Racines

09 avril 2014

Chronique livre : Meurtre en Périgord – Une enquête de Bruno Courrèges

de Martin Walker

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A force de lire de bons livres, on en oublie qu'il y en a des mauvais. Meurtre en Périgord rentre assez facilement dans cette catégorie tant son écriture n'en est pas une, et sa traduction littérale prête à sourire. Mais que voulez-vous, quand on vient du Périgord, qu'on tombe sur un livre intitulé Meurtre en Périgord, et se déroulant de toute évidence à quelques kilomètres de là où vous êtes née, c'est tout de même tentant. Meurtre en Périgord a donc été commis par un anglais, passionné de Périgord et y résidant les deux mois d'été. Il a imaginé cette histoire de meurtre, lui permettant de ressortir toutes les anecdotes historiques, culinaires, etc. glanées pendant ses séjours dans le pays de l'Homme. On y retrouve à peu près tous les clichés possibles et imaginables sur le Périgord, des meilleurs – un pays d'entraide, où tout le monde s'aime et se connaît – aux pires – l'arrivée menaçante de la civilisation, le racisme latent - .

Ce qui est tout de même surprenant, c'est que, malgré la piètre qualité littéraire, malgré l'accumulation de clichés, de stéréotypes et de poncifs (moi aussi je peux accumuler), il se dégage de Meurtre en Périgord une espèce d'enthousiasme naïf assez communicatif et bon enfant, de vivacité taquine qui empêchent de poser le livre dès la deuxième page en s'arrachant les cheveux. Et puis comme derrière les clichés, il y a toujours un peu de vrai, on retrouve derrière cette galerie de personnages des « figures » périgourdines typiques et c'est plutôt rigolo. Un anti-moment de littérature complet, mais une petite farce criminelle. A réserver aux amoureux du Périgord cependant, sinon, ça ne le fera probablement pas.

Editions du Masque
Trad. Serge Cuilleron

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06 avril 2014

Chronique livre : Docteur Sleep

de Stephen King.

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C'est quand même beau quand tes idoles d'adolescence réussissent à ne pas sombrer, et même à donner un souffle nouveau à leur œuvre après plusieurs décennies de bons et loyaux services.

Doctor Sleep n'est pas le grand chef d’œuvre du King, certes, mais tout de même, qu'est ce que c'est bon. Le livre reprend le personnage du petit garçon dans Shining, Dan Torrance. Qu'est devenu le petit Danny après les événements survenus à l'hôtel dans la montagne ? A-t'il réussi à vivre une vie normale ? Pas tout à fait, bien évidemment.

Hanté par les événements passés, torturé par un don encombrant de prémonition, Dan se noie dans l'alcool. Le parallèle avec l'itinéraire de l'auteur est bien entendu évident, et le sauvetage et la résurrection de Dan font également écho à la vie de Stephen King. Je ne m'étendrai pas plus longtemps sur ce livre, page-turner diabolique avec ses personnages tous cabossés, ses méchants fascinants et repoussants à la fois, sa petite héroïne fragile mais déterminée, ses retournements de situation estomaquants.

Pas un chef d’œuvre, mais un bon cru du roi King.

Ed. Albin Michel
Trad. Nadine Gassié

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24 mars 2014

Chronique livre : La horde du contrevent

d’Alain Damasio

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lahordeducontreventAujourd'hui quand on me conseille ou qu'on me prête un roman de Fantasy, j'ai plutôt tendance à tordre le nez. La horde du contrevent vient me donner tort, et c'est d'autant plus une bonne surprise que c'est un livre de langue française, et qui justement l'utilise formidablement bien cette langue française.

Imaginez une large bande de terre, balayée par des vents irréguliers et dévastateurs, et dont l' « Extrême amont », l'origine potentielle du vent, n'a pas encore été découvert. Pour réussir à atteindre l'extrémité de cette terre, des gamins, formés à la dur et chacun dans une spécialité différente, sont rassemblés en «hordes», ultra-organisées et doivent remonter le vent, « contrer » le vent. Durant toute la (longue) durée du livre, nos héros passent donc leur temps à marcher contre le vent pour atteindre ce très hypothétique Extrême-amont.

