Racines

23 juin 2014

Chronique livre : Un yankee à Gamboma

de Marius Nguié.

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Piqué au hasard dans une librairie pour la joliesse de l'objet, la curiosité d'une nouvelle langue et sa première page intrigante, Un yankee de Gamboma ne manque pas de points d'accroche. Le lecteur est avide de découvertes et ce petit livre semble en receler quelques-unes.

Judicieusement introduit et post-facé de l'itinéraire de son auteur et de quelques repères historiques, l'aventure semble prometteuse. Dans une ville « tranquille » du nord du Congo, dans les années 90, un jeune garçon se lie d'amitié à un soldat, ancien de la guerre civile qui ravage le pays. Ce sous-off, au passé et à la morale discutable, sait cependant se montrer grand prince avec la gamin, à grands coups de boîtes de sardines et de cassoulet. Cette amitié donne l'occasion à l'auteur de dresser un portrait en creux de cette ville, de ses habitants et de leurs mœurs.

On y découvre ainsi, dans une langue étrange, distante et métissée, la dureté de la vie au Congo. On y mange pas souvent à sa faim, les filles se font violer toutes les trois minutes, on y meurt très bien de diverses maladies pas jolies. De ce point de vue-là, le roman est réussi. Marius Nguié parvient à faire vivre Gamboma dans l'esprit du lecteurs et à rendre hommage aux gens qui y luttent pour survivre.

Cependant, il faut honnêtement admettre que ce livre, pour sympathique et intéressant qu'il soit pêche par absence de relief. Parfois confus dans le récit, beaucoup de personnages, beaucoup de mouvements en si peu de pages, Un yankee à Gamboma manque au niveau de son écriture de cet art de l'ellipse et de la précision qu'on a pu récemment trouvé, dans ce genre finalement assez proche du conte, chez Pierre Luccin et son Sanglier.

Un yankee à Gamboma est un bel objet-livre, intéressant sur le fond, mais pas tout à fait abouti dans son écriture et sa construction. L'auteur me semble à suivre cependant et sans doute prometteur.

Ed. Alma Editeur

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20 juin 2014

Chronique livre : Caprice de la reine

de Jean Echenoz.

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Quoi de neuf chez le roi Echenocapricedelareinez ? Et bien pas grand chose si l'on en croit ce sympathique mais tout à fait anecdotique recueil de nouvelles. Juxtaposition de textes publiés ici ou là, sans véritable cohérence que l'écriture du maître, Caprice de la Reine constitue une petite récréation après le sublime 14, encore profondément gravé dans mon cerveau.

Comme précise la quatrième de couverture, les sept récits donnent l'occasion d'explorer sept lieux, ou personnages. On s'ennuie plutôt gentiment quand les récits sont par trop descriptifs (Caprice de la reine, A Babylone, Vingt femmes...), on est gentiment intéressé quand les nouvelles savent introduire l'étrange ou le bizarre (Nelson, Génie Civil, Nitrox), et on est nettement plus convaincu quand Echenoz semble trouver un vrai objet de récit (Trois sandwichs au Bourget).

C'est en effet cette dernière nouvelle qui sauve l'ensemble d'une opinion moins clémente. Un senior, visiblement en mal d'occupation, se cherche un but d'exploration. Ce jour là, pour lui il s'agit d'aller manger un sandwich au Bourget. Piètre prétexte, mais déclencheur quand même, invitation au voyage du pauvre, mais voyage tout de même. La visite du Bourget se fait donc découverte.

C'était moins une, on pose le recueil plus séduit qu'on ne l'aurait imaginé. Mais bon, soyons honnête, ce caprice reste une toute petite chose sur laquelle je serais bien en peine de disserter plus longuement.

Ed. Les Editions de Minuit

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18 juin 2014

Chronique livre : Réparer les vivants

de Maylis de Kerangal.

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Chers lecteurs, me voilà bien en peine. Je sreparerlesvivants800uis partagée entre doutes et enthousiasme pour ce roman à succès d'une des plus grandes prêtresses de la littérature contemporaine.

