Racines

24 avril 2016

Chronique livre : La maison de vos rêves

de Martti Linna.

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Parfois un bon petit polar venu du Nord, ça ne peut pas faire de mal se dit-on. Et puis la couverture (superbe) de celui-ci nous fait déjà voyager dans les forêts boréales finlandaises, parsemées de lacs glaciaires. On sent déjà l'odeur du pin et le froid qui nous brûlent les narines. Le mystère, la violence qui émergent dans cet écrin sauvage et inhospitalier, on devine un inspecteur mutique et tourmenté par ses propres démons en train d'essayer d'achever ceux des autres.

Mais en fait non.

Pas du tout même.

Alors visiblement, je vous déconseille fortement d'avoir un pépin en Finlande qui nécessiterait de faire appel à la police, parce que vous ne seriez pas hyper certains de voir votre problème résolu par des agents motivés. L'inspecteur en charge de l'enquête (une histoire de tentatives de meurtres sur  la personne d'un constructeur de maisons en bois) fait preuve d'un manque d'entrain tout à fait remarquable à aller creuser les pourtant nombreuses pistes qui s'offrent à lui.

Fossé culturel entre moi et la Finlande ou difficultés de traduction insurmontables, les raisons pour lesquelles cette histoire m'a laissée de bois sont sûrement nombreuses. Je n'ai pas compris grand chose à l'humour distancié de cet inspecteur qui passe beaucoup plus de temps à porter un jugement sur son entourage professionnel et personnel qu'à essayer de résoudre l'enquête. En fait, j'ai compris que c'était censé être drôle à peu près à la moitié du bouquin. Vous dire. On appréciera particulièrement la comparaison fréquemment répétée entre les personnages féminins et des races de chevaux finlandaises. Classe et délicatesse sont au rendez-vous chez cet inspecteur dont on peine à comprendre la ligne directrice et à discerner l'humanité.

Et pourtant, quel dommage. Parce qu'il y avait du potentiel dans cette histoire et ce décor. Quelle bonne idée, par exemple, ce village de maisons témoin en bois, perdu dans la forêt, rêve finlandais par excellence, solide, démontable et durable, solution à tous les problèmes de couple, à tous les problèmes tout court. Le village et les hommes qui lui donnent vie suivent des règles strictes de normes de qualité, étourdissantes de minutie et effrayantes de conséquences. Mais c'était sans compter sur le copeau qui s'échappe, la cheville plantée avec violence au mauvais endroit et au mauvais moment.

Il y a plein de bonnes idées dans ce livre, quelques personnages intéressants, mais le tout reste assez décousu et tout de même maladroitement écrit (traduit ? ça n'a pas l'air très évident à digérer le finnois). Culturellement et sociologiquement, c'est tout de même assez intéressant cette plongée dans la Finlande profonde. Mais, pas le même humour ou des attentes initiales trop éloignées du contenu du roman, je suis tout de même restée sur ma faim, en rêvant qu'on implante par exemple un Wallander-Branagh dans ce décor de maisons de rêve, dévoré par ses regrets et ses fantômes, impuissant face à la vengeance de l'opprimé. Oui, ça ça ferait un beau film.

Ed. Gaïa (polar)
Trad. Paula Nabais et Christian Nabais

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12 avril 2016

Chronique livre : La jeune Épouse

d'Alessandro Baricco.

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Fais-moi goûter.

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Certains, qui se reconnaîtront peut-être, ont, de tous temps, moqué mon goût assez immodéré pour Alessandro Baricco. Mais voilà, je persiste et signe, Baricco fait définitivement partie des patrons de la littérature contemporaine. Il a ce génie de se réinventer à chaque fois, avec humour, plaisir, légèreté, gourmandise et fantaisie et pourtant de rester identifiable dès la première ligne.

La Jeune Épouse est un roman initiatique au féminin, ce qui n’est pas très courant finalement. Ici, les personnages, n’ont pas de nom, que des « titres », le Père, le Fils, la Mère… chacun a sa place dans cette famille et la Jeune Épouse n’en fait pas encore partie, promise au Fils qui  est parti et tarde à revenir. Dans cette famille non conventionnelle, la Jeune Épouse découvre des mondes inconnus et charnels, teste son amour et sa patience, bouscule ses habitudes et convictions. Tout comme le lecteur.

(...) il m'arrive de changer plus ou moins brutalement de narrateur, pour des raisons qui, sur le moment, me paraissent rigoureusement techniques et tout au plus banalement esthétiques, avec pour résultat manifeste de compliquer la tâche du lecteur, (...)

Car loin d’être un simple conte, La Jeune Épouse pousse à s’interroger sans cesse, brouille les pistes de la narration. Si tout le monde dans cette famille est à sa place, tout le monde a également sa place dans la narration en elle-même. Qui est en train de nous raconter l’histoire se demande le lecteur ? Car le narrateur change au gré des envies de l’écrivain, qui lui-même n’hésite pas à intervenir dans le cours de son histoire, à intégrer des éléments de son histoire à lui et à rebasculer ni vu ni connu dans le cours du récit initial. Tout ça dans un geste d'écriture d'une souplesse absolue, écriture qui se fait ambiguë, ambivalente, qui joue sur plusieurs tableaux avec plusieurs niveaux de sens différents. Mais comme c’est brillant et taquin ! Car l’écrivain (ou son double), n’hésite pas à se moquer de lui-même, à s'interroger sur sa propre démarche, à faire part de ses doutes, tout ça pour mieux affirmer sa totale liberté d'écrivain.

Moi je trouve ça beau, profond, léger, plein de vie et de plaisir, d'une virtuosité d'écriture implacable sans jamais être démonstrative. La grande classe.

Avec la langue, elle alla récupérer deux choses qui lui appartenaient et qui provenaient de son giron.

Ed. Gallimard
Trad. Vincent Raynaud

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28 mars 2016

Chronique livre : Les invécus

d'Andréas Becker.

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Maman, la honte ne me quitterait plus, c'était ma punition, ma peine capitale, revivre toujours, ne jamais pouvoir mourir pour de bon.

lesinvecus

Il avait vingt ans il y a vingt ans. Et il y a vingt ans il a écrasé un piéton. Depuis le temps s'est arrêté. Enfin pas vraiment. Mais il continue de vivre et de revivre la scène de l'accident. Des éléments s'en échappent, viennent brouiller le réel. Quelques pièces de puzzle, des motifs et des scènes récurrentes, tout se répète, se construit pour mieux se défaire et se recomposer. Quelques personnages aux noms étranges passent (réels ou fictifs ?), insaisissables.

