous l’œil expert en amour filial de Mme la directrice, je les porte à mes joues rebondies.

Ed. P.O.L

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04 décembre 2014

Chronique livre : La très bouleversante confession de l'homme qui a abattu le plus grand fils de pute que la terre ait porté

d’Emmanuel Adely.

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moi je préfère être complètement mort en morceaux plutôt que de me balader avec un demi-sac de burnes t'en penses quoi toi

latresbouleversanteJ’ai lu ce livre il y a un sacré bout de temps, mais les récents événements m’ont donné envie de vous en parler rapidement. La très bouleversante confession… c’est une plongée terrifiante dans la tête des soldats qui ont mené l’opération d’élimination de Ben Laden. Emmanuel Adely se fond dans ces esprits, capte leur langue, leur rythme interne, leurs préoccupations, leurs obsessions.

et ça c'est du confort dans la tête de pas avoir à déterminer ce qui est juste et ce qui est pas juste toi tu obéis et ça c'est vraiment du confort et de savoir qu'on réfléchit à ça pour toi c'est les autres qui te permettent de pas réfléchir à ces trucs politiques simplement faire quelque chose qui te plaît et dont on te dit que c'est juste

Composé de trois chapitres, divisés en courts paragraphes numérotés, le livre est percutant. Ça va vite, ça va très vite, la phrase retranscrit mouvement, parole et pensée dans un seul geste, avec une économie de moyens terrible. C’est une mitraillette qui atteint le lecteur crucifié par la rapidité du discours, le prosaïsme des préoccupations de ces hommes formatés, gonflés à la testostérone et transformés en quasi-machines à tuer.

Emmanuel Adely dévoile une part de l’humanité dont on ne parle pas, qu’on préfère ignorer. Pas de jugement de valeur là-dedans. Juste un constat, une retranscription à la fois fascinée et fascinante, attractive et répulsive. Et la découverte pour moi d’un auteur particulièrement pourvu.

Ed. Inculte

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02 décembre 2014

Chronique livre : La malédiction du bandit moustachu

d’Irina Teodorescu.

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lamaledictiondubanditNul mauvais acte ne reste impuni, et ce n’est pas la famille Marinescu qui pourra dire le contraire. Une mauvaise action au début du XXème siècle, en l'occurrence le meurtre d’un bandit aux moustaches fleuries, et voilà cette opulente famille maudite jusqu’en l’an 2000.

C’est d’une plume alerte et agile qu’Irina Teodorescu nous raconte cette histoire de malédiction familiale. Grâce à sa voix guillerette, elle réussit le pari risqué d’utiliser l’humour pour nous raconter le tragique. Il y a beaucoup de rythme dans cette écriture étonnante qui parvient à maintenir son énergie jusqu’à la fin.

Et puis, à l’intérieur du récit “historique” commencent à s’immiscer progressivement des pages qui semblent plus contemporaines, plus posées. On comprend alors que l’humour et le farfelu qui permettaient de prendre de la distance sur des épisodes anciens ne sont qu’un paravent pour aborder une douleur vécue, la dureté de la famille et surtout la mort du frère. Le livre apparaît alors comme une construction pudique, un écrin de fantaisie autour d’une blessure profonde. Malin et particulièrement réussi.

Ed. Gaïa

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30 novembre 2014

Chronique livre : Et quelquefois j’ai comme une grande idée

de Ken Kesey.

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Une rivière lisse, d’apparence calme, qui dissimule le cruel biseau de son courant sous une surface lisse...apparemment calme.

etquelquefoisC’est mon livre monstre de l’année, celui que j’ai mis six mois à lire parce que tout simplement j’avais envie de le lire “bien”, j’avais envie qu’il dure encore et encore. Et quelquefois j’ai comme une grande idée de Ken Kesey est un roman total, omniscient, omnipotent, dans lequel on est aspiré, immergé et par lequel on est mâchouillé, dévoré, englouti .

L’auteur ancre d’abord son histoire dans un territoire à l’identité forte, la côte nord-ouest des Etats-Unis, sa pluie, sa forêt, sa pluie, sa rivière, sa pluie, ses bûcherons, sa pluie, ses crues, sa pluie et ses odeurs de moisi. Le décor imbibe le lecteur, pénètre sa chair pour atteindre ses os. Dans ce décor grandiose et menaçant s’ébattent une multitude de personnages, tous gravitant autour de la famille Stamper. Les Stamper, une famille de bûcherons biberonnée à l’Amérique, une famille survivante, self-made, ses hommes, la hache entre les dents, qui épousent des femmes un peu trop belles pour eux. Mais l’époque change, le demi-frère revient de la ville, avec sa poésie, sa constitution fragile et surtout sa rancoeur. Au drame familial déchirant se superpose le drame social et économique, car oui l’époque change vraiment et l’or n’est plus dans le bois.

Ken Kesey écrit son roman-fleuve comme on compose une partition, chaque personnage a sa voix que l’auteur capte et retranscrit. Ces voix s’entremêlent souvent dans un concert désordonné et pourtant millimétré. Fabuleuse écriture, libre et maîtrisée qui n’hésite pas à digresser, à se perdre sans pourtant perdre son fil. La dureté de ces vies, la nature fascinante mais angoissante ne viennent jamais à bout de la formidable poésie et surtout de l’énergie vitale de cette écriture. Un chef-d’œuvre organique.