Un jeune garçon plein d'avenir tombe dans le coma après un accident de voiture. Ses parents sont confrontés au douloureux choix du don de ses organes. Sur ce sujet très intime, Maylis de Kerangal compose une partition huilée et complexe comme elle sait si bien le faire. Elle joue de son omniscience pour décortiquer chaque geste, vie, situation comme une symphonie du grand tout, mêlant dans un même geste littéraire tous les fils du monde afin que leur invocation et agencement fassent naître quelque chose d'unique, un sentiment, une émotion ou sans doute quelque part une vérité. On retrouve donc le lyrisme de Naissance d'un pont, cette prose riche et complexe, très composée et englobante. C'est tout à fait maîtrisé et virtuose.

Mais. Voilà. Avec moi, ça n'a pas fonctionné. Cette omniprésence du style et de l'auteur m'ont éloigné de toute émotion. Pire, ça m'a gêné, mise mal à l'aise, sur un sujet aussi intime et délicat d'avoir choisi ce parti-pris, éminemment convaincant dans Naissance d'un pont, mais que j'ai trouvé complètement déplacé ici. Etait-ce vraiment le bon choix d'aborder ce sujet-là de cette manière ? Est-ce honnête de vouloir jouer avec les sentiments du lecteur de manière aussi ostensiblement outré ? Et par conséquent, qu'a voulu nous raconter l'auteur ? Quelle est la finalité de tout ça ? J'ai ressenti à peu près la même chose à la lecture Des hommes de Laurent Mauvignier. Une espèce de complaisance dans la douleur d'autrui.

Je comprends parfaitement le succès de Réparer les vivants, mais honnêtement, et malgré toute l'admiration que je peux avoir pour Maylis de Kerangal, je n'arrive pas à adhérer à cette démarche. Le prochain coup sera meilleur.

Ed. Verticales

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16 juin 2014

Chronique livre : Le Sanglier

de Pierre Luccin

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Daniel, de l'hiver dans la peau, du brûlant sur le cœur, se remettait en route.

Parfois on musarde en librlesanglierairie sans idée précise et on tombe sur une petite chose singulière comme ce Sanglier. Se déroulant juste après guerre (la seconde mondiale), Le Sanglier commence par un dialogue au rythme saisissant et au contenu à la fois tragique et surréaliste. On a l'impression d'être chez Hilsenrath. Cette impression de vitesse persiste pendant tout ce très court roman. Pierre Luccin ne s’embarrasse d'aucune fioriture, on plante le décor en une phrase bien sentie, on dégraisse au maximum l'excédent de mots.

Le Sanglier du titre, c'est Daniel Braine, survivant et héros de guerre qui rentre chez lui pour trouver sa mère et son fils morts, sa femme envolée avec un marchand du Poitou. La cupidité révélée de sa sœur au détour d'une scène d'enterrement assez terrible le pousse à partir, à vagabonder et à louer ses bras de ci de là. Mais le monde qu'il découvre n'est que bassesses et infamies, il préfère donc se faire solitaire et s'installe en ermite, en quête d'une paix qu'il pense ne pouvoir trouver que loin des hommes.

On est donc bien ici dans une espèce d'histoire morale, de conte, révélatrice du monde alors même que le héros cherche à s'en éloigner. La fin est tout bonnement terrifiante car porteuse de nulle lueur d'espoir. Le côté conte m'a fait penser au magnifique Niki, L'histoire d'un chien de Tibor Déry, pour ce côté métaphore, portrait en creux de l'extérieur et de la folie des hommes.

Mais ce qui est très beau et très étonnant, c'est vraiment cette écriture, qui elle, semble libérée de toute contrainte, libre de prendre les raccourcis qu'elle souhaite, les détours qu'elle choisit. Ca va vite, très vite et surtout cette écriture exprime un immense cri de douleur et d'impuissance, une rage, moins contre les hommes que contre leurs actes, leurs comportements, leurs attitudes, leur mépris de ce qui n'est pas eux et qui est autre. Une étonnante et puissante découverte.