Geste magnifique ou dérisoire, cette lutte quotidienne, contre le vent mais surtout contre soi-même, est portée par chacun des membres de la horde. Chaque personnage, identifié par un symbole judicieusement choisi, possède sa voix, son langage. Parfois très littéraire, comme dans le cas de Sov le scribe, rêche et elliptique pour Erg le combattant ou encore plein de circonvolutions et de poésie pour Caracole, le troubadour, cette juxtaposition de langages, de voix personnelles constitue un patchwork littéraire intéressant et audacieux. On n'est clairement pas habitué à ce que les romans de fantaisie ou de science-fiction s'empare de cette question du langage, centrale ici. Non seulement Alain Damasio réussit à marquer l'empreinte de la voix de chacun de ses personnages, mais il va encore plus loin, menant une vraie réflexion et surtout une belle déclaration d'amour aux mots et à l'écriture. Sov le scribe a pour mission principale d' « écrire » le vent, les mots gravés sur la pierre ou prononcés ont un pouvoir sur ceux qui les lisent ou les entendent.

La horde du contrevent recèle bien d'autres richesses. Malgré quelques passages un peu longuets, ou encore des explications tout à fait superflues sur les « mystères » de ce monde, le roman soulève des questions intéressantes sur la notion d'individu et de collectif, sur l'accomplissement de soi, de ses projets, sur la notion de choix également.

Le livre d'Alain Damasio constitue donc une très bonne surprise. Audacieux par son parti-pris d'écriture, sa foi en le pouvoir du langage, ses personnages extrêmement bien dessinés (Ahhhh ce Golgoth, repoussant, ignoble et fascinant jusqu'à son extrême fin), La horde du contrevent pourrait sans doute être un roman de la réconciliation entre adeptes de la fantasy et adeptes de l'écriture, ce qui constitue un gros, très gros challenge.

 

Ed. La Volte

 

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19 mars 2014

Chronique livre : Le portique du front de mer

de Manuel Candré.

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Le portique du front de merTrès étrange livre que ce portique, deuxième roman de son auteur, après le très fort Autour de moi. En apparence complètement différent de son grand frère écrit dans une veine plus autobiographique, Le portique du front de mer relève pourtant d'un processus d'écriture qui me semble assez similaire.

Quatre amis perdent leurs journées et tuent le temps dans une cité balnéaire à l'abandon, R., coincée entre océan et désert. Entre quelques bières au bar, quelques parties de chasse à la raie des sables ou de jeu de société I.Go, les moindres velléités d'action de nos quatre amis se dissolvent. Raies des sables, I.Go, cela vous dit quelque chose ? C'est normal. Le portique du front de mer est inspiré en très grande partie du recueil culte de nouvelles de J.G. Ballard, Vermilion Sands.

Là où Ballard, d'un même cadre tiraient plusieurs nouvelles, Manuel Candré utilise ce cadre, et certains de ses personnages pour composer une fiction plus longue, diluée dans les souvenirs et la torpeur de R. Les pointes d'hystérie ballardienne sont ici étouffées par une écriture très maîtrisée, soutenue, légèrement distante. Et puis des ruptures commencent à émailler le texte, la phrase démarre, repart dans une autre direction, le rythme s'accélère, l'écriture se dérobe à mesure que la réalité se fissure, des paragraphes se répètent.

Et c'est là que l'écriture du souvenir d'Autour de moi refait surface. Parce que finalement ici, il s'agit de la même chose, seul le matériau de départ change. Dans Autour de moi l'enfance et l'adolescence du narrateur, revues par le prisme changeant du souvenir, servaient de terreau à la création d'un livre, ici il s'agit de l'univers riche de Ballard, de « l'espace mental » de l'auteur anglais qui sert de support, de prétexte à la création, toujours par le biais de ce prisme du souvenir. Prendre un matériau, l'explorer par l'esprit, la mémoire, il y a quelque chose des arts plastiques dans cette démarche.

Faussement léthargique, Le portique du front de mer se révèle être une passionnante exploration de soi, une manière de (littéralement!) déterrer ses cadavres pour construire, se reconstruire à travers la puissance de l'esprit et de l'écriture. Une belle confirmation.

Ed. Joëlle Losfeld

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17 mars 2014

Dés-apparition IV.

Dans le train, février 2014.

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Combien de personnages figurent dans cette image ? Clique.

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08 mars 2014

Dès-apparition III.