Le héros, disons l'homme plutôt, a vraiment du mal avec la réalité. On pense à quelques grands livres récents et leurs héros dont les pieds touchent avec difficulté le sol, le très beau Pas Liev ou encore la magnifique Femme d'un homme qui. Mais le lecteur a aussi parfois l'impression étrange d'être emprisonné dans un texte Nouveau roman sépia et légèrement décoloré, mâtiné de roman noir vintage.

Naître complètement relevait de l'impossible.

Il y a des scènes saisissantes dans Les invécus, l'accident bien sûr, mais bien d'autres encore qui bien vite se délitent pour se transformer en autre chose, puis autre chose encore sans qu'on ait vraiment compris comment on avait pu atterrir là. Par exemple cette scène de sexe qui en un seul mouvement se transforme en accouchement. C'est totalement étonnant de réussir à retranscrire quelque chose de la fluidité du rêve (ou plutôt du cauchemar) par l'écriture.

J'ai besoin d'une nouvelle grammaire sinon je n'irai pas plus loin, seul le conditionnel me permettrait de me glisser dans le dicible. J'écrirais des phrases avec des majuscules au début et des points à la fin, avec des mots, des vrais enfin. On me l'aurait conseillé.

Dans les précédents romans d'Andréas Becker, il y était perpétuellement question de la recherche d'identité. Les invécus continue à creuser ce sillon, la recherche de soi à travers l'écriture et la naissance de l'écriture à travers soi. Laissant de côté ses prouesses lexicales sans pour autant affaiblir sa puissance stylistique, l'auteur creuse, fouille, déterre, explose, réunit, invoque encore et encore telle scène, tel détail, tel motif. Et c'est l'écrivain qui naît, grandit, mûrit, s'invente sous nos yeux. Moi je trouve ça beau et touchant.

Ed. Editions de la Différence

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27 mars 2016

Chronique livre : City on fire

de Garth Risk Hallberg. 

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cityonfire - copie

Il paraît donc que c'est le roman le plus cher de l'histoire. Mais ça je ne le savais pas en l'achetant. Tout simplement séduite par le titre, la couverture, le papier bible et ces inserts bizarroïdes dans le cours du roman. Acheté donc en se disant que je n'aurais de toutes façons jamais le temps de lire une telle pavasse. Presque mille pages et des pages assez denses.

Aussi denses que cette histoire, ses dizaines de personnages, ses intrigues emmêlées, imbriquées, ses ramifications multiples. Et c'est tout le talent de la littérature américaine qui se dresse au travers de ces personnages tous plus ou moins déglingués. G. R. Hallberg a sans aucun doute lu tous les bons livres et réussit à faire exister ses personnages, du principal au figurant d'arrière-plan, de manière convaincante. On s'attache à toute (ou presque, le frère démon brrrrr) cette galerie de portraits, du journaliste alcoolique, au flic cabossé (au sens propre, polio), en passant par l'ado perdu et la mère hantée par son passée.

Et puis il y a aussi ces scènes, quelques-unes, qui émergent du magma, dans un état de grâce absolu. Durant ces scènes, pas besoin de paroles inutiles. L'auteur se contente de décrire ce que font ses personnages, juste leurs gestes et leurs hésitations. Par exemple cette scène magnifique dans laquelle la mère de famille, hantée par l'avortement qu'elle a subi lorsqu'elle avait 20 ans est tentée de projeter sur un adolescent perdu les fantômes de son passé et finit pourtant par s'en détourner, choisissant la vie, le futur, plutôt que le repli sur soi. C'est beau, pudique, tout en retenu. Allez, il y a même quelques éclats de Richard Yates là-dedans. Mais un Richard Yates sous amphéts et cocaïne qui aurait eu bien du mal à contenir son récit dans une volumétrie modérée.

Alors City on fire, un chef d'oeuvre ? Certainement pas. Le roman est bourré de défauts, trop long, digressif à mort, bordélique. Et pourtant. Par sa construction complètement éclatée (il faudrait s'y pencher scrupuleusement, mais tout de même difficile de remettre tout en ordre et de comprendre exactement le schéma suivi par l'auteur), City on fire semble ressusciter quelque chose de l'atmosphère de l'époque, ce New York de la fin des années 70, libre, rebelle, artiste et pourtant manipulé (déjà) par la grande finance qui dessine son futur à coup de déclarations d'insalubrité et d'incendies criminels.

Malgré son épaisseur et ses côtés foutraques, City on fire est pourtant difficile à lâcher. Rien à dire, ils sont forts ces ricains pour faire naître des personnages et des scènes absolument inoubliables.

Ed. Plon (Feux croisés)
Trad. Elisabeth Peellaert.

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21 mars 2016

Chronique livre : Envoyée spéciale

de Jean Echenoz.

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Non mais que ça fait du bien parfois qu'on vous raconte une histoire et comme il le fait bien Jean Echenoz. Parce qu'avouons, Envoyée spéciale n'a probablement guère d'autre ambition que de nous faire prendre du plaisir, et ça fonctionne remarquablement bien.

D'abord grâce à cette histoire, rocambolesque, aux multiples pistes que l'auteur se plaît à brouiller, puis dévoiler avec un savoir-faire d'horloger suisse. Ensuite grâce à son style inimitable, mélange de virtuosité indéniable et de légèreté taquine. Chez Echenoz, quelque part, on se sent à la maison ou avec des amis de longue date : tout est balisé, connu, facile, simple mais jamais simpliste.

Parce que c'est tout de même un festival. Festival d'inventivité romanesque d'abord, les histoires se croisent, s'entremêlent, dans une tapisserie complexe et farfelue. Festival d'humour, l'auteur y est omniprésent et s'amuse comme un fou à brouiller les pistes, à balader le lecteur. On a l'impression d'être pris par la main par un guide espiègle qui nous promène dans le temps et l'espace de son histoire. Mais Envoyée spéciale est aussi, mine de rien, un festival d'érudition, mais une érudition joyeuse, qui ne s'impose jamais et sert en permanence l'histoire. On se demande d'ailleurs si tout le livre n'est pas destiné à conduire le lecteur par le biais des pérégrinations de ses personnages dans cette très mystérieuse DMZ coréenne.

Alors évidemment, Envoyée spéciale ne révolutionnera pas votre vision de la littérature, mais tout de même, entre nous, qu'est-ce que c'est bon.

Ed. Editions de Minuit

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20 mars 2016

Chronique livre : Ce que j'appelle jaune

de Marie Simon.

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Difficile pour le lecteur, ou plutôt la lectrice que je suis, de parler de ce livre qui oscille sans cesse et jusqu'à la fin entre grand cri d'amour et déballage impudique. Difficile parce que Marie Simon y aborde des thèmes qui me touchent assez personnellement, comme beaucoup d'autres, sans aucun doute et qu'elle le fait sans filtre, sans circonvolution, en s'entaillant le ventre de bas en haut et en se sortant les tripes.