Ed. Monsieur Toussaint Louverture.

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28 novembre 2014

Chronique livre : L’écrivain national

de Serge Joncour.

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C’était l’enfer.

 

lecrivain-national600Un coin de campagne blotti contre la forêt, une petite ville tranquille aux projets d'avenir industriel, tout commençait au mieux pour notre héros, écrivain invité par les libraires du village à passer quelques temps dans cet univers bucolique. Bon d'accord, c'est l'automne, il pleut tout le temps, un habitant a disparu et surtout on est dans le Morvan. Mais tout de même.

Ahhh il est malin Serge Joncour. Moi qui me contre-balance généralement de ce qui peut ressembler à une histoire, voilà qu'il me chope pour la deuxième fois après son très joli L'amour sans le faire. On oublie tout de suite l'écriture, on n'en parle pas parce qu'il n'y a pas grand chose à en dire. L'écrivain national est un pur roman qui est là pour nous raconter une histoire avec de bons personnages, sans recherche fondamentale sur l'écriture, juste un souci d'efficacité. Et ça fonctionne très bien.

Le livre constitue une formidable galerie de personnages. Des libraires au maire visqueux, en passant par les bûcherons ou la patronne de l'hôtel, les personnages secondaires foisonnent et sont tous dessinés avec finesse et drôlerie. Mais évidemment, c'est surtout cet écrivain national qui retient le plus l'attention,

Le propos semble bien évidemment autobiographique : un écrivain un peu connu mais pas trop, en résidence dans un bled paumé, peuplé de gens formidables ou un peu moins, des ateliers d'écriture, des rendez-vous à la bibliothèque... bref une routine. Serge Joncour joue en permanence de cette frontière entre le réel et la fiction. Il met beaucoup de lui dans son personnage, s'inspire, probablement en les détournant, de personnages croisés lors de ses propres résidences. Mais pourtant on est dans de la fiction, dans une intrigue assez rocambolesque (top) et romantique (moins réussie) à la fois.

Ce jeu des frontières entre réel et fiction apporte du trouble, de la profondeur et de l'ambiguïté à l’entreprise. Une belle réussite de la part de l’écrivain national Joncour.

Ed. Flammarion

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22 septembre 2014

Chronique livre : si les bouches se ferment

d'Alban Lefranc

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Pour apprendre à parler, il vous faut aller chercher des mots dans la bouche des autres.

silesbouches

Biographie, roman historique, portrait d'une génération, si les bouches se ferment est un livre passionnant et difficile à classer. Après avoir entraîné le lecteur dans le tourbillon Mohammed Ali dans le magnifique Ring invisible, Alban Lefranc aborde de biais, dans un mélange d'Histoire et de fiction, une période chahutée de l'Allemagne, de la naissance de la Fraction Armée Rouge jusqu'au suicide de ses premiers leaders.

Il est vrai que beaucoup de difficultés cessaient très vite d'encombrer l'esprit, dès lors qu'un groupe humain avait choisi de fonder son existence réelle sur le refus délibéré de ce qui était universellement admis et sur le mépris complet de ce qui pourrait advenir.

Le procédé qu'il emploie est malin. Il utilise un personnage qui a gravité en marge de la RAF, un poète et fils de nazi, Bernward Vesper, pour mettre des mots sur cette histoire, pour donner un éclairage sur les raisons de la naissance de ce groupe. Bernward Vesper symbolise à lui seul le passé sombre de l'Histoire allemande, mais également l'après, le silence qu'on impose, les mots qui ne sont pas dits, l'hypocrisie générale. Jusqu'à l'arrivée dans sa vie d'une fille, Gudrun Ensslin qui le pousse à dire, à faire état de son passé, du passé de sa famille, à révéler ce que l'on cache et ce que l'on tait.

Comment voulez-vous faire un seul pas dans les couloirs de l'université, sous les regards de tous, sans la chaleur d'une enfance pour soutenir vos épaules, si vous n'avez pas d'ombre projetée derrière vous qui donne son poids à votre corps ?

On retrouve dans si les bouches se ferment, l'écriture si incarnée d'Alban Lefranc, les rythmes, les ruptures, et surtout la liberté d'expérimenter, de mélanger, récit, poésie, français, allemand, récit direct, indirect. Le procédé est passionnant et permet à l'auteur de brasser l'Histoire, la rendre vivante, incarnée. Le roman (si c'en est un) tient sa grande richesse de cette manière assez unique d'aborder l'Histoire, avec sérieux, mais en ayant recours à la fiction et à l'écriture de la fiction. Cependant si les bouches se ferment apparaît parfois un peu bancal dans sa construction, un peu patchwork. Le lien, ou plutôt le liant ne fonctionne pas toujours et donne au livre un caractère un peu inachevé et décousu.

Malgré tout, on oubliera vite cette petite faiblesse de construction et on retiendra surtout la puissance de cette langue, la curiosité pour l’Histoire que déclenche ce roman et l’intelligence du procédé utilisé.

Nous venons de cerveaux saccagés par la consommation et par le dogme de la non-violence. Nous avons grandi dans la dépression, la maladie, la peur du déclassement. Mais cette engeance est sortie des non-lieux où vous vouliez la cantonner. Vous avez laissé une armée grandir dans vos entrailles.

Ed. Verticales

Posté par AnneduPerigord à 17:00 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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