A l'hôtel, février 2014.

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Clique lumière.

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28 février 2014

Blogversaire !

Racines a huit ans aujourd'hui !

Merci à tous ses fidèles lecteurs.

:-)

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27 février 2014

Dés-apparition II.

Dans le train, février 2014.

 

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Parfois, s'effacer. Clique.

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24 février 2014

Dés-apparition I.

Dans le train, février 2014.

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Clique fantôme.

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01 février 2014

Chronique livre : Nébuleuses

d'Andréas Becker.

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j'ai toujours rêvé d'être malade - (...)

NébuleusesUne femme nous parle de sa vie, de ses parents, son mari, son amant, son fils et de l’étrange lieu dans lequel elle a passé la majeure partie de sa vie et qu’elle nomme son I!nstI!tutI!on. Le récit est heurté, trébuchant, la réalité se dérobe sous les yeux du lecteur. Qui est cette femme ? Nous raconte-t-elle la vérité ? Qu’est-ce que cette institution ? Est-ce réellement un lycée professionnel comme elle nous le dit ? ou plutôt un hôpital psychiatrique ?

Tout comme dans l’Effrayable Andréas Becker réussit au travers l’expression de son personnage à créer une langue tout à fait particulière et cohérente. Cette nouvelle langue présente des distorsions moins importantes que dans son premier roman, un glissement plus léger mais néanmoins bien présent. L’auteur utilise cette langue déviée, déformée avec constance et obstination et il faut lui reconnaître cette capacité à aller jusqu’au bout de son projet, sans jamais rien lâcher ni céder à aucune sorte de facilité. Du “je” transformé en “j’e”, de l’ "institution" en "I!nstI!tutI!on", de l’utilisation de tournures pronominales sur des verbes qui ne sont pas pronominaux, du "moi" devenu "(moi)" ou encore de l’utilisation du tiret comme unique ponctuation, chacune de ces modifications de la langue sont signifiantes.

L’univers déployé par Andréas Becker est, tout comme dans l’Effrayable, particulièrement sombre. Il est question ici de folie, d’inceste, d’enfermement physique et psychique, de recherche identitaire par le biais de la langue et de la création de soi. Le récit de cette femme soulève dans le lecteur une multitude de questions. Et c’est sans doute la limite de ce roman étonnant et courageux. Bien sûr on ne cherche pas dans la littérature des certitudes et des vérités assénées. Mais Nébuleuses exige beaucoup du lecteur dans sa manière de brouiller les pistes et de soulever autant de questions. Cet assaut d’interrogations finit par empêcher le lecteur de rentrer complètement dans cette histoire et de se laisser émouvoir malgré le potentiel émotionnel énorme de son sujet. C’est d’autant plus dommage qu’il ne manque pas grand chose, qu’il faut un talent incroyable pour tenir ce récit d’un bout à l’autre et pour utiliser la langue de cette manière.

J’avoue que quelque part, j’aimerais bien voir Andréas Becker laisser tomber un peu le masque et nous parler un peu plus de lui ou du moins nous parler de lui de manière plus simple, moins distanciée et intellectuelle. La prochaine fois peut-être ?

Ed. Editions de la Différence

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18 janvier 2014

Les Indispensables - Livres 2013

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Vous l'attendiez tous, les plus beaux livres lus par Racines en 2013. Une grosse année lecture, mais un top 10 réalisé en un claquement de doigts et plein de coups de coeur difficiles à départager. Aucune hiérarchie dans ces listes, Racines ne va pas se mettre à distribuer des notes.

 

 

Les indispensables 2013

Percutants, virtuoses ou complétement dézingués, ils ont marqué mon année et ne me quittent plus.

 

1414 de Jean Echenoz (Minuit). Le maître Echenoz nous offre un roman d'une élégance et d'une poésie rare. En une centaine de pages, 14 recèle une richesse stylistique et visuelle, ainsi qu'une ampleur incroyables. Une perle.

 

 

 

   

sitoutnapasperiavecmoninnocenceSi tout n'a pas péri avec mon innocence d'Emmanuelle Bayamack-Tam (P.O.L). Par l'énergie dévastatrice de son écriture, Emmanuelle Bayamack-Tam dresse le portrait sans concession d'une famille bancale et affirme avec force le pouvoir salvateur de la littérature. Une bombe.