Tout ça ne s'écrit sûrement pas. Ce serait gênant pour tout le monde, et puis ça ne sert à rien.

Viscéral donc, parfois un peu trop, le lecteur ne se sent donc pas forcément à se place. On pense à Emmanuel Carrère et son roman russe parfois, dans cette façon de ne pas prendre de distance et de plonger le lecteur dans son intimité, ou du moins dans l'intimité de son héroïne. Il faut avoir du courage pour faire ça, de l'inconscience aussi peut-être. Ce n'est clairement pas mon truc en tant que lectrice, mais aussi sans doute parce que ça réveille chez moi des choses que je n'aimerais rien tant que voir enfouies à coups de bottes.

Personne pour veiller à ne pas l'abîmer d'avantage (...).

Pourtant, impossible de lâcher le morceau. Parce que quelque part il y a de l'énergie dans cette écriture, de la poésie et beaucoup d'amour. C'est quand elle parle de l'enfant, de cette vie qui enfante sa mère autant qu'elle l'enfante que le livre devient infiniment touchant. Débarrassée de ses peurs, elle donne voix à l'enfant, cet enfant qui s'est imposé à elle et qu'elle a accueilli comme une évidence. L'enfant dicte, impose, modèle celle qui lui donne vie ou plutôt la révèle à elle-même.

Elle sera ma mère, ma seule maman, mon amour-corps. Je ne l'observe pas, c'est inutile. Je la connais, c'est moi qui l'ai faite.

C'est beau, bancal, écorché, trop long, touchant, maladroit et puissant. C'est un livre sur le fil, fragile, plus roseau que chêne, et en tous cas plein de promesses d'écriture à venir.

Ed. Editions Léo Scheer

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18 mars 2016

Chronique livre : Consumés

de David Cronenberg.

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Parfois, on est sentimental. On se rappelle de grands souvenirs de cinéma, déjà anciens et on a envie de retrouver une sensation, un frisson, une stimulation. Alors on fait les fous, on achète un livre, écrit par un ex demi-dieu du cinéma et. Rien. Ou presque. Ou un mélange étrange de perplexité, de consternation. D'hilarité même.

Parce que tout de même, Consumés est un assez gros ratage et démontre de belle manière qu'écrire des livres, c'est un métier. Le livre commence comme une espèce de scénario qui pasticherait Cronenberg (le réalisateur) en explicitant tout ce qui normalement, dans son cinéma, passe par l'image. Alors évidemment, ça n'est pas léger léger, même assez lourdement signifiant. Le tout est par ailleurs servi par un style d'une platitude extrême. On ne sait qui conspuer, l'auteur ou la traduction et puis on se dit que non, impossible que la traduction soit en cause, et on a alors une pensée de sympathie pour la traductrice qui a dû se coltiner ces dialogues accablants pendant des centaines de pages. La construction en parallèle pourrait être intéressante et insuffler une certaine dynamique au roman, mais elle est clouée au sol à peu près au milieu, par le monologue d'un personnage racontant une histoire fleuve de manière excessivement littéraire et artificielle. Mon dieu, quel ennui. La fin du roman en revanche apporte sa petite pincée de mystère et de folie, mais bien tard, et sans non plus grand génie.

Cronenberg n'arrive que très rarement à faire naître la curiosité du lecteur au cours de cette histoire biscornue. Certes, on retrouve tous les motifs relatifs aux particularités et motifs récurrents de son cinéma, technologies, sexes, mystères et bizarreries en tous genres. On pourrait donc en tirer toutes les analyses qu'on peut faire de son cinéma. Mais c'est presque trop, une vraie accumulation, on frôle l'auto-pastiche. A quoi bon ?

Alors, comme on est sentimental, on n'arrive pas à lui en vouloir et on ne regrette rien. Mais tout de même, bof bof bof.

Ed. Gallimard
Trad. Clélia Laventure

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14 février 2016

Chronique livre : Fabrication de la guerre civile

de Charles Robinson.

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Un corps raconte toujours une manière de faire la guerre.

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De temps en temps dans ta vie, tu rencontres quelqu'un dont le cerveau ne tourne visiblement pas à la même vitesse que le tien, dont les capacités d'analyse, de détection de la faille sont sidérantes de rapidité. Charles Robinson fait visiblement partie de ces gens-là. Dans les cités me faisait découvrir un écrivain déroutant et passionnant, Fabrication de la guerre civile m'a donné envie de ululer en courant nue sous la pluie. Non mais sans blague, quelle claque, oh lecteur.

C'est à dire qu'on ne sait pas vraiment pas où commencer avec cette merveille. Suite de Dans les cités ? Roman choral ? Affreux bordel ? Mine de trouvailles ? Explosion poétique ? C'est tout ça à la fois, mais finalement tout ce qu'on pourra en dire sera vraiment trop peu.

Avant le béton et les politiques de la ville, les Cités sont formées comme pour n'importe quel autre point du monde, de familles, d'amitiés et d'amours, incubateurs puissants des malheurs intérieurs.

La capacité de Charles Robinson à manier des dizaines de personnages, de lieux, de registres de langue est à elle seule une raison suffisante pour acheter et lire ce livre. C'est virtuose, aucun doute là-dessus, et complètement bluffant. Un peu comme quand on en arrive à la dernière saison de sa série américaine préférée, que le scénario est parti dans tous les sens et que l'équipe d'auteurs arrive à trouver le truc qui relie le tout, qui met de la cohérence, de la lumière, de l'ordre dans le joyeux bordel, bref à insuffler de la vie. Fabrication de la guerre civile, c'est un peu ça, un concentré de vies, des lignes qui se croisent, une géographie de l'humain, un drame shakespearien labellisé 9-3.

C'était ça aussi, Paris : l'extérieur est joli, mais quand tu pousses une porte c'est le sous-développement locatif. En plus, Paris, c'est un peu loin de tout.

Et revenons un instant sur la capacité d'analyse et de détection des failles (auto-citation), non mais parce que le gars réussit en une phrase à te démonter toute la sociologie d'une génération ou à relever le signifiant dans le moindre bout de tee-shirt. Oui, je sais, je m'explique mal --> vous n'avez qu'à aller l'acheter (astuce !). Pour être plus sérieuse, Charles Robinson a une faculté bluffante à s'accaparer les langages, les symboles (banlieues, institutionnels, politiques...) et à malaxer tout ça pour créer, ou plutôt recréer, réinventer, révéler les codes, les langues, les cadres... tout en les faisant exploser. Il y a beaucoup de pages, et pourtant pas une devant laquelle on ne s'exclame "oh là ! ici ! la belle bleue ! la belle rouge ! ouiiiii !". Non mais les "smileys Robinson" quand même, sans rire, génial non ?