Ed. Finitude

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12 juin 2014

Chronique livre : L'histoire de Daniel V.

de Pierre Brunet.

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C'est toujours un très grand plaisir de découvrir une maison d'édition toute jeune et déjà pleine de très belles promesses.

L'histoire de Daniel V., deuxième publication de cette maison, est une petite merveille. Pierre Brunet a vécu la guerre d'Algérie. De cette période, il garde le souvenir d'un ancien camarade, Daniel V. A peine croisé quelques jours, Daniel et son histoire ont pourtant eu des répercussions durables sur l'auteur. Des années plus tard, il se souvient et essaie de reconstituer le puzzle de cette très courte vie, à la fois à partir de ses souvenirs propres ou de choses racontées. Pierre Brunet aborde son récit de manière très modeste. Il s'agit bien là de souvenirs et donc d'images persistantes d'un passé à la fois précis et lointain. Nulle prétention d'exactitude ici, mais plutôt juste l'envie de raconter des souvenirs, parfois nets ou incertains, concordants ou discordants.

On retrouve ce type d'écriture du souvenir, que j'aime tant d'ailleurs, chez d'autres auteurs, comme récemment dans le très beau Autour de moi de Manuel Candré. Cette façon de procéder, pour subjective qu'elle soit, permet de développer une richesse et un pouvoir d'évocation incroyable. Débarrasser du souci d'une encombrante nécessité de véracité et d'objectivité, cette écriture du souvenir permet d'aborder énormément de sujets, mine de rien, au détour d'une phrase et d'une scène. Le portrait de Daniel V., c'est aussi l'histoire en creux de la guerre d'Algérie. Ce très court livre est ainsi d'une absolue richesse au regard de l'Histoire. On y apprend ou on retrouve beaucoup de choses concernant cette période sombre, les tortures, le désœuvrement, l'abandon, la menace, dans un condensé passionnant et particulièrement subtil. Pour réaliser ce tour de force, autant dire que la plume de Pierre Brunet est assez merveilleuse.

Une très belle découverte donc, et l'espoir que cette toute jeune maison d'édition continue sa route.

Ed. Signes et balises

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11 juin 2014

Chronique livre : Anthropologie

d’Eric Chauvier.

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Première des enquêtes publiées par Eric Chauvier anhropologie800chez Allia, on trouve effectivement dans cette Anthropologie, tous les ferments de ce qui se déploie dans ses recherches futures. Tout commence par une rencontre un peu particulière, une femme qui fait la manche à un carrefour. L’automobiliste Eric Chauvier est interpellé par la vision de cette femme et cherche à comprendre ce qui lui arrive. Pour essayer de comprendre, il interroge les passagers qui l'accompagnent au sujet de cette femme, mais aucun ne lui apporte une réponse satisfaisante. Peu après, la femme disparaît. Qu’est-elle devenue ? Il part à sa recherche et cette quête l’amène à s’interroger, sur elle, sur lui-même et surtout sur le langage, ou plutôt la communication par le langage qui, dans son souci d’efficacité, classe, enferme, simplifie ce qui est a priori intangible, ou difficile à expliquer car hors de schémas conventionnels.

Ce qui est passionnant dans l’oeuvre d’Eric Chauvier, c’est à la fois sa grande connaissance des codes et sa capacité à aller au-delà. Il utilise ainsi les codes de la fiction pour amener le lecteur à repenser son cadre. Anthropologie peut se lire comme un roman, c’est une enquête et elle est traitée comme telle, avec ses rebondissements, ses trouvailles, ses moments de découragement, jusqu’à ce qu’il y ait un déclencheur permettant à Eric Chauvier de déployer sa pensée et les fondements de son oeuvre future.

Cette question engage une hypothèse concernant le conditionnement du drame amoureux par des obligations inhérentes au cadre social. Cette prédétermination serait si prégnante que nous pourrions passer à côté des sentiments les plus évidents.

