01 juillet 2009
Chronique film : Antichrist
de Lars Von Trier.
C'est marrant comme parfois, tout le monde (ou presque) a tort. Honnêtement, j'ai du mal à comprendre l'acharnement critique contre ce film : c'était très drôle d'entendre les protagonistes du Masque et la plume tourner en ridicule le film, mais franchement, ils étaient complètement à côté de la plaque. Antichrist est un objet fascinant, qui vous happe quasiment dès le début pour ne rien lâcher. Effectivement, le prologue, très lent, d'un noir et blanc léché, sur musique classique, est un peu clippesque et ne convainc pas tout à fait. Mais ce bémol passé, difficile de se détacher de l'écran, et même les 3 connards malpolis et ricanants devant moi, n'ont pas réussi à me déconcentrer de ce spectacle.
Nul doute que Lars Von Trier va mal. Et comme c'est un immense metteur en scène, au lieu de rester à se torturer dans son coin, il choisit pour exorciser ses démons de réaliser un film. Et quoi de plus logique pour exorciser ses phobies que de choisir de réaliser un film d'horreur ? Parce qu'en fait, Antichrist, c'est ça : un immense film d'horreur, balayant tous les codes du genre. C'est sans doute ça d'ailleurs qu'on reproche à Trier : un metteur en scène reconnu et sérieux n'a plus le droit, passé un certain stade de notoriété, de réaliser un film d'horreur. Antichrist c'est une plongée entre Bergman, Coraline, Bug et Evil Dead. Trier retourne à sa veine fantastique de l'Hôpital et ses Fantômes et c'est formidable.
Un couple perd son enfant. L'homme est thérapeute. Il est persuadé qu'il peut aider sa femme mieux que les petits cachets. Entre hypnose et thérapie comportementale, il entraîne sa femme dans le lieu catalyseur de toutes ses peurs : un chalet nommé Eden, perdu en forêt, et dans lequel la femme et l'enfant ont passé tout un été tous les deux, pour qu'elle finisse sa thèse sur les "Gynocides". Et là, ça part gravement en sucette. Visiblement, il y a quelque chose dans les bois.
Trier brasse allègrement les codes du genre : isolement du couple dans un univers cradouille et menaçant qu'il ne maîtrise pas (la nature, avec ses mystères, ses tiques, ses mammifères sanguinolents), vieux parchemins humides couverts d'images de bûchers et de tortures, révélation finale, ennemis intérieurs, ... on retrouve beaucoup de clichés, que Trier utilise allègrement de manière taquine : il se fait plaisir en pastichant ces éléments, mais le tout est tellement cohérent, tenu, qu'il réussit à entraîner tout ça dans son univers à lui. Malsain, entre kitsch gore, exubérance noire à la Bosch, métaphores appuyées, Trier ose tout, va jusqu'au bout de sa démarche et réussit tout : Antichrist fait peur, agresse, provoque, interpelle, questionne malmène. Et comme dirait G. "c'est tout ce qu'on demande à l'Art".
Alors vous dire si Trier est misogyne, moralement déviant, cul-béni, sadique ou je ne sais quoi, je n'en sais absolument rien (je défie bien quelqu'un de vraiment comprendre ce qu'il y a dans la tête de Lars Von Trier), et je m'en fiche un peu. La mise en scène est immense, inventive, audacieuse, les acteurs formidables, le twist final d'une classe aussi grande qu'inattendue, la bande-son obsédante. Un moment horrifique et unique.
28 juin 2009
Chronique film : Coraline
d'Henry Selick.

L'abstraction se regarde mieux de près. Clique.
Henry Selick sans Tim Burton ni Danny Elfman, on avait le droit de craindre la dégringolade après l'excellentissime Étrange Noël de Monsieur Jack. On est rassuré dès les premières minutes. Avec son graphisme incroyable, ses décors à la fois cauchemardesques et pourtant très quotidiens Selick est un grand créateur d'univers.
Coraline, pré-ado colorée et insolente, et ses parents "homeworkers" très occupés viennent d'aménager dans une maison sinistre, entourés de voisins très bizarres. La maman porte une minerve, il est question à un moment donné d'accident de voiture, mais en fait, on ne sait pas comment ils ont atterri dans cette bicoque décrépite. C'est ça qui étonne dès le début du film, on oublie complètement l'animation pour être plongé dans une "vraie" histoire : une gamine pleine de vie en demande d'affection, face à des parents englués dans leurs incohérences d'adultes (ils rédigent des guides sur les plantes mais refusent de mettre le pied dehors dès lors qu'il y a une goutte de pluie !) et qui n'ont pas le temps de s'occuper d'elle. Mais comme on est dans un film d'animation, le quotidien se transforme vite en fantastique. Livrée à elle seule, Coraline va vivre son roman initiatique à elle : mécontente de son quotidien, elle se trouve plongée dans un univers parallèle copie carbone de son monde à elle, mais dans lequel tout ce qui la contrarie est balayé : parents aux petits soins pour elle, voisins rigolos comme tout, jardin magnifique, copain pas contrariant, c'est le rêve. Mais le paradis a un prix, et tel Faust, l'addition pour Coraline sera plutôt salée.
Coraline est un film d'une grande richesse, tant au niveau du scénario que du graphisme. Mille références jalonnent le film, bourré de petits détails incroyables qui créent un univers à la fois complètement barjo, mais totalement cohérent. Dans la grande scène de destruction finale, l'univers visuel de Selick éclate complètement, passant de Van Gogh, à Eternal Sunshine of the spotless mind, en passant par un graphisme noir et blanc très épuré et très effrayant. Oui, parce qu'au final, le film fait quand même un peu peur, le monde enchanteur se désagrège de manière très impolie, nous révélant des dessous fort peu avenants. Même si Bruno Coulais n'est pas Danny Elfman, les choeurs d'enfants fort crispants en d'autres circonstances moins glorieuses, se révèlent ici fort judicieux et parfaitement flippants. Brassant des thèmes graves : l'insatisfaction, le manque d'amour, la détresse, dépassant largement le cadre de l'enfance, illustrant parfaitement les expressions "un tiens vaut mieux que deux tu l'auras" et "tout vient à point à qui sait attendre", Coraline est un superbe film, drôle, émouvant, effrayant. Une p'tite merveille très très loin de Disney. Et ça c'est bien.
23 juin 2009
Constat.
Dijon, juin 2009.
C'est un fait avéré scientifiquement dorénavant : les lecteurs de magazines féminins ne savent pas lire.
18 juin 2009
Naissance.
Dijon, mai 2009.
16 juin 2009
C'est pas gentil ça...
Dijon, mai 2009.