Viols, traîtrises, vengeances. A deux millénaires près, nous serions tous dans la Bible. Vous nous adoreriez.

La virtuosité t'ennuie me diras-tu ? Ce qu'il te faut, ce sont des histoires, des vraies, avec des sentiments, un développement, du drame, un épilogue ? Les romans de petits malins, très peu pour toi ? Mon pauvre ami, il y a tout ça également dans cette merveille. Des amours contrariées sous fond de guerre civile (-->Autant en emporte le vent), des amours fantômes (-->Vers l'autre rive), des amours déçues (--> Nous ne vieillirons pas ensemble).

Il y a tout est plus encore dans Fabrication de la guerre civile, politique, sociologie, drame. C'est passionnant et je ne sais plus quoi faire pour que tu cours chez ton libraire, oh lecteur. Fais-moi plaisir, fais-toi du bien, lis cette merveille.

Ed. Seuil

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24 janvier 2016

Chronique livre : Peindre, pêcher et laisser mourir

de Peter Heller.

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Non mais comment ils sont forts ces ricains quand ils s'y mettent. Dans son deuxième roman, le très prometteur Peter Heller, découvert en France grâce à la magnifique Constellation du chien, déploie à nouveau des trésors d'humanité poétique et rugueuse.

Un petit mot d'abord sur ce sublime titre français, Peindre, pêcher et laisser mourir (en VO, The Painter...), sorti d'on ne sait où, mais dont on bénit le créateur. Ce titre dit tout du roman et pourtant si peu à la fois.

Un peintre au passé chaotique, englué dans le deuil de sa fille qu'il n'arrive pas à négocier, s'isole pour peindre et pêcher dans un coin de campagne presque perdu. Au cours d'une virée de pêche, il sauve de la main brutale de son propriétaire, une petite jument. L'esprit naïf du lecteur se dit alors qu'on va avoir droit classiquement à une histoire de rédemption et d'acceptation de soi et de sa douleur par le sauvetage d'un être plus faible et fragile.

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C'est sans compter sur le tempérament légèrement sanguin de notre héros et  l'immense talent de Peter Heller qui nous entraîne dans une course-poursuite échevelée et déchirante, ponctuée par des pauses "pêche, peinture et flash-back" sidérantes d'audace et de beauté. Oui, il y a de l'audace à "casser" sa ligne narrative de cette manière-là, quand le mec à envie de pêcher, il largue tout pour pêcher, quand Peter Heller a envie de raconter le frétillement de la truite et le comportement de la mouche, il largue tout pour raconter le frétillement de la truite et le comportement de la mouche. L'auteur réussit à faire coïncider la forme de son roman avec la complexité de son personnage, sans chercher le confort pour le lecteur et les chemins balisés.

Ce qui bluffe dans ce roman, c'est sa capacité à révéler les nuances. Comme les peintures du héros, compositions faussement simples et naïves, Peter Heller réussit à superposer les couches de complexité dans les agissements de son héros, sans oublier d'ailleurs ses personnages secondaires, bigrement réussis. On est complètement fasciné notamment par le "traqueur vengeur", sorte de double négatif du héros, à qui on doit un final tout en ambiguïté.

Rugueux, mal peigné, parfois bancal, Peindre, pêcher et laisser mourir contient tellement d'intelligence, d'humanité, de finesse et d'honnêteté qu'on ne peut que hurler de joie et vous conseiller avec insistance la lecture de ce roman magnifique et poignant.

Trad. Céline Leroy.
Ed. Actes Sud.  

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22 janvier 2016

Les indispensables - Livres 2014-2015

Racines a peu de temps pour écrire depuis deux ans, mais lit (presque) toujours autant. Un petit créneau pour faire le point sur les 20 indispensables lus en 2014 et 2015. Il y a du beau, du magnifique et du sublime. Dans l'ordre alphabétique des titres.


L'ancêtre de Juan José Saer (Le Tripode)

Crash-test de Claro (Actes Sud)

Et quelquefois j'ai comme une grande idée de Ken Kesey (Monsieur Toussaint Louverture)

Far from the madding crowd (Loin de la foule déchaînée) de Thomas Hardy. (Epub, Collins classics)

Grosses joies de Jean Cagnard (Gaïa)*

L'histoire de Daniel V. de Pierre Brunet (Signes et Balises)

Histoire d'un Allemand de Sebastian Haffner (Babel)

Je viens d'Emmanuelle Bayamack-Tam (POL)

Krach de Philippe Malone (Quartett)*

Mécanismes de survie en milieu hostile d'Olivia Rosenthal (Verticales)

Minsk cité de rêve d'Artur Klinau (Signes et Balises)

Moo Pak de Gabriel Josipovici (Quidam éditeur)

Pas Liev de Philippe Annocque (Quidam éditeur)

La petite lumière d'Antonio Moresco (Verdier)

Le portique du front de mer de Manuel Candré (Joëlle Losfeld)

Les saisons de Maurice Pons (Christian Bourgois)

Le sanglier de Pierre Luccin (Finitude)

Soumission de Michel Houellebecq (Flammarion)

Une forêt d'arbres creux d'Antoine Choplin (La fosse aux ours)

22/11/63 de Stephen King (Le livre de poche)


* Chroniques disponibles dans l'indispensable Revue dissonances

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21 janvier 2016

Chronique livre : Victoria n'existe pas

de Yannis Tsirbas.

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Certains éditeurs sont là pour nous rappeler que la littérature, ce n'est pas seulement un grog au coin du feu, mais ça peut-être également un caillou pointu dans la chaussure. Quidam éditeur fait partie de ces rares précieux.

Point de confort dans ce court texte incisif nous provenant d'une Grèce qui n'en finit plus de criser. D'ailleurs, comment être confortable dans un quartier qui n'existe pas. Car Victoria est un quartier qui n'a d'existence que pour ses habitants. Dont cet homme, qui parle à cet autre, dans le train. Cet homme qui crache son quotidien, dans ce quartier misérable qui attire des étrangers, plus misérables encore. Ce quartier qui change, évolue, et devient à lui seul le symbole de toute la misère du monde. Mais le discours de l'homme est difficile à entendre pour les hommes aux bonnes intentions dont fait partie son auditeur forcé.

Victoria

Entrelacés dans ce monologue déroutant, quelques parcours de vie d'habitants de Victoria sont racontés, des destins brisés, violents, misérables.