 

 

 

   

leromandunetreLe roman d'un être de Bernard Noël (P.O.L). Le pinceau Roman Opalka sous la plume Bernard Noël ou quand un fabuleux système de penser l'Art et le monde se transforme en poésie. Un vertige.

 

 

 

   

leringinvisibleLe ring invisible d'Alban Lefranc (Verticales). Alban Lefranc s'empare d'Ali, malaxe et recrache le mythe. Ca a du souffle, du rythme, de la puissance. Une course.

 

 

 

   

irenenestorIrène, Nestor et la vérité de Catherine Ysmal (Quidam Editeur). Pour son premier roman, décalé et touchant, Catherine Ysmal donne langue, voix et vie à des invisibles. Une révélation.

 

 

 

   

Dans-les-citesDans les cités de Charles Robinson (Seuil). Un anthropologue à la découverte d'une cité. Erudit, foisonnant, hilarant, dérangeant et terrifiant, une fiction mâtinée de sociologie, d'architecture et de politique. Un OLNI.

 

 

 

   

carnet-retrouve-sur-un-cadavreCarnet retrouvé sur cadavre de Kevor Lewandowski (La Machine Folle). Futur livre culte introuvable, la lente agonie de Kevor Lewandowski inadapté chronique et fan de vinyls. En quelques pages, une bonne dose de phrase mythiques, drôles et désespérées, drôles parce que désespérées. Un chouchou.

 

 

 

 

la-disparition-de-jim-sullivanLa disparition de Jim Sullivan de Tanguy Viel (Minuit). Le plus beau roman américain a été écrit par un français cette année. Taquin et virtuose, Tanguy Viel offre une partition ultra-composée mais qui réussit à ne pas faire l'impasse sur l'émotion. Un grand pied.    

 

 

 

 

nueLa Quadrilogie de Marie (Faire l'amour, Fuir, La vérité sur Marie, Nue) de Jean-Philippe Toussaint (Minuit). Parce que c'est beau, beau, beau, que Jean-Philippe Toussaint est un grand maître de la littérature, capable de la plus belle poésie visuelle et de la plus crue et cruelle réalité. Un absolu.

 

 

 

   

nouonsnousNouons-nous d'Emmanuelle Pagano (POL). Emmanuelle Pagano rend visible les liens qui nous unissent. Par une succession de petits tableaux disparates elle nous parle de nous et des autres, de nous contre les autres et avec les autres. Un universel.

 

 

   

 

 

Les tauliers

Certes, ils n'ont pas besoin qu'on leur fasse de la pub, mais fichtre, qu'est-ce que c'était bien.

 

Underground d'Haruki Murakami (Belfond)
Canada de Richard Ford (Editions de l'Olivier)
Un oiseau blanc dans le blizzard de Laura Kasischke (J'ai lu)
D'autres vies que la mienne d'Emmanuel Carrère (Folio)  

 

 

Les titilleurs

Découvertes ou confirmations, parfois un peu boiteux, parfois suprêmement maîtrisés, des textes qui sans aucun doute grattent et frottent, interrogent et malmènent.

 

Paris est un leurre de Xavier Boissel (Inculte)
Une femme avec personne dedans de Chloë Delaume (Seuil)
L'hôpital d'Ahmed Bouanani (Verdier)
La constellation du chien de Peter Heller (Actes Sud)
Le garçon incassable de Florence Seyvos (Editions de l'Olivier)
Le plancher de Perrine Le Querrec (Les doigts dans la prose)
La claire fontaine de David Bosc (Verdier)
Prodiges® de Mariette Navarro (Quartett)

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17 janvier 2014

Chronique livre : Danse noire

de Nancy Huston

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dansenoireNancy Huston fait partie de mes grandes prêtresses de la littérature, ces femmes qui inventent, malaxent, invoquent, percutent. Certains de ses romans m’ont accompagnée, et m‘accompagnent encore aujourd’hui. Mais las, même les plus grandes prêtresses peuvent se casser la gueule de temps en temps. Dèjà, son Infrarouge m’avait pas mal refroidie, Danse noire est une calamité : lourd, inintéressant, dépourvu de toute grâce.