Ce déclencheur, c’est le mot “amoureux”. Un de ses amis lui affirme que tout simplement, il est amoureux de cette fille. Mais l’auteur après s’être interrogé, se cabre devant cette affirmation trop simpliste et cette incapacité du langage à pouvoir saisir la subtilité, les nuances, ce qui n’est pas clairement codifié.

Ce que je nomme pour moi anthropologie, ce programme de recherche, cette ligne de conduite, conçoit le langage comme un abus permanent produit par et pour la communication. L’anthropologie déjoue les pièges du langage.

C’est ainsi qu’Eric Chauvier est amené à expliciter ce qu’il appelle son programme de recherche et sa ligne de conduite, un programme et une ligne qu’il suit d’ailleurs toujours aujourd’hui, et qui essaie de capter ce qui ne peut être dit et de le révéler autrement, d’utiliser le langage d’une manière qui ne serait pas unidirectionnelle, figée dans ses définitions et son souci de simplification et de communication.

Le refus net et définitif de toutes les formes de systèmes d’interprétation donnés pour clos et définitifs trouve dans ce regard une stimulation durable (...). L’enquête est vouée à continuer.

Et ça nous convient parfaitement.

Ed. Allia

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09 juin 2014

Chronique livre : A vous tous, je rends la couronne

de Catherine Ysmal.

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C'est nu qu'il faut aller.
La source au bout de mon doigt n'existe qu'à l'invisible.

 

Il s'appelle Ilya et ce prénom, une indétavoustousjerendslacouronneermination dont il faut s'extraire. Ce sera la mort du père, déclencheur qui déliera la langue et dessinera les contours.

Deuxième texte de Catherine Ysmal publié chez Quidam Editeur, A vous tous, je rends la couronne est une toute petite chose par son épaisseur, mais une très belle chose par son propos et son écriture. On retrouve dans ce texte la préoccupation majeure de son auteur pour la langue, comme outil de construction propre et personnel qu'il faut forger, conquérir au-delà des autres, pour et par soi-même. Ilya se construit donc, et pour ça compose et décompose la langue, extirpe le sens des mots, des lettres, quitte à les tordre, extirper leur jus, leur moelle, pour les faire parler. Libéré de la langue imposée de l'autre, ici le père, Ilya se rassemble et s'invente.

Loin d'être un construction purement intellectuelle, l'écriture de Catherine Ysmal a quelque chose de profondément charnel dans son appel permanent au corps. Au corps malmené, malade ou mort - celui du père, celui du chat -, ou au corps à composer, à raccommoder, -celui d'Ilya -, dont on ne perçoit que des fragments (les viscères, le doigt, la langue) ou encore l'ombre, la forme. Par la langue, débarrassée de la langue des autres, le corps comme l'esprit se forment, trouvent leur cohésion, leur voie et leur voix.

A vous tous, je rends la couronne est un chemin, un chemin vers soi par et au travers de la langue, une naissance, un jaillissement poétique. Et la confirmation du talent unique de son auteur.

Ed. Quidam Editeur

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06 juin 2014

Deux jours à la mer... V.

Biscarrosse, mai 2014.

P3061058-800

Clique fantômes.

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05 juin 2014

Chronique film : Deux jours, une nuit

de Jean-Pierre et Luc Dardenne.

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Une femme sort de dépression et perd son trdeuxjoursunenuitavail : à l'issue d'un vote ses collègues lui ont préféré leur prime annuelle. A la peine de la maladie dont elle se sort tout juste et dans laquelle elle replonge aussitôt s'ajoute la peine de la perte de son travail. Épaulée par son mari en or et une collègue fidèle, elle tente de convaincre ses collègues de renoncer à leur prime.