Victoria n'existe sans doute pas, mais ses habitants oui. Et leur quotidien mérite qu'on s'y attarde, qu'on le prenne en considération, qu'on l'écoute. Et c'est la grande force de ce très court premier texte, brutal, inconfortable, nous forcer à écouter ce que ces hommes et ces femmes ont à dire. Un écrivain est né.

Trad. du grec par Nicolas Pallier
Ed. Quidam éditeur.

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20 janvier 2016

Chronique livre : Leurs contes de Perrault

de Gérard Mordillat, Frédéric Aribit, Alexis Brocas, Nathalie Azoulai, Cécile Coulon, Fabienne Jacob, Hervé Le Tellier, Leila Slimani, Emmanuelle Pagano, Manuel Candré, Christine Montalbetti.

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leurscontesdeperrault

J'adoooooore les contes, j'adore qu'on me raconte des histoires. J'ai toujours été fascinée par les contes, ce matériau meuble, mouvant, qui ne demande qu'à être récupéré, trituré, malaxé, au gré de la volonté de celui qui le dit ou l'écrit. Les contes, et notamment ceux de Perrault, c'est le fondement de l'enfance, une part de l'inconscient collectif, les briques sur lesquelles on construit les murs.

Aussi, c'est toujours un grand plaisir de voir que l'esprit du conte, malgré le 2.0, résiste, que ce soit à la télévision (la très inégale mais intéressante série Once upon a time), mais aussi donc dans la littérature avec cette prometteuse compilation de revisites des contes de Perrault par une belle brochette de fines plumes de la littérature française.

9782714469045

Le titre est beau, tout d'abord. Leurs contes de Perrault, c'est une promesse de réappropriation, un espace de liberté accordé aux auteurs. L'exercice est clairement à moitié réussi. Certains auteurs semblent avoir du mal avec ce processus de réappropriation et se débattent avec leur propre production : des textes assez peu inspirés et parfois franchement maladroits malgré quelques bonnes idées par-ci par-là. D'autres brillent cependant dans l'exercice.

 

Les deux papous Hervé Le Tellier et Gérard Mordillat survolent l'exercice et on en attendait pas moins d'eux. Drôle (sacré Riquet) ou bigrement mystérieux (on cherchera activement Andres Delajauria sur internet) leurs textes, sont judicieusement placés dans l'ouvrage, en introduction et au milieu du volume, lui servant de piliers.

La fin du volume réserve également deux belles surprises. Tout d'abord le texte sombre, totalement inattendu d'Emmanuelle Pagano, revisite du conte en vers Griselidis, avec cette violence quotidienne sourde totalement insupportable qui donne envie de hurler. Enfin avec le très beau texte de Manuel Candré, mêlant de manière taquine Poucet et Ulysse, dans une célébration joyeuse et enchanté de toutes ces histoires qui nous construisent. L'esprit du conte n'est pas encore mort.

Ed. Belfond.

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14 novembre 2015

Chronique livre : Charøgnards

de Stéphane Vanderhaeghe.

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Que veut dire longtemps face à la défection du temps ?

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Etonnant et paradoxal ce Charøgnards qu'on n'imagine guère mieux logé ou logé ailleurs que chez le précieux Quidam.

Paradoxal parce que ça comment plutôt mal, du moins pas très bien avec ces "ouvertissemens" initiaux. C'est bien fait et certes très maîtrisé, mais bon, cette déformation de la langue, on a l'impression de l'avoir déjà lue, réminiscences de Russell Hoban (Enig marcheur) ou dans le domaine francophone d'Andréas Becker (L'Effrayable, Nébuleuses) ou encore dans une moindre mesure chez Alain Damasio et sa très intéressante Horde du Contrevent.

charognards_plat1-a640c648f487bf496e746cf0bdc05f0fMais passons ce préambule peu convaincant pour atteindre le coeur du texte. Là c'est tout de suite plus intéressant. Alors évidemment cette histoire d'un village progressivement envahi de volatiles, c'est également ultra-référencé (Alfred H. sors de ce corps), voire faire écho à des publications plus récentes (l'étrange Cité des oiseaux d'Adam Novy). Mais pourtant, l'auteur réussit à faire naître une réelle étrangeté bien au-delà de ses références. Le narrateur, marié et père, commence à rédiger un journal pour relater les événements avicoles. Il souhaite rester dans le village, sa femme souhaite partir et bientôt part. Ou plutôt disparaît. En fait, on ne sait pas vraiment ce qui lui arrive. Les oiseaux sont là, se multiplient, mais ne font rien d'autre, présence passive et suffocante.

Les mots seuls ne me suffisent pas mais c'est tout ce qu'il me reste à présent.

charognards3Pourquoi cet homme s'obstine t'il à rester dans ce village progressivement envahi ? Il reste oui, et se raccroche à tout ce qui lui reste, les mots et la langue. Et son journal se fait alors le témoin moins des événements que de sa recherche méthodique de sens dans le texte. Comprendre, témoigner, fouiller, extirper du sens aux mots pour extirper du sens tout court. A coup d'inventaires minutieux des objets de sa maison, l'auscultation scrupuleuse d'étiquettes de cosmétiques, l'homme écrit et divague.

charognards2Il y a parfois des longueurs, des afféteries de quelqu'un qui écrit un peu trop bien, mais il y a aussi souvent des trouvailles magnifiques, des incursions poétiques renversantes, des inventions typographiques malignes comme tout (ahhh le disparition progressive du j et donc du je !!). Bref, il y a des milliers d'idées, et sans doute même un peu trop pour ne pas frôler parfois la démonstration.  Mais on oublie assez vite tant cette richesse force le respect. Richesse aussi dans les interprétations possibles de ce texte : une infinité. Je ne m'amuserai pas à vous exposer la mienne, de peur de ne pas vous aider à trouver la vôtre.

Agaçant, foisonnant, ambitieux, inventif et parfois touché par la grâce,  Charøgnards n'a rien d'un livre confortable et réussit en tous cas excellemment à éviter chez le lecteur l'éveil du pire sentiment qui soit face à un livre : l'indifférence.

Ed. Quidam éditeur.    

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13 novembre 2015

Chronique livre : Pas Liev

de Philippe Annocque.

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C'était peut-être tout simplement le signe que l'on mesurait sa faculté de comprendre à sa juste valeur, c'était peut-être tout simplement le signe qu'il était reconnu, lui, Liev, pour ce qu'il était : un homme intelligent à qui l'on n'avait pas besoin d'expliquer les choses par le menu pour qu'il les comprenne.