Nancy Huston traverse l’Histoire (et la Géographie) à travers le destin d’une famille d’origine irlandaise. La guerre civile, l’exil, l’émigration, l’acclimatation au Canada, la difficulté à rester soit même au milieu des autres, le mélange, la rébellion, le livre brasse un nombre infini de thèmes.

L’auteur utilise un processus complexe pour construire son roman : le narrateur, personnage du roman et metteur en scène, raconte l’histoire à son compagnon dans le coma comme s’il s’agissait d’un film qui défile devant ses yeux. Cette forme, certes originale, est une vraie fausse bonne idée. On s’imagine Nancy Huston derrière son écran, se tapant sur le front en criant “Euréka, puisque mon narrateur est réalisateur, il faut que j’écrive mon roman comme un film ! ”. Autant vous dire que si le narrateur avait été éboueur ou employé de bureau, la transposition aurait été beaucoup plus complexe. C’est lourd, maladroit, plombant. Le roman se noie par sa forme, il est littéralement écrasé par tout le système que Nancy Huston met en place.

Danse noire se voudrait ample, large, vibrant, palpitant, visuel, traversant l’Histoire et le monde d’un ample travelling impeccablement réglé. Il n’est rien de tout ça, à peine une anecdote, un caillou dans une chaussure. Un livre bien insipide et un très mauvais film.

Ed. Actes Sud

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16 janvier 2014

Chronique livre : Amor Omnia

de Christophe Esnault

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La littérature m’a empêché de me suicider, alors je lui en veux...

Amor OmniaAprès le romantisme échevelé d’Isabelle à m’en disloquer, Christophe Esnault publie ce court texte d’un romantisme noir et ébréché.

Rencontre sexuellement très agressive entre un ex-taulard en fuite, René, et une femme au foyer fragile, Florence. Amor Omnia c’est la cavale de ces deux êtres brisés, dont le seul véritable but est d’échapper à un quotidien qui leur est devenu insupportable. René et Florence iront voir la mer, mais n’iront pas plus loin, à l’adrénaline de leur fuite succède l’enfermement du quotidien.

La véracité des événements et des personnages semblent peu intéresser l’auteur. Certains détails dans la composition des personnages apparaissent ainsi bien peu crédibles : l’ex-taulard qui cherche un livre rare de Brautigan chez un bouquiniste pour l’offrir à Florence par exemple. Le roman semble plutôt être l’expression d’un fantasme romantique de l’auteur, une histoire projetée, toujours à la frontière étroite entre le cauchemar et le rêve, une façon d’échapper à son propre quotidien grâce au recours de l’imagination et au fantasme de l’amour absolu.

Parfois un peu maladroit et bancal, Amor Omnia est cependant très touchant par la fragilité qu’il dégage, ses personnages border-line, et ses dialogues romantico-surréalistes. Une petite curiosité à découvrir.

Ed. Les Penchants du roseau

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15 janvier 2014

Hors-série en rouge et vert.

Paris, décembre 2013.

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Clique ballon.

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14 janvier 2014

Chronique livre : Vermilion Sands

de J. G. Ballard

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Cette nuit-là, je fis un autre rêve démentiel.

Vermilion SandsVermilion Sands, « banlieue exotique » de l'esprit de l'auteur, lieu rêvé , à mi-chemin entre station balnéaire et résidence d'artiste. Ici, tout le monde est artiste ou rentier, les matières sont vivantes, qu'elles soient utilisées pour construire des maisons ou se vêtir, les statues et les fleurs chantent, des raies des sables volent dans les airs. Bref tout n'est que luxe, calme, volupté et il n'y a rien d'autre à faire que de s'occuper de soi et de ses états d'âme.

C'est à Vermilion Sands et dans ses banlieues, que se déroulent l'ensemble de nouvelles rassemblées dans ce volume. Vermilion Sands est donc à la fois la matrice et le fil conducteur de ces nouvelles, accompagné de quelques personnages récurrents (Raymond Mayo) mais qui font plus de la figuration que de la participation active. Les délires et vibrations des nouvelles de Ballard infiltrent l’esprit du lecteur, s’insinuent dans ses synapses et laissent une marque indélébile, mouvante, vivante et irisée.