Elle, Sandra, c'est Marion Cotillard, et tout le début du film semble assez mal aisé, la mise en scène rigide, paralysée par l'actrice. Marion Cotillard n'y est pour rien, elle est très bien, mais elle est Marion Cotillard et la caméra des frères semble se tenir à distance, ne pas réussir à rentrer dedans comme elle le fait habituellement. Et puis au détour d'un plan sur le visage de Sandra, il y a un déclic, une émotion terrible qui naît et qui ne lâchera pas. L'actrice illumine le film, son visage et tout son corps reflètent la lutte intérieure qu'elle mène. Car plus que la reconquête d'un travail, Deux jours, une nuit est plutôt un film-métaphore sur la reconquête de soi-même, sur la renaissance à soi-même. C'est un parcours personnel, un combat, une remontée vers la lumière après des semaines dans les ténèbres.

La lutte de Sandra sert également de révélateur des comportements humains, des plus bas aux plus courageux. La galerie de portraits que constituent ses anciens collègues expose des êtres tour à tour bouleversants ou mesquins, voire violents, mais tout ça sous-tendu par un fond de misère sociale et de précarité qui exacerbe les peurs, le repli sur soi-même. Plus qu'un film de mise en scène, la présence d'une star comme Marion Cotillard transforme le film en un film d'acteur. Même si le contexte social est présent, on n'est pas ici, comme habituellement chez les Dardenne dans un film social à proprement parler.

C'est plutôt réussi, même si parfois un peu caricatural, et il est difficile de ne pas être touché par le parcours de Sandra, à la fois singulier et universel qui fait forcément écho quelque part. Malgré tout, ce n'est pas ce que je préfère dans le cinéma des frères. Je les préfère moins intérieurs, sans doute moins intellectuels et conceptuels, et plus viscéraux.

Réelle évolution ou parenthèse, Deux jours, une nuit, est en tous cas un épisode singulier de la filmographie des Dardenne.

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04 juin 2014

Deux jours à la mer... IV.

Biscarrosse, mars 2014.

P3061259

Clique dans les traces.

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03 juin 2014

Chronique film : La chambre bleue

de Mathieu Amalric.

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Après le mignonsansplus Tournée, Mathieu Amalric reprend lachambrebleuele rôle de réalisateur pour cette adaptation d’un roman de Simenon. Julien, commercial agricole, et Esther, pharmacienne vivent une liaison torride et adultérine. Mais hors champ, il se passe quelque chose et on retrouve Julien arrêté et interrogé par une batterie de juges, avocats, psychologues. Le film est entièrement construit en utilisant cette alternance d’interrogatoires et de flash-backs (ou ré-interprétation des événements ?). On comprend donc progressivement ce qu’il s’est passé, à partir des propos de Julien ou du moins, ce qui a amené à son arrestation.

La chambre bleue est une petite chose, mais une petite chose qui a de la gueule, vraiment intéressante, à la fois modeste et aboutie. La scène d’introduction dans laquelle un couple fait l’amour dans une chambre d’hôtel désuète, est magnifique. On pense à l’Intimité de l’infiniment regretté Patrice Chéreau, pour cette vérité qui émane de l’attraction des corps qui s’étreignent. Mathieu Amalric fait donc partie de ces très rares réalisateurs qui savent filmer l’amour physique. Puis on comprend vite que le film est un film concept.

Mathieu Amalric choisit quelques motifs qu’il travaille aussi loin que possible dans le cadre qu'il s'est fixé. La chambre bleue du titre, c’est bien sûr la chambre d’hôtel, mais également le bureau du juge, ou encore la chambre d’audience. Il y a également ce format presque carré, cet encadrement qui enserre les personnages, et qu’on retrouve également dans l’utilisation des encadrements de porte, de fenêtres, dans ces cartes postales glaçantes. Le film ressemble à une sorte de puzzle dont l’agencement des pièces est à la fois parfaite et parfaitement énigmatique.

Parce que finalement cette histoire et ses protagonistes restent indéchiffrables. Ce qu’on nous donne à voir, est-ce vraiment la réalité ? On pense qu’il s’agit des souvenirs de Julien, mais on relève par-ci par-là des discordances entre les interrogatoires et les vrais-faux flash-backs. Derrière le formalisme, Mathieu Amalric réussit à faire naître le trouble, la curiosité, la suspicion. L’interprétation est absolument parfaite, le montage au cordeau, les cadrages et la lumière superbes. Un bon moment donc, et un vrai moment de cinéma.