 

PasLiev-300x300Il ne faudrait tout de même pas prendre des vessies pour des lanternes. Liev n'aimerait pas ça s'il s'en apercevait. Le problème c'est qu'on ne peut pas vraiment être certain qu'il s'en aperçoive. Et ce serait sans doute beaucoup mieux comme ça.

Parce que Liev est un monsieur très bien et très comme il faut dans un costume (veste + pantalon assorti = costume). Il arrive à Kosko pour devenir le précepteur des enfants de la maison. Mais le problème, c'est qu'ils ne sont pas là. Voilà qui est fort contrariant. Surtout pour Liev. Parce que Liev a un petit peu de mal avec la réalité, il a des difficultés à saisir ce que les gens lui disent. Heureusement que Liev est très intelligent, alors grâce à son grand sens de la déduction, il comble les blancs entre ses point d'accroche au réel avec ce qui lui semble le plus logique. Mais Liev a surtout beaucoup plus d'imagination que de logique.

Du temps et du lieu manquaient.

72dpi-site-couvpasliev-805f880f4e6c1b18103095c0546a492fPhilippe Annocque réussit à choper le lecteur dès la première page, de son écriture légère et légèrement décalée. Le roman commence de manière assez classique même si derrière les questions que se pose Liev, on sent que quelque chose grince et déraille. Mais déraille jusqu'à quel point ? Difficile de le savoir car c'est bien le point de vue de Liev qui nous ait donné ici. Et au début, il peut s'entendre. Puis le récit se dédouble, puis le récit se multiplie comme des Mogwai qu'on aurait mouillé par inadvertance. Qu'est-ce qui est vrai ? Qu'est-ce qui est faux ? Mazette, quel jeu de piste.

On est aussi infiniment touché par ce Liev profondément seul et qui n'appartient à aucun monde, et finalement même pas au sien. Précepteur sans enfant à instruire, amoureux sans fiancée à aimer, Liev ne comprend rien d'une société qui ne le comprend pas. Redistribuer les cartes en permanence tout en réussissant à construire un récit portant en lui une progression dramatique, voilà le tour de force de Philippe Annocque, qui se place ainsi sous la tutelle heureuse de Beckett, Karinthy et Kafka. Acrobatique, poignant et réussi.

Ed. Quidam éditeur.

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10 octobre 2015

Chronique livre : Crash-test

de Claro.

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"vous êtes ::: le dépassement, l'expérience des parallèles"

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Ouvrir un livre de Claro, s'est se soumettre au vertige et à la peur de perdre pied. S'est aussi prendre le risque de s'ouvrir à un univers plus grand et plus intense dans lequel chaque détail revêt le poids du monde.

Crash-test s'ouvre donc par son titre, cette collision entre l'hommage au maître de la tôle et du sexe (J. G. Ballard, je te salue) et ce test fondateur de l'écriture de Claro, maître de l'expérimentation et de la trituration de la langue.

Trois histoires, Crash, Porn, Strip, ou plutôt trajectoires, qui se croisent et se percutent, montent et descendent dans l'effervescence des années 70. On est dans l'air de l'industrialisation de masse, de la démocratisation de la consommation et de la désincarnation progressive, symbolisées ici par ces trois trajectoires de métal, de sang et de cul. Celui-ci enfourne des cadavres à peine froids dans des voitures destinées à la désintégration pour que d'autres puissent rouler en toute sécurité dans leur cercueil de fer, celui-là bâtit son enfance sur des magazines pornos pour échapper à la violence alcoolisée familiale, celle-là s'effeuille en racontant la vie de Linda Lovelace et la naissance du porno moderne. Trois histoires distinctes donc, mais qui pourtant entrent en résonance et dont les frontières, malgré la rigueur du chapitrage (je déteste ce mot), sont floues et poreuses.

Au-delà de l'intelligence du fond (chaque phrase pourrait grosso modo donner lieu à une thèse de 800 pages) et de la construction claire, précise, tranchante, mais vivante et mouvante, c'est l'audace de l'écriture qui envoie du lourd. Claro se permet absolument tout, du récit presque linéaire à l'explosion totale de la langue. C'est sublime, inventif et profond. On s'émerveille à chaque page de la manière dont tout glisse, puis se rattrape et martèle, se pose et s'enfuit. C'est de la poésie pure, mais c'est aussi un roman, un roman sur hier, mais ultra-contemporain, et qui donc ne fait que parler d'aujourd'hui et de demain.

Avec Crash-test, Claro réussit à trouver une espèce d'équilibre aussi magnifique qu'instable entre son courant expérimental (Plonger les mains dans l'acide) et ses aspirations romanesques (Tous les diamants du monde), une grande réussite. Et puis quiconque réussit à glisser le mot "cheddar" dans un texte ne peut pas être foncièrement mauvais.

"—s'absenter silence—"

Ed. Actes Sud

Plus de Claro.
Plus d'Actes Sud.

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03 octobre 2015

Chronique livre : Une forêt d'arbres creux

d'Antoine Choplin.

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Les forêts portent les espoirs, il se dit. Elles ne trompent pas. On n'a jamais rapporté le cas d'une forêt d'arbres creux, n'est-ce pas?

uneforetdarbrescreux

Voilà un livre qui aborde un sujet exemplaire et bouleversant, écrit de manière totalement exemplaire et bouleversante. Le ghetto tchèque de Terezin en 1941. Un caricaturiste, Bedrich Fritta, sa femme et son enfant y sont enfermés. Le lecteur suit Bedrich dans sa découverte du camp, son installation dans les dortoirs, dans le cabinet de dessins techniques qu'il va diriger, et dans ses actes de résistance souterraine qui vont le conduire à la mort.

Antoine Choplin décrit les scènes comme on décrirait un tableau, s'appuyant sur les détails, s'immergeant dans la vie et la vision de Bedrich ou ce qu'elle a pu être. Comment témoigner des horreurs que l'on vit et que l'on voit ? Bedrich s'y attelle de la seule manière possible pour lui et dessine clandestinement, en compagnie de ses camarades d'atelier, la vie au camp.

Il n'y a pas grand chose dans ce livre, et pourtant il y a tout. La puissance de l'écriture d'Antoine Choplin révèle plus qu'elle ne raconte. Tout y est d'une justesse absolue, chaque mot à sa place, avec pudeur et force. On n'est pas dans le réalisme ici pourtant, ni dans le naturalisme, mais plutôt dans une approche sensible des choses, qui s'attache autant à ce qui est vécu qu'à ce qui est ressenti. C'est ça qui est bouleversant, d'être immergé dans l'esprit de cet homme et de ses espoirs intérieurs, cette flamme de vie qu'il refuse d'étouffer, et qui rejaillit au travers de cet acte dérisoire et magnifique de dessiner l'interdit.