Bien étrange coïncidence que de lire Vermilion Sands après Les Saisons de Maurice Pons puisque les deux ouvrages présentent des univers diamétralement opposés. Vermilion Sands, c'est l'endroit rêvé où tout est possible et où l'Art est roi, à la fois cadre de vie, objectif et moyen. Le village des Saisons lui, ne peut laisser de la place à rien d'autre que la survie et surtout pas à l'artiste. Et pourtant, que ce soit dans les nouvelles au LSD de Ballard ou le roman à l'alcool de lentilles de Pons, le résultat est souvent le même, l’abandon, la solitude, la folie et la mort. Dur dur d’être un artiste.

Trad. Bernard Sigaud et al.
Ed. Souple (Tristram)

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13 janvier 2014

Chronique livre : Les saisons

de Maurice Pons.

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Je l'ai trouvé enfin, ce lieu de grâce et de merci...

Les saisonsLe quatrième de couverture annonce un livre culte dont les lecteurs formeraient une confrérie d'initiés. Oui-da, chers lecteurs, initiez-vous le plus vite possible à ces drôles de Saisons et agrandissons le cercle !

Siméon a fui le désert et probablement un camp dans lequel lui et sa sœur étaient enfermés. Traumatisé, n'ayant pour lui que des ramettes de papier, des crayons de bois et son immense ingénuité, il s'installe avec enthousiasme dans un village pourtant bien inhospitalier avec la ferme intention d'y écrire un livre.

Maurice Pons installe son personnage dans un monde où tout est décalage. Il y a bien ici un village avec son médecin, ses gendarmes-douaniers, sa taverne, pourtant rien n'est vraiment à sa place, à commencer par le climat : à l'automne pluvieux qui dure seize mois succède une période de gel mortel plus longue encore. Et dans ce pays, ne poussent que les lentilles qu'on mange de toutes les manières possibles, mais surtout dont on boit une gnôle noirâtre et immonde.

L'univers créé par l'auteur est à la fois absurde et cohérent, les habitants s'y sont adaptés en utilisant toutes sortes de ruses de survie. De l'hostilité de ce climat, de ce village, de ses habitants, tous affreux sales et méchants, Siméon l'écrivain, métaphore de l'artiste différent, seul et perdu dans le monde, probable double de l'auteur, ne voit rien. Toujours en contresens du sens de l'histoire, incompris, mais ne comprenant absolument rien lui-même notre héros se délite à mesure qu'il prend confiance, jusqu'à la fin, terrible de noirceur.

Le livre est pourtant d'une drôlerie irrésistible, tant le personnage idéaliste de Siméon se heurte au pragmatisme mais aussi à l'ignorance et la bêtise crasse des habitants du village. Le décalage entre les événements, racontés par un narrateur, et l'interprétation qu'en fait Siméon dans son journal est inénarrable. Maurice Pons étire sa métaphore du statut de l'artiste dans le monde jusqu'au bout et progressivement le livre, bien que toujours aussi drôle, se revêt d'un pessimisme d'une profondeur insondable et ne laisse absolument aucun espoir au lecteur.

Servi par une prose riche, émaillée de quelques mots rares bien sentis, des dialogues fantastiques et délirants, Les saisons est effectivement un véritable chef d’œuvre, et il est bien difficile de comprendre pourquoi, malgré ses nombreuses rééditions, le roman peine à agrandir le cercle de ses initiés.

Un livre culte, un futur classique, un page-turner diabolique, drôle, méchant et brillamment intelligent. Tu sais ce qu'il te reste à faire lecteur.

Ed. Christian Bourgois

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12 janvier 2014

Chronique livre : Six photos noircies

de Jonathan Wable.

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Six Photos NoirciesComme certains (enfin surtout un) lecteurs de Racines se plaignent du manque de chroniques dédiées aux nouvelles (ce qui est un reproche d'une injustice sans nom soit dit en passant), voici donc une chronique dédiée à Six photos noircies, petit objet littéraire tout à fait singulier.

A mi-chemin entre le recueil de nouvelles à proprement parler et le roman, le livre présente quelques épisodes des vies tumultueuses de Valente Pacciatore et Tirenzio Perochiosa, personnages mystérieux, respectivement biologiste et médecin. Leurs destins ne se croiseront qu'à l'occasion d'un seul texte, les autres étant dédiés soit à l'un ou l'autre de ces deux personnages. Le livre peut donc être lu soit comme un ensemble de nouvelles distinctes, soit comme un tout cohérent, comprenant la présentation en avant-propos de nos deux héros ainsi que les épisodes les plus marquants de leur vie et de leur mort.