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02 juin 2014

Deux jours à la mer... III.

Biscarrosse, mars 2014.

P3061253b

Clic-clic métal.

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01 juin 2014

Chronique film : Night Moves

de Kelly Reichardt.

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C'est un vrai plaisir que de retrouver le cinéma de Kelly Rnightmoveseichardt après sa fascinante dernière piste. Deux gamins aux convictions écolos extrêmes décident de faire sauter un barrage. Leurs motivations, on en saura rien, à part le prétexte bien sûr écologique, mais qui clairement n'explique pas tout.

Ici, pas d'effets sensationnels, ils surmontent quelques obstacles, font péter le truc et doivent ensuite vivre avec leur geste. Ce qui est magnifique, c'est ce refus absolu d'explication. La caméra de Kelly Reichardt n'est clairement pas là pour expliquer, juger, mais pour accompagner ses personnages. C'est quasiment au spectateur de faire son film, il n'y a ici nul pop-corn prémâché, nulle volonté de verser dans la psychologie. Juste ce qu'il faut de dialogues, finalement peu de scènes, pas beaucoup de plans.

Le film possède cependant une tension assez incroyable et un rythme interne qui maintiennent le spectateur sur la brèche. La réalisatrice réussit ce tour de force de faire naître l'angoisse avec une énorme économie de moyens, à la manière des meilleurs films de genre. Le spectateur est complètement scotché, attentif comme les personnages aux moindres bruits, attitudes des gens qu'ils croisent. Tout ce qui les entoure peut être potentiellement une menace à la fois pour l’exécution de leur plan et, après le dynamitage, contre leur liberté. Le film dure 1h50 et semble durer moitié moins. Kelly Reichardt a trouvé dans ses acteurs les interprètes idéals pour rentrer dans son univers, Jesse Eisenberg et Dakota Fanning sont jeunes, inconscients, des pages blanches qui se remplissent soudainement.

Ultra-maîtrisé, tendu comme un arc, Night Moves démontre encore une fois le talent unique de sa réalisatrice. On sautille de joie et d'une foi renouvelée dans le cinéma.

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29 mai 2014

Chronique film : Dans la cour

de Pierre Salvadori.

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Depuis toujours, assez fan du cinéma de Pierre Salavadori qudanslacour-800e je trouve très élégant et humain. Dans la cour vient renforcer mon affection pour ce réalisateur. Antoine cherche à disparaître, gardien d’immeuble, voici un métier qui lui va bien : nettoyer, ranger, rester invisible au monde. Mais difficile de rester hors du monde quand le monde autour de vous ne va pas très bien non plus. Entre le voisin obsédé par ses voisins, le vigile illuminé, l’ex-footeux shooté et la retraitée punchy qui se fissure, Antoine a bien du mal à tout gérer.

Ce qui est très beau dans le cinéma de Salvadori, c’est la façon qu’il a d’aborder les trajectoires de ses personnages, de ne pas les figer dans un stéréotype, dans une fraction de leur vie ou de leur personnalité, mais de capter leurs évolutions psychologiques, sensibles, et la façon dont leurs trajectoires sont influencées par le contact aux autres. Comme un jeu de quilles émotionnel, les trajectoires des personnages s’enchevêtrent à l'image des branches de ce florissant rosier grimpant subtilisé et planté par Antoine dans la cour de son immeuble.