Antoine Choplin nous ferait presque croire qu'effectivement, on n'a jamais vu de forêt d'arbres creux. Sublime.

Ed. La fosse aux ours

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26 septembre 2015

Chronique livre : Les maîtres du printemps

d'Isabelle Stibbe.

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Tout commence par une magnifique citation de Neruda et un titre qui s'y réfère, autant dire que tout commence bien. Les maîtres du printemps est un roman choral. Les voix de trois personnages s'y mêlent pour raconter la Lorraine d'aujourd'hui, ses hauts fourneaux qui ferment, ses luttes et ses espoirs. Il y a d'abord le syndicaliste charismatique, le politicien bien intentionné et l'artiste qui trouve son inspiration dans la lutte et la fonte en fusion.

Isabelle Stibbe réussit assez bien cet exercice compliqué de donner vie, par l'écriture, à ses trois protagonistes et par leur voix, de donner la parole à la Lorraine et à cette usine, fascinante. C'est d'ailleurs ça qui séduit clairement le plus dans ce roman, la façon de poétiser, de sublimer, et ça, sans jamais tomber dans le mièvre, les hauts fourneaux, leur fonctionnement, et la façon dont ils catalysent la vie autour d'eux, dont ils façonnent les gens, les organisent.

Il est rare aujourd'hui d'oser s'attaquer à ce type de sujet, à la fois littéraire, politique et humain, les Hugo et Zola sont morts depuis longtemps. Cette audace et la sincérité de l'écriture d'Isabelle Stibbe lui rendent justice, et font de ces Maîtres du printemps, un roman tout à fait irréprochable. Isabelle Stibbe convainc cependant beaucoup plus quand elle parle d'Art, d'hommes ou de société, que de politique. Il y a du souffle et du coeur dans son approche des hommes qui rejaillissent dans son écriture. Pour les discours politiques de ses personnages, on frôle tout de même la caricature, même si aujourd'hui malheureusement, la réalité dépasse de loin la fiction dans l'absurde.

Les maîtres du printemps est un roman tout à fait recommandable, touchant, sincère, qui fait du bien, et malgré ses quelques maladresses, on n'a clairement pas envie d'en dire du mal.

Ed. Serge Safran éditeur

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13 septembre 2015

Chronique livre : Le metteur en scène polonais

d'Antoine Mouton.

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(...) car s'il y avait un destin, les choses, les êtres et les événements de ce monde étaient liés entre eux, (...) seule une phrase longue et complexe pouvait donner l'idée des connexions que le destin leur imposait d'établir (...)

lemetteurenscenepolonais

On avait quitté Antoine Mouton en poète au romantisme fou et échevelé dans Les Chevals morts, on le retrouve ici en marathonien de la phrase, en horloger de la syntaxe, en maestro de la construction grammaticale.

Pourtant, dès le départ, une sensation de déjà-lu s'accroche méchamment aux synapses. Ces phrases longues, à tiroirs multiples et poupées russes, cet humour, on est dans Bernhard et Chevillard à la fois, mâtiné d'un peu de Beckett et d'une pointe de Karinthy. Que du beau monde me direz-vous. Certes. Et c'est tout à fait plaisant, voire réconfortant, de voir un jeune auteur atteindre ce niveau de maîtrise de la langue et la liberté avec laquelle il la manie derrière cette forme contraignante.

Mais où est passé le romantisme échevelé se demande-t-on ? La passion, la folie ? Progressivement, cette histoire gentiment loufoque d'un metteur en scène polonais légèrement dépassé par la polymorphie de sa création commence pourtant à faire sens et matière. Le foisonnement de pensées, imbriquées, ressassées, et exposé dans ces phrases immenses et bourgeonnantes, se resserre autour d'un point minuscule, un court espace de temps dans la vie du metteur en scène polonais, et de sa femme, qui d'ailleurs à l'époque ne l'était pas encore, et aboutit à l'inéluctable, que pourtant personne ne semble avoir vu venir.

Antoine Mouton réussit, grâce à cette catalyse, à éviter l'exercice de style intégral, absolument parfait mais un peu vide. En déployant un système à la Nolan (Inception, Inerstellar), un foisonnement causé par, quoi d'autre que l'amour fou, Antoine Mouton pose par la même occasion une pierre dans le paysage littéraire français. De la ruse et du cœur.

Ed. Christian Bourgois.

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Chronique livre : Bleu de travail

de Thomas Vinau.

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Les arbres se gonflent et se dégonflent. Ils expirent le vide froid. Les branches sont des bronches. Poitrine de lumière. Et le ciel qui ronfle. Et nos peines soufflées. Là.

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Après le délicat et irréprochable Ici ça va, Thomas Vinau revient dans ce Bleu (ou blues?) de travail, particulièrement séduisant. A nouveau on retrouve cette écriture de bribes et d'éclats, d'instants suspendus ou même l'immatériel devient sensations. Sans doute moins policé qu'Ici ça va, moins immédiatement aimable, plus irrégulier, Bleu de travail séduit cependant davantage par ses fulgurances poignantes.

Un jour ou l'autre tu te rends compte qu'il y a un monde autour de toi. Et que ce monde est en train de hurler.

Il s'est insinué dans l'écriture de Thomas Vinau, toujours maîtrisée et très belle dans sa simplicité, un brin de douleur, de froid et d'humour salvateur. Le temps qui passe et la peur qui en découle irriguent ce Bleu de travail de manière discrète mais fondamentale. La frontière entre prose et poésie perd ici tout son sens entre éclats d'haïku et pieds dans la boue.

Nous sommes les petites braises qui couvent leurs désastres. Nos minuscules chaleurs.

Le livre en lui-même est également particulièrement séduisant, avec cette belle reproduction de Deineka en couverture. Un interlude, beau et touchant, avec juste cette pointe de trouble, inconfortable mais si nécessaire.

Ed. La Fosse aux ours

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Chronique livre : Atlas des reflets célestes

de Goran Petrović.

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Comme la fantaisie était la denrée dont nous disposions en abondance, nous avons décidé de nous opposer au Vide avec la seule chose qui ne risquait pas de nous faire défaut.

 

atlasdesrefletscelestes800Fantaisie, c'est effectivement le terme qui s'impose à la lecture de cet Atlas des reflets célestes. Goran Petrović ne s'interdit rien et déploie des trésors d'inventivité pour nous raconter cette histoire sans toit ni loi.