Valente et Tirenzio sont tous deux attirés par le bizarre, l'horrifique et n'ont de cesse de le traquer aux quatre coins de la planète. L'imagination dont fait preuve l'auteur est sombre, torturée et dresse le portrait d'une humanité perverse et/ou pervertie : nobliaux cannibales, meurtriers en série, créatures chimériques, chanteuses chasseuses, parasites en tous genres. Chaque épisode est situé dans un lieu différent, qui lui donne son titre, lieu réel ou peut-être pour certains imaginaires.

Les textes sont des miniatures parfaitement bien composées, révélant un art de la nouvelle tout à fait intéressant. L'ensemble du recueil dessine une géographie au sens premier du terme (on y voyage beaucoup), mais également une géographie psychique, une cartographie des noirceurs de l'âme humaine. On pense à Poe évidemment, Maupassant ou bien Krzyzanowski. Mais la forme hybride du recueil entre nouvelles et roman avec ce fil conducteur que constitue le destin des deux personnages apporte une vraie originalité à cet objet littéraire et surtout un réel mystère, puisque, au-delà des épisodes racontés avec précision, minutie et concision, le lecteur essaie de démêler les fils lui permettant de comprendre le parcours de ces deux aventuriers.

Une bien intrigante découverte.

Ed. Attila

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11 janvier 2014

Chronique livre : Esprit d'hiver

de Laura Kasischke.

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Quelque chose les avait suivis depuis la Russie jusque chez eux.

 

Esprit d'hiver

On a beau se dire qu'un jour Laura Kasischke finira bien par avoir fait le tour de la question avec ses histoires de femmes, d'adolescentes, de troubles en tous genres, mais fort heureusement ce jour n'est pas encore venu et Esprit d'hiver démontre avec force qu'à partir de motifs archi-rebattus (un huis-clos, un monde extérieur en déliquescence, une mère et sa fille adolescente), on peut écrire un livre absolument fascinant, poétique et inattendu.

C'est le matin de Noël dans la maison de la famille d'Eric, Holly et Tatiana. Pendant que le père part chercher ses propres parents à l'aéroport pour le déjeuner de fête en famille, la mère effectue les derniers préparatifs du déjeuner et tente par tous les moyens d'améliorer l'humeur massacrante de Tatiana, leur fille adoptive d'origine russe. Dehors une tempête de neige fait rage, condamnant au huis clos les deux femmes pour toute la journée.

Holly est obsédée par une pensée, qui tourne dans sa tête depuis son réveil. L'humeur massacrante de sa fille, cette neige qui n'arrête pas de tomber, des coups de fil anonymes insistants et les souvenirs de l'adoption qui lui reviennent en mémoire, transforment les pensées de cette tranquille mère de famille en une spirale infernale et révélatrice.

Progressivement l'écriture de Kasischke se fait plus serrée, elle réussit à faire monter la tension de manière magistrale, à dévoiler progressivement ses cartes en étant surprenante à chaque page. On retrouve dans Esprit d'hiver des thèmes chers à l'auteur, l'adolescence, ses troubles et ses révélations, le sentiment de culpabilité qui se projette dans les moindres gestes du quotidien et les moindres pensées, le froid, la neige et l'engourdissement, la volonté de ne pas voir dont ils sont la métaphore (Kasischke l'avait d'ailleurs déjà utilisée dans Un oiseau blanc dans le blizzard).

Mais la dame a un tel talent, qu'elle réussit le tour de force de manipuler l'esprit du lecteur à chaque page. Sa prose est riche, poétique, sensorielle, entêtante, lancinante et fascinante. On pose le livre en état de transe, en hululant de la douleur et de la joie immense de s'être laissée prendre par cette histoire, berner par tant de virtuosité derrière une telle simplicité de dispositif et cette apparente simplicité narrative. La grande grande classe.

 

Trad. Aurélie Tronchet
Ed. Christian Bourgois

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05 janvier 2014

Automne XV.

Paris, novembre 2013.

 

1-PB249319

 

Bonne année à tous les lecteurs fidèles de Racines !
Clique canard.

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24 décembre 2013

Automne XIV.

Paris, novembre 2013.

1-PB249317

Glisse et clique.

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