Les personnages de Pierre Salvadori ne sont donc pas univoques, et ce qui intéresse le metteur en scène, c’est l’irruption de la fragilité, de la faille, du faux-pas, de l’erreur dans une certaine “normalité sociale”. Ainsi, Mathilde, pimpante et hyper-active septuagénaire commence à dériver et plonger dans la folie en voyant apparaître une fissure dans son appartement. Pierre Salvadori ne cherche pas à expliquer pourquoi cette fissure provoque ce déraillement dans la trajectoire de Mathilde. Il se contente d’accompagner ce basculement sans jamais se placer au-dessus de ses personnages, comme dans cette magnifique scène où Mathilde retourne dans sa maison d’enfance et qu’elle ne supporte pas les changements qu’y ont apporté les nouveaux propriétaires. Cette posture d’accompagnateur qu’utilise le réalisateur, à la fois proche et distante et qui peut ressembler à celle d’un Depardon par exemple, lui permet de trouver un ton très juste, sans pathos inutile mais sans froideur non plus.

J’aime vraiment beaucoup ce cinéma, minimaliste et subtil, porté par une réalisation à hauteur d’homme et une interprétation parfaite.

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14 mai 2014

Chronique film : Real

de Kiyoshi Kurosawa.

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Tous les plus grands maîtres peuvent vaciller. Après le magnifique et parfait Shokuzai, difficile de ne pas décevoir. Koichi et Atsumi sont jeunes, beaux, amoureux. Malheureusement, après une tentative de suicide ratée, Atsumi plonge dans le coma. Les nouvelles techniques médicales aidant, Koichi essaie de reprendre “contact” avec sa belle en plongeant dans sa conscience endormie.

Le début du film est assez beau. Comme à son habitude, le réalisateur réussit à faire naître l’étrange, le fantastique par de micro-glissements du réel. Une silhouette qui passe, un nuage qui obscurcit le ciel, de l’eau qui envahit progressivement l’appartement, des effets minimes mais qui signent la mise en scène de manière certaine. Les fantômes ici ressemblent à des humains classiques, juste un peu plus mordorés, ils n’ont rien d’inquiétant et c’est ça qui inquiète. On est donc bien dans ce début de film, qui, sans chavirer, laisse cependant présager le meilleur. Mais ça se détériore rapidement.

Le problème, c’est le scénario qui tourne au ridicule et ses dialogues insanes. Si le film se voulait pur divertissement, ce serait déjà limite, mais là, en plus, il se veut fable écolo à moralité : ce sont les enfants qui paieront pour les erreurs de leurs parents et traîneront leur culpabilité jusqu’à ce qu’ils en meurent. Sans blague. Toute la seconde partie du film ressemble donc à une grosse bouffonnerie, finalement très triste car tout à fait ratée. Je ne parle même pas des effets spéciaux et de l’utilisation ridicule du plésiosaure. Amateurs de monstres marins, revoyez The Host. Un Real disappointment donc, ou comment massacrer en règle une mise en scène fabuleuse par un scénario cucul.

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30 avril 2014

Deux jours à la mer... II

Biscarrosse, mars 2014.

P3061008-800

Clique courant.

 

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29 avril 2014

Chronique film : Nymphomaniac : Volumes 1 & 2

de Lars Von Trier.

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J'ai beau tourner et retourner ce film dans ma tête, essayer d'analyser ses détails depuis des semaines, je vous avoue n'avoir pas grand chose à en dire. Nymphomaniac a glissé sur moi sans grand dommage, un peu comme un micropénis dans l'intimité de son héroïne.

Pourtant, Lars Von Trier fait partie de mon panthéon personnel et je suis encore sous le choc du sublime Melancholia. Nymphomaniac reprend des motifs similaires sous un angle différent. L'héroïne est nymphomane, cherche la satisfaction, le plaisir sexuel, jusqu’à s’abîmer, moralement et physiquement dans sa quête. Pour combler un vide, un froid intérieur ou au contraire comme véritable façon d’appréhender le monde et d’être à soi-même, la nymphomanie de l’héroïne est analysée, disséquée lors de dialogues entre elle et un bon samaritain abstinent. Cette nymphomanie est tour à tour diabolisée ou normalisée, et le parcours de vie de l’héroïne vu comme un chemin vers l’acceptation de soi, dans toutes ses facettes, y compris son extrême noirceur.