Une maison abritant une bande de huit colocataires un peu farfelus. Nos protagonistes décident que tout de même, un toit ce n'est pas pratique pour regarder le ciel. Alors, ni une ni deux, ils l'enlèvent. Ce qui n'est pas sans provoquer quelques désagréments, mais plus que l'eau du ciel, c'est plutôt la salive des voisins qui leur donne du fil à retordre. Voilà le fil de l'histoire, mais qui n'est guère qu'un fil parmi une toile beaucoup plus vaste, un tissage chatoyant, une tapisserie lunaire.

Composé de courts chapitres, agrémenté chacun de la description d'une œuvre d'art réelle ou fictive, il est agréable de se perdre dans cette géographie de l'imaginaire, même si le labyrinthe est parfois particulièrement ramifié. La liberté, l'extravagance, l'originalité de la forme, l'attention à ses personnages qui grandissent, apprennent, franchissent des caps séduisent et touchent le lecteur. Par ailleurs le travail de l'éditeur sur l'objet-livre est tout à fait séduisant, la beauté du papier crème, cette première page rouge, c'est vraiment du bel ouvrage. Une belle découverte donc, la tête dans les nuages.

Ed. Les éditions noir sur blanc
Coll. Notabilia

Trad. Gojko Lukić

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19 avril 2015

Chronique livre : Minsk cité de rêve

d'Artur Klinau.

J'aimais observer les façades de la Ville Jaune, y repérer des absurdités invisibles pour le passant pressé, mais manifestes pour quelqu'un qui étudiait la logique de l'architecture.

minskChers lecteurs. Les livres inachevés s'empilent sur ma table de nuit. Mes auteurs et mes éditeurs préférés me tombent des mains. Je baille d'ennui au bout de quinze pages si l'étincelle n'a pas déjà eu lieu. Non non, ne vous méprenez pas. La littérature n'est pas morte. Je n'ai juste pas la tête à ça en ce moment. Aussi quand une petite pépite me tombe dans les mains et me passionne de bout en bout, la surprise n'en est que plus éclatante et mérite que je me fende d'un petit billet.

Nouvelle publication de la toute jeune mais déjà grande maison d'édition Signes et balises, Minsk cité de rêve séduit d'abord par son petit format pratique, son esthétique épurée, la douce couleur de son papier (légèrement jaune comme la ville elle-même ?). Puis la découverte, une petite vingtaine de photos pleine page, disséminées dans le texte, de la ville de Minsk. Que voulez-vous, moi les images dans le texte, depuis que je suis toute petite, ça me fait craquer. Je cherche à reconstituer l'histoire par anticipation en sautant d'une illustration à l'autre, Jules Verne, Théophile Gautier et la Comtesse de Ségur, ils y sont tous passés à la moulinette de mes réinventions romanesques anticipées. L'exercice est bien entendu un peu plus acrobatique avec le magnifique Minsk cité de rêve. Entrecroisant dans de courts chapitres souvenirs et histoire de la ville, l'auteur emmène le lecteur dans une déambulation dans le temps et dans l'espace. La ville de Minsk se construit et prend vie sous nos yeux, de son architecture à ses habitants, de sa géographie à ses histoires. Travail d'orfèvre, le texte construit, déconstruit, reconstruit patiemment chaque recoin de la ville dans une prose poétique et entêtante.

J'aimais rechercher dans le texte de cette ville les étranges messages chiffrés qu'une main inconnue avait composés à l'intention d'un lecteur inconnu.

Artur Klinau joue des répétitions et du martèlement dans cette Cité du soleil située dans le Pays du bonheur. C'est un discours lancinant qu'on lui a appris, il y a du soleil au Pays du bonheur et on est heureux dans la Cité du soleil. Les Palais y sont majestueux, les places immenses, les statues fantastiques et les parcs accueillants. Mais progressivement, le discours et les murs se fissurent, le labyrinthe se complexifie. Il y a quelque chose du nouveau roman dans cette manière d'aborder la ville par sa géographie et son architecture. Mais pourtant ici il n'y a pas volonté de perdre, mais plutôt de révéler. Les façades et les moulures deviennent discours politique, l'éclat de leur face et surtout le délabrement de leur pile. Je ne vous en dit pas plus, je préfère vous laisser découvrir.

Passionnant, magnifiquement écrit et traduit, d'une rare intelligence, Minsk cité de rêve est une lecture salutaire et indispensable. Alors, qu'est ce qu'on fait maintenant ?

Ed. Signes et Balises.
Trad. (du russe) Jacques Duvernet.

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15 mars 2015

Chronique livre : Les autres histoires d'amour

de Lucian Dan Teodorovici.

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lesautreshistoiresRacines est décidément du côté de l'amour ces temps-ci. Après la délectable catastrophe que constituait Cinquante nuances de Grey, voici Les autres histoires d'amour, un recueil de nouvelles originales et touchantes qui nous viennent tout droit de Roumanie.

Les autres histoires d'amour ce sont ces histoires d'amour finalement banales, habituelles, même si jamais rien n'est banal dans l'amour. Disons que Les autres histoires d'amour ce sont toutes celles dans lesquelles il n'y a pas de prince et de princesse, juste toi, moi, le voisin de pallier. C'est l'anti Fifty shades.

De ce recueil de nouvelles, dont certaines d'ailleurs se répondent et font jouer les mêmes protagonistes, émane une grande mélancolie. Les personnages s'interrogent sur leurs amours, se remémorent d’autres histoires d'amour ou découvrent les secrets amoureux d'inconnus. Il y a une espèce de distance là-dedans, de détachement qui fait beaucoup penser l'écriture de Jean Cagnard. L'écriture est simple, presque abrupte par moment dans son dénuement, cette volonté de dégraisser au maximum comme finalement en dire plus avec moins. Il n'y rien de lourd ou d’asséné dans cette écriture qui prend le parti-pris de la distance et de l'ironie discrète. Et si elle déstabilise un peu au début, ça fonctionne plutôt bien sur la durée. Ça fonctionne d'autant mieux que la lecture nous permet de retrouver des personnages abandonnés le temps de quelques autres nouvelles. Les personnages prennent donc progressivement corps et épaisseur à mesure que reviennent leurs pensées, leurs souvenirs. Cet homme marié a perdu sa précédente compagne dans un accident de voiture, le passé de sa femme resurgit en pleine nuit de noces, cet acteur utilise les rôles qu'il joue pour pouvoir verser ses larmes à lui et vider son cœur gros.

Et pourtant, l'auteur tient le tragique à distance, il évoque plutôt qu'impose la peine et la souffrance, pour ne retenir finalement que la vie malgré tout, qui continue comme elle peut malgré l'amour et les blessures d'amour. Incisif et tendre, Les autres histoires d'amour intéresse, intrigue et interroge. Une très belle découverte.

Ed. Gaïa Trad. du roumain Laure Hinckel.

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