Pour vérifier que tu n'as pas la berlue, clique.
15 juin 2009
Les ricochets.
Sur la route, mai 2005.

Moi je n'arrête pas de cliquer sur l'image. Et toi ?
14 juin 2009
Chronique film : Etreintes brisées
de Pedro Almodovar.

Aurore boréale ? Le pouvoir de l'image... Clic.
Je sens que je vais me faire lyncher, mais il faut bien que je l'avoue : j'ai eu un mal fou à rentrer dans ce film classieux que j'attendais la larmichette toute prête à déborder. Mais voilà, la mayonnaise n'a pas pris, et il a fallu attendre les trois quarts du film pour que je commence à y trouver un tout petit intérêt.
Inutilement tarabiscotée au départ, et pleine de cul-de-sac, l'histoire se linéarise ensuite en un long flash-back très inégal, puis un dénouement maladroit mais mignon. Un des problèmes d'Almodovar qui m'avait déjà gêné dans la Mauvaise Éducation, c'est qu'il filme et dirige admirablement les femmes, mais il est vraiment manchot avec les personnages masculins. Et des personnages masculins, il y en a beaucoup ici, quatre principaux. Sa direction d'acteurs devient alors difficile à cerner (à part José Luis Gomez, les autres moulinent vraiment dans le caramel, surtout le catastrophique Ruben Ochandiano ), la caméra se fait lourde, trop fixe, théâtrale ou tentant des mouvements maladroits et peu lisibles. On serre les dents alors.
Heureusement, Almodovar n'étant quand même pas le dernier des plâtriers, il réussit in extremis à s'en sortir par quelques idées et quelques plans absolument bouleversants. Etreintes brisées, c'est l'histoire de trois histoires d'amour : celle passée de l'agent avec le metteur en scène, toute en hors-champs mais qui sert d'étau au film, celle du vieille homme politique pour sa maîtresse, Lena, un peu trop jeune, belle, et finalement trop indépendante, enfin l'histoire partagée entre le metteur en scène et Lena. Et c'est dans le romantisme noir tiré de ces amours que naissent les plus belles scènes, magistrales, du film. En fait, je le soupçonne de n'avoir tourner ce film que pour ces quelques plans épars et magnifiques qui renversent complètement la cervelle. Le personnage de Lena n'y est également pas pour rien, et Penélope Cruz est absolument parfaite : trouble, flamboyante, brisée, acceptant de se "vendre" par reconnaissance, mais aussi de tout lâcher par amour, c'est la belle réussite du film.
Almodovar est un génie quand il filme les gens "l'un derrière l'autre". Je m'explique : Le politicien étreint sa femme de dos devant une immense nature morte aux pommes ou dans le dos de Lena fait semblant d'être mort pour découvrir sa réaction, son fils placé derrière Lena filme son visage par le biais d'un miroir, l'agent serre son fiston par derrière devant un évier, Lena derrière Matteo qui prend une photo le serre comme pour ne pas le perdre, Matteo derrière Lena en train de regarder un film... L'amour ici ne peut pas être dit frontalement, il est puissant, mais contrarié. Et la fin de l'amour de la même façon passe par un biais (sublime scène où Lena annonce à son mari, dans son dos, qu'elle le quitte, en faisant la voix d'une vidéo muette tournée par le fils).
Réflexion sur le regard, sur la projection (au propre et au figuré) de l'image qu'on se fait des autres (arghhhh les mains de Matteo sur l'écran où le visage de Lena apparaît), sur la mort de l'image/mort de l'amour, cri d'amour évident au cinéma (images du génériques de début, métamorphoses de Lena ,...) Étreintes brisées est sans doute le film le plus personnel et angoissé de son auteur, mais trop inégal pour être le chef d'oeuvre qu'on attend de lui : un toute petite dizaine de scènes sublimes noyées dans 2h de film corseté, c'est trop peu. A quand le prochain ?
12 juin 2009
Je gravirai des montagnes roses.
Périgord, juin 2009.

Pour voler un peu plus haut, clique sur les montagnes.
Tout le monde a le droit d'être gnangnan de temps en temps.
Faut juste pas abuser.
11 juin 2009
Bonne nuit.
09 juin 2009
L'ombelle.
Périgord, mai 2007.
Ayant reçu une bonne pile de bouquins à éplucher d'ici début juillet, je risque de ne pas être très présente ni ici, ni ailleurs. Que mes 3 lecteurs s'en offusquent, s'insurgent, maudissent la pompe à fric m'ayant confié cette divine mission, mais surtout qu'ils restent fidèles : oh, lecteurs, j'ai besoin de vous.