Si le film est extrêmement intéressant d’un point de vue intellectuel, on s’y ennuie pourtant bien comme il faut. Quelques scènes à l’humour et l’hystérie parfaitement dosés parsèment bien le film, mais ne suffisent pas à maintenir l’attention du spectateur sur la longueur. On retiendra cependant cette scène finale bouleversante de noirceur, pathétique et tragique. Ces quelques secondes sauvent le film du pur exercice intellectuel et glacé en y introduisant l’accident, l’inattendu, la faille. Plus dépressif et désespéré que jamais, mais malin quand même Lars Von Trier.

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26 avril 2014

Deux jours à la mer ... I.

Biscarrosse, mars 2014.

P3060946-800

Se rencontrer et cliquer.

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09 avril 2014

Chronique livre : Meurtre en Périgord – Une enquête de Bruno Courrèges

de Martin Walker

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meurtreenperigord

A force de lire de bons livres, on en oublie qu'il y en a des mauvais. Meurtre en Périgord rentre assez facilement dans cette catégorie tant son écriture n'en est pas une, et sa traduction littérale prête à sourire. Mais que voulez-vous, quand on vient du Périgord, qu'on tombe sur un livre intitulé Meurtre en Périgord, et se déroulant de toute évidence à quelques kilomètres de là où vous êtes née, c'est tout de même tentant. Meurtre en Périgord a donc été commis par un anglais, passionné de Périgord et y résidant les deux mois d'été. Il a imaginé cette histoire de meurtre, lui permettant de ressortir toutes les anecdotes historiques, culinaires, etc. glanées pendant ses séjours dans le pays de l'Homme. On y retrouve à peu près tous les clichés possibles et imaginables sur le Périgord, des meilleurs – un pays d'entraide, où tout le monde s'aime et se connaît – aux pires – l'arrivée menaçante de la civilisation, le racisme latent - .

Ce qui est tout de même surprenant, c'est que, malgré la piètre qualité littéraire, malgré l'accumulation de clichés, de stéréotypes et de poncifs (moi aussi je peux accumuler), il se dégage de Meurtre en Périgord une espèce d'enthousiasme naïf assez communicatif et bon enfant, de vivacité taquine qui empêchent de poser le livre dès la deuxième page en s'arrachant les cheveux. Et puis comme derrière les clichés, il y a toujours un peu de vrai, on retrouve derrière cette galerie de personnages des « figures » périgourdines typiques et c'est plutôt rigolo. Un anti-moment de littérature complet, mais une petite farce criminelle. A réserver aux amoureux du Périgord cependant, sinon, ça ne le fera probablement pas.

Editions du Masque
Trad. Serge Cuilleron

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06 avril 2014

Chronique livre : Docteur Sleep

de Stephen King.

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C'est quand même beau quand tes idoles d'adolescence réussissent à ne pas sombrer, et même à donner un souffle nouveau à leur œuvre après plusieurs décennies de bons et loyaux services.

Doctor Sleep n'est pas le grand chef d’œuvre du King, certes, mais tout de même, qu'est ce que c'est bon. Le livre reprend le personnage du petit garçon dans Shining, Dan Torrance. Qu'est devenu le petit Danny après les événements survenus à l'hôtel dans la montagne ? A-t'il réussi à vivre une vie normale ? Pas tout à fait, bien évidemment.

Hanté par les événements passés, torturé par un don encombrant de prémonition, Dan se noie dans l'alcool. Le parallèle avec l'itinéraire de l'auteur est bien entendu évident, et le sauvetage et la résurrection de Dan font également écho à la vie de Stephen King. Je ne m'étendrai pas plus longtemps sur ce livre, page-turner diabolique avec ses personnages tous cabossés, ses méchants fascinants et repoussants à la fois, sa petite héroïne fragile mais déterminée, ses retournements de situation estomaquants.

Pas un chef d’œuvre, mais un bon cru du roi King.

Ed. Albin Michel
Trad. Nadine Gassié

Posté par AnneduPerigord à 18:36 - - Commentaires [1] - Permalien [#